Comment est formé un Paramedic au Québec ?

Comment est formé un Paramedic au Québec ?

Introduction au système du Paramedic du Québec

Tout d’abord commençons par le début, il existe trois niveaux de soins au Canada et deux au Québec. Les paramedics de soins primaires et les paramedics de soins avancés, la troisième catégorie étant les paramedics de soins critiques. Le paramedic de soins primaire est le premier échelon de la réponse pré-hospitalière québécoise et c’est par cette voie que tout paramedic commence. Tout comme je le fais actuellement. Il faut avoir en tête qu’à la sortie du secondaire (l’équivalent du collège et du lycée combinés pour nous français), le québécois a devant lui une étape supplémentaire avant d’accéder à l’université : le CEGEP (Collège d’Enseignement Général et Professionnel).

Qu’est-ce que le CEGEP ?

Le CEGEP est une institution qui n’existe qu’au Québec et qui se divise en deux voies : la voie pré-universitaire avec des programmes tels que sciences humaines, sciences de la nature, arts lettres et communication, danse et arts visuels, histoire ; et la voie technique comme technique en soins pré-hospitaliers d’urgence, technique policière, technique en soins infirmiers, technique en comptabilité et gestion, technique en analyses biomédicales…

Naturellement la formation qui nous intéresse ici est la technique en soins pré-hospitalier d’urgence qui permet d’accéder au métier de Technicien Ambulancier Paramedic (dénomination officielle).

Le diplôme dont il s’agit ici est un DEC (Diplôme d’Etudes Collégiales) qui dure trois années. Chaque année étant divisée en deux sessions d’environ quatre mois : une session d’août à décembre et une autre de janvier à mai, soit six sessions en tout. Il y a une multitude de CEGEP au Québec, certains acceptent les étudiants internationaux et d’autres non, certains exigent des tests à l’entrée et d’autres non, certains sont petits, moyens, grands, énormes. Bref vous l’aurez compris chaque CEGEP est différent et a ses exigences, il n’y en a pas de « meilleur qu’un autre »…

Les cours ont l’air de quoi ?

Dans un DEC technique on trouve des cours techniques comme la réanimation, le déplacement sécuritaire, l’intervention en situations médicales, intervention en situations traumatiques, problèmes de comportement, situations particulières, l’approche pré-hospitalière du patient version médicale et version traumatique, l’introduction à la profession, la pharmacologie, l’éthique, …

Tous ces cours techniques sont enseignés par des professeurs qui sont eux-mêmes des techniciens ambulanciers paramedics, ce qui permet de pouvoir bénéficier d’une expertise terrain appréciable.

Certains cours ont plusieurs niveaux, comme la réanimation qui a trois niveaux différents correspondant à trois niveaux de prise en charge. En réa I on pratique la réanimation de base avec défibrillateur et massage tel un citoyen lambda, réa II on intube, on ventile au BIPAP, on se sert d’un MDSA (Moniteur Défibrillateur Semi-Automatique), on commence à se déplacer avec le patient tout en manœuvrant.

En réa III enfin on continue tout ceci mais en rajoutant des médicaments à administrer et avec des situations particulières, la réanimation chez une femme enceinte, un enfant obstrué en arrêt, un brancardage sur planche avec manœuvres de réanimation et matériel sur le dos…

Plusieurs cours sont à double seuil. C’est à dire qu’on ne peut réussir le cours si l’on n’a pas réussi à la fois la pratique et la théorie. Il y a pour chaque cours au moins un examen de mi-session, et un examen de fin de session..

Au-delà des cours techniques, nous suivons également des cours généraux ! Bonjour français, anglais, philosophie, conditionnement physique, sociologie, psychologie, biologie, microbiologie, cours complémentaire (de notre choix dans une liste donnée)… Les cours généraux sont également à niveaux, et comme tous les cours il peut y avoir des pré-requis (par exemple tu ne peux pas suivre réa II si tu n’as pas réussi réa I, etc…).

A l’issue du cours de français III, un examen provincial (qui concerne tout le Québec) a lieu et permet d’évaluer les étudiants sur leur capacité à maîtriser le français grâce à une dissertation critique (ne vous inquiétez pas ça s’apprend très bien).

La notation ?

Les notes au Québec sont exprimées en pourcentage. La moyenne se situant à 60%. Si vous avez 50% à la mi-session et 70% à la fin de session, good job vous passez, selon la pondération naturellement (le poids de chaque évaluation). Si votre note finale est inférieure à 60% vous « coulez », et contrairement à la France on ne redouble par au Québec, on « reprend » le cours à la prochaine session où il se donne, avec le risque d’alourdir notre emploi du temps ou de carrément rallonger sa formation…

Les bourses ?

Il existe des bourses au sein de la formation mais qui ne sont pas, comme dans d’autres pays, liées à vos revenus. En effet, les bourses sont ici au mérite ! Il existe par exemple des bourses d’excellence pour chaque année de chaque programme, des bourses si vous avez une limitation fonctionnelle (un handicap par exemple),  une si vous êtes une fille dans un métier traditionnellement masculin ou si vous étudiez en même temps que vous vous occupez d’une famille etc. 

Certaines bourses sont automatiques. C’est à dire que vous n’avez rien à faire pour l’obtenir comme les bourses d’excellence qui se basent sur les meilleurs résultats, d’autres nécessitent que vous candidatiez pour vous vendre un peu et une sélection est faite parmi les candidatures reçues.

Le coût de la formation paramedic au Québec?

Bonne nouvelle pour les frenchies ! La France a des accords avec le Québec qui permet que les français payent les mêmes droits de scolarité qu’un québécois ! Alors naturellement le coût d’une session dépend de chaque CEGEP mais dans le mien (Val d’Or) la session coûte autour de 170$CA (1$CA=0.65e à l’heure où j’écris ces lignes), donc à vos calculatrices messieurs dames…

Il faudra payer de votre poche les livres, plus ou moins chers (merci la biologie…), l’uniforme (environ 130$ vous serez équipés avec un pantalon, un polo, des rangers, un ceinturon, et votre matériel stéthoscope, lumière pour reflex pupillaires, pocket-mask, gants etc…), et votre repas (il y a toujours normalement des cafétérias ou des « bistrots étudiants » dans les CEGEP…).

Les stages ?

La formation en soin pré-hospitalier est donc, vous l’avez compris, un DEC de trois années, durant laquelle vous aurez lors de la première session un premier stage à faire en tant qu’observateur ;  sur un quart de travail avec une équipe de paramedics. Durant ce stage, qui porte bien son nom (stage d’observation) vous…observerez les paramedics travailler afin de vous assurer qu’il s’agit là du métier pour lequel vous êtes faits (j’espère néanmoins que vous vous poserez la question bien avant).

Par la suite, vous aurez le loisir d’effectuer autant de stages que vous le souhaitez auprès des compagnies qui vous intéressent, après l’accord du superviseur de la dite compagnie et celui de votre coordinateur SPU (votre programme). En 3ème année, un stage de 300h vous placera aux commandes des interventions et vous aurez la place du « leader » et commanderez donc, dans la joie et la bonne humeur, une équipe de paramedics qui vous épauleront dans vos décisions et débrieferont avec vous des points forts et des points faibles de votre jugement clinique.

Et après ?

Après ces trois années de folie, vous devrez réussir le PNIC (Programme National d’Intégration Clinique), qui est justement en train d’être assoupli vigoureusement. Le PNIC c’est l’examen provincial qui va vous donner le droit d’exercer votre métier de technicien ambulancier paramedic et permettra votre inscription au Registre de la Main d’Oeuvre (qui prouve votre statut).

Le PNIC a un volet théorique, qui se déroule dans les CEGEP, et un volet pratique, qui pour l’instant consiste en plusieurs ateliers visant à démontrer que vous maîtrisez un geste donné. Ces informations sont néanmoins susceptibles d’évoluer puisque plusieurs réformes viennent toucher cet examen.

Une fois le PNIC en poche welcome dans le monde merveilleux des Paramedics ! Les compagnies se battront corps et âmes pour vous recruter et vous offriront monts et merveilles (et c’est à peine exagéré…), avec un salaire selon la convention collective qui vient de se terminer fin mars (et qui donc va être renégociée à la hausse) de 23.63$/H (15.51e/H soit environ 3780.8$CA/mois pour 40H/semaine soit 2482.65e/mois en début de carrière). Pour info le top échelon donne un peu plus de 4000e mensuel…

Comment est le marché de l’emploi ?

Vigoureux ! Les compagnies ambulancières recrutent pour la vaste majorité, avec par exemple pour Urgence-santé (la corporation publique qui gère Montréal et Laval) environ 650 paramedics recherchés en 3 ans ou chez DESSERCOM (plutôt situé dans l’ouest du Québec) une trentaine de recrutement en attente de candidats…

Le marché de l’emploi est inversé par rapport à la France. Il y a bien plus d’offres que de demandes, ce qui explique le nombre d’incitatifs offerts aux étudiants paramedics pour aller dans telle ou telle compagnie… Au hasard des offres on vous proposera de prendre en charge votre abonnement à la salle de sport, de financer votre déménagement dans une autre région, de carrément vous fournir un logement gratuitement ou de vous donner un gros chèque à la fin de votre probation.

Je suis conscient que ces informations sont très condensées et il se peut qu’il y ai des spécificités locales qui diffèrent dans certains détails émis ici. Je vous reviendrai bientôt dans un second article sur les procédures pour passer à travers l’immigration et obtenir un dossier solide ! Suivre une formation de Paramedic au Québec implique un véritable choix réfléchi.

L’auteur

Alexandre, 29 ans, ex ambulancier français maintenant étudiant paramedic en 3ème année au Québec. Je contribue régulièrement à informer les ambulanciers de France pour les encourager à sauter le pas, et à venir se former ici où le recrutement est constant et la pénurie de paramedics palpable

Témoignage d’un ambulancier Québécois : Tsé quand…

Témoignage d’un ambulancier Québécois : Tsé quand…

Témoignage d’un ambulancier Québécois

J’ai tenu à vous faire partager un témoignage issu d’un ambulancier québécois, Paramedic canadien, et oui nos cousins du Québec. J’ai trouvé ce témoignage tellement réaliste, touchant que je le publie ici avec sa bénédiction. Car eux comme nous partageons, malgré les différences culturelles et d’organisation, de formation etc, quelque chose qui reste commun à cette « profession » d’ambulancier. Avant tout un métier difficile mais passionnant. Ce témoignage humble nous rappelle à tous pourquoi nous exerçons au quotidien et pourquoi nous avons choisi cette voie. Un très grand merci à André B. pour avoir accepté de faire véhiculer ce témoignage poignant et dans lequel chaque ambulancier dans le monde comprendra car c’est très souvent du vécu.

Tsé… Quand

  • Tsé… Quand tu transportes une dame en phase terminale, qui n’a pas encore 60 ans…
  • Tsé… Quand c’est sa première expérience en ambulance, et peut-être sa dernière…
  • Tsé… Quand tu vois la photo de sa carte d’assurance-maladie, sur laquelle on a l’air d’habitude d’un repris de prison malade mais qui, dans son cas, très jolie, ta patiente a l’air d’une top-modèle comparé à son état actuel. Tsé, le genre de compliment que tu peux absolument pas dire dans les circonstances…
  • Tsé… Quand tu fais rire ta patiente, à tel point qu’elle peine à cacher son étonnement, tellement elle ne s’attendait pas à ça, considérant sa méconnaissance des ambulanciers.
  • Tsé… Quand tu te sers du mauvais état des rues et des routes pour ajouter à la dérision, avec un chapitre exhaustif sur le kilométrage élevé des ambulances et leur état médiocre ! Incluant quelques qualificatifs bien sentis envers ton employeur, tout ça dans un objectif thérapeutique bien sûr, autant pour la patiente que pour l’ambulancier ! …
  • Tsé… Quand ta patiente te raconte des pans de sa vie, à travailler 30 ans avec les enfants, qu’elle voit encore à tous les jours, de la fenêtre de sa chambre.
  • Tsé… Quand elle te confie qu’elle ne verra pas grandir ses petits-enfants…
  • Tsé… Quand rendu à l’hôpital, même si tu ne lui a pas, en tant que tel, « sauvé la vie », elle te remercie de tes services et de ta compagnie, sincèrement et chaleureusement, et que ça te fait chaud au coeur parce que ça, c’est ton vrai salaire…
  • Tsé… Quand, même avec des moments de partage comme ceux-là, quand, au-delà des sourires et de la bonne humeur, tu es affecté jusqu’à l’os par le témoignage de tant de souffrance, et tu te demandes comment tu fais pour garder la tête hors de l’eau…
  • Tsé… Quand… Ta présence bienveillante a fait passer un bon moment à une personne malade, et lui faire oublier quelque peu sa condition, tu te dis que quelque part, tu as bien fait ton job…
  • Tsé… Quand tu conclus que tu fais le plus beau métier du monde, mais si seulement le ministère, l’ARS, le boss, les partenaires du réseau, les politiciens et puis la part du public qui sont jamais content, pouvaient faire l’effort de te comprendre, de te faciliter la tâche, et puis lâcher un peu de pression, ça irait teeeellement mieux ! …

Un ambulancier parmi tant d’autres…

Issu d’un texte rédigé par un Technicien Ambulancier québécois, un Paramedic au Québec. Modifié très légèrement pour les ambulanciers français pour adapter certains détails mais surtout en ne touchant pas au cœur de ce témoignage.

journée nationale ambulancier