L’urgence au Japon, un système en pleine évolution

L’urgence au Japon, un système en pleine évolution

L’urgence au japon : système de soins et de secours

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Le Japon est un pays riche, très développé et très moderne. Malgré les conflits passés avec les USA, ce pays s’est « occidentalisé », au point d’être devenu une figure mondiale du capitalisme. Mais, grand paradoxe, ce pays garde jalousement et précieusement ses traditions. C’est aussi un pays tristement habitués aux catastrophes, naturelles ou non. De ces deux constats, nous pourrions croire que l’EMS (Emergency Medical Services) est à la pointe de ce qu’il se fait en matière d’UPH (Urgence ré Hopitalière) à l’international, à l’image des pays Anglo-Saxon. Ce n’est pourtant pas le cas, ou du moins, pas encore.

Le système de soins et de secours japonais

Ma volonté de faire ces recherches sur le système Japonnais, outre le fait que c’est un pays que je connais bien pour y être allé de nombreuses fois, tient d’une discussion avec une infirmière de l’armée Coréenne, rencontré au salon international des EMS, à Nashville, USA. (Ne perdons pas à l’esprit, à la lecture de cet article, que la Corée possède un système identique à celui du Japon, tant dans sa pratique que dans son évolution). En deux mot, cet officier m’explique que les ambulanciers sont en voie de développement depuis une 15ène d’années. Cela suffit à ouvrir ma curiosité, toujours en recherche de chemins à suivre pour notre pauvre pays ou l’UPH est une catastrophe.

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Les chiffres

Quelques chiffres pour l’année 2017 :Nombre d’habitants au Japon : 126,8 millions

  • Nombre d’ambulances : 25972
  • Nombre d’ambulanciers « certifiés » : 35775
  • Nombre d’interventions : 6 342 096 (avec une augmentation de 20% en 10ans, due au vieillissement de la population)
  • Temps moyen d’arrivée sur les lieux à Tokyo : 7 minutes et 54 secondes
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En 2014, seulement 8,9% des interventions sont classées en urgences absolue et 49,9% étaient des évacuations injustifiés.

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L’histoire

Les premières ambulances firent leur apparitions en 1931, dans la ville d’Osaka, par l’antenne de la Croix Rouge Japonaise. Petit à petit, les ambulances se généralisent, dans les services d’incendies, jusqu’à une obligation en 1963. Depuis, 100% des ambulances civiles sont rattachés aux Fire department. Ce n’est qu’en 1991, face au manque cruel de formations et surtout de résultats, que le ministère de la santé crée une loi encadrant la certification des ambulanciers. Ces ambulanciers sont avant tout des pompiers qui font « office de… », sans être pour autant des EMT (Emergency Medical Technician). Il n’est donc pas (encore) question de paramédicalisation mais de secourisme simple, type BLS (Basic life support). Comme chez nous, en sommes…

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Une loi qui bloque

Bien sur, depuis longtemps, les autorités savent qu ‘il faut que les ambulanciers évoluent. De 1991 à 2001, ces derniers n’avaient même pas le droit d’utiliser un défibrillateur ou un masque à oxygène. De nombreuses tentatives d’évolutions à la législation restèrent sans lendemain. Une seule raison à cela : la loi de 1948 relative aux médecins praticiens, qui limitent exclusivement les médecins qualifiés à être les seules personnes capables d’effectuer des interventions médicales et les infirmières aux injections.

Le système de soins et de secours japonais

En 2001, la haute autorités de santé déclare : « Il est temps de donner à tous les ambulanciers une formation de calibre mondial ». Lenteur administrative, peur du changement et sûrement, surtout, corporatisme médical… Nous connaissons cela par cœur, en France. A ce jour, cette loi de 1948 bloque encore pas mal dans l’évolution et certain médecins référents obligent encore les ambulanciers à demander l’autorisation pour une intubation ou une administration adrénaline.

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L’évolution du système d’urgence au Japon

Il faudra attendre le 1er avril 2003 pour que, à Tokyo, des ambulanciers commencent à se former à l’utilisation du défibrillateur et 2006 pour l’utilisation de l’Epinephrine (uniquement sur l’arrêt cardiaque avéré) ou plus récemment le Glucose par IV (intra-veineuse) ou ligne veineuse (perfusion). Au fil des années, les gestes et la formation s’élargissent. L’intubation, par exemple, (uniquement sur l’ACR) fait son apparition timide. Les attentats de Londres en juillet 2005 sont passé au crible par les autorités de santé Japonaise. Il apparaît clairement que les ambulanciers Londoniens ont sauvé énormément de vies grâce à leur formation et à leur prérogatives. Le gouvernement Nippon va donc passer à la vitesse supérieur. Du moins, en théorie !

urgence au japon - un système en pleine évolution

Urgence au japon : professionnalisation et ELT

Plus question d’être pompier le matin et ambulancier l’après midi. On propose aux anciens (plus de 5 ans d’exercice) une formation de 500 heures et aux nouveaux, post-bac, une de 2000 heures dont 400 heures de stage en service d’urgence hospitalier. Le statut d’ ELT (Emergency life-saving technician ou technicien en sauvetage d’urgence) est créé. Un statut de technicien adjoint est proposé aux volontaires, parmi les pompiers, en échange d’une formation de 250 heures.La remise à niveau des ELT et des adjoints a lieu tout les ans. Des formations complémentaires sont proposés et l’émergence des formations anglo-saxonnes de la NAEMT commence à se faire. A l’heure de mon enquête (décembre 2018), 1192 ELT ont suivi l’AMLS, 253 la PHTLS et 153 à la GEMS.

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L’équipage, les véhicules

La loi impose un équipage de trois, voir quatre personnes, dont au moins un ELT dans chaque ambulance. Les ambulances sont toutes identiques dans le pays (Toyota Himedic ou Nissan Paramedic) et équipées plus ou moins comme une ASSU française. En revanche, la place est assez réduite. Impossible de tenir debout, par exemple.Bien souvent, comme aux USA, un ou plusieurs véhicules pompier et/ou police sont envoyé en première intention, dans l’attente de l’ambulance. Dans chacun de ces véhicules se trouve un défibrillateur.

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Il existe, à l’image des USA, des véhicules d’intervention rapides, réservés aux médecins. Mais ces derniers ne sont utilisés presque uniquement pour les catastrophes de grande ampleur (NoVi). Comme en Amérique, le médecin reste à l’hôpital et se déplace très peu. On en trouve aussi dans les médi-coptère. Ces appareils sont utilisés pour les NoVi mais aussi, comme chez nous, pour les urgences vitales et les transferts secondaires. Dans ces hélico : un pilote et un co pilote, un médecin et une infirmière. Ils ne dépendent pas des pompiers mais des hôpitaux et/ou de la force d’autodéfense (armée, sécurité civile) qui possède aussi des ambulances terrestres dédiées uniquement aux plan NoVi. (DMAT : Disaster Medical Assitance Team)

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Cela dit, le gouvernement, depuis quelques années, cherche à réduire les coûts des services d’incendies (2000 milliards de Yen par an, soit environ 18,5 milliards d’euros) et étudie des pistes comme la facturation des transports non urgents ou abusifs et l’ouverture de l’EMS à des entreprises privés. Depuis quelques années, la télémédecine fait son apparition et est à l’étude pour les ambulances. C’est surtout dans les endroits reculés (les Îles surtout, le Japon en compte de nombreuses, petites et éloignées du continent) que la télémédecine est utilisée.

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Le transport sanitaire et les ambulances

Les transports sanitaires sont assurés par des véhicules simples types taxi, TPMR, ou même transport en commun. Les mutuelles (rares et chers) ont aussi des véhicules type ambulances petit volume ou VSL à dispositions de leurs clients. Les grandes entreprises disposent également de ce type de service, réservés bien sur à leurs salariés. D’une façon générale, ces transports ne sont pas très connus donc assez peu utilisé. La plus part du temps ce sont les familles qui assurent le transport de leur malade. Dans tout ces véhicules, pas d’ELT mais de simple chauffeurs.

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L’urgence au japon : Le centre d’appel

Il existe trois numéros : le 119 pour le feu et le médical, le 110 pour la police et le 118 pour la garde côtière. A la campagne, il arrive que ces trois numéros soit regroupés dans un seul centre d’appel. La ville de Tokyo reçoit en moyenne 450 appel/ jour avec un record à 2800. 75% des appels concerne le médical. Des médecins sont présent sur ces plate formes pour du conseils médical aux patients ou pour orienter les ambulanciers sur des conduites à tenir.

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Un code couleur à la réception de l’appel oriente les répondants sur la nature de l’appel :

  • Vert : médical
  • Rouge : feu
  • Orange : sauvetage
  • Blanc : tout autre incident

Des campagnes publicitaires contre l’abus de l’utilisation des numéros d’urgences ont lieu car de plus en plus de personne appel pour éviter de se rendre à l’hôpital à pied ou à avoir à payer un taxi.

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En résumé

Le Japon, il y a moins de 20 ans, était au niveau de la France pour le pré-hospitalier, le SMUR en moins. Les pompiers assuraient seuls, avec une formation quasi nulle et sans produits ou matériels de résuscitation. Le gouvernement, poussé par l’opinion publique et les professionnels de santé, à décidé de créer un vrai statut d’ambulancier, technicien d’urgence, paramédical, à l’image de nombreux pays, se basant sur l’Angleterre et les USA. Malgré des lois donnant l’exclusivité du soins aux médecins, ce pays avance à grand pas, dans l’intérêt du patient. Aujourd’hui, les casernes abritent des techniciens pompiers et leurs véhicules rouges et des techniciens ambulanciers dans des véhicules blancs. Simplement. Efficacement.

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Merci à Nao, ELT à Nagoya, préfecture d’Aichi, Tom, ELT à Takamatsu, préfecture de Kagawa et à Shim de la Kansai University of international studies

Les prénoms ont été changé. En effet, il est coutume, pour le service public comme pour les grandes entreprises, de ne pas révéler un certains nombres de « secrets ». Il m’a été très difficile de trouver ces renseignements et j’ai du faire un nombre de promesses et surtout prouver mes bonnes intentions. Les visages ont été floutés sur les photos car l’utilisation des images sans autorisation est sévèrement punie par la loi. Un travail de longue haleine !

Emergency Medical Service Nouvelle Orléans

Emergency Medical Service Nouvelle Orléans

A la découverte de l’Emergency Medical Service de La Nouvelle Orleans

Cette série de deux articles est issu de Bastien, ambulancier français parti en stage aux Etats Unis en découverte. Il a eu la possibilité de partager le quotidien de nos collègues de l’autre côté de l’océan et nous rapporte son vécu personnel, son ressenti sur son expérience là bas. Le premier article est consacré à la présentation du service qu’il a découvert et le suivant à venir sera basé sur son quotidien et son vécu sur place. L’Emergency Medical Services de la Nouvelle Orléans est un service ambulanciers d’urgence comme il en existe dans toutes les grandes villes des États Unis.

Un service indépendant

Ici, ce service est indépendant (ils ont leur propre caserne) contrairement à New York par exemple ou l’EMS est lié au Firedepartement (le service incendie). Il s’agit toutefois d’un service dépendant de la ville de N.O relié au 911, le numéro d’appel unique de l’ensemble des services d’urgence, l’EMS ne fait exclusivement que de l’urgence pré hospitalière. Ils disposent principalement de 3 types de véhicules : ambulance gros volumes (type ASSU/SMUR), ambulance de première ligne, utilisé pour les petites ruelles du quartier historique ou pour les festivals (très nombreux à NO) et enfin les véhicules d’intervention rapide (type 4×4) pour les urgences vitales.

La composition de l’équipage

Dans chaque ambulance se trouve toujours 2 ambulanciers : un EMT (emergency médical technicien) et un Paramedic. L’EMT basique dispose d’une formation universitaire d’un an. Il peut ensuite passer un certain nombre de formations complémentaires. Il assiste le Paramedic, mais peut faire à peu près tous les gestes techniques (pose de voies veineuse, administration de médicament…).

Le Paramedic dispose d’une formation universitaire de trois ans. Il est le chef de bord et a sous sa responsabilité la gestion des drogues. Il dispose à sa ceinture d’un « ampoulier » contenant les narcotiques.

Il passe son bilan directement par radio au médecin des urgences référent. Lui aussi peut passer des formations complémentaires et évoluer régulièrement. Avec l’expérience, il peut acquérir un grade (lieutenant, commandant…) et enfin devenir superviseur, puis chef.

Le superviseur : c’est un peu un « super » Paramedic. Il évolue seul dans un véhicule léger équipé pour toutes formes d’urgence (type VL SMUR). Il est envoyé en priorité sur les urgences vitales afin de commencer les premiers gestes en attendant l’ambulance ou en renfort sur les cas critiques. Il peut aussi être envoyé sur les cas médicaux exigeant un bilan rapide. Il lui arrive souvent, de se cas, de ne faire qu’une consultation avec soins de base si nécessaire et conseil.

La connectivité

Chaque membre de l’EMS dispose d’une radio reliée au 911, aux urgences de tous les hôpitaux de la ville et reliée entre eux. C’est un gain de temps énorme car tout le monde sait en temps réel ce qu’il se passe. Chaque véhicule est équipé d’une tablette et d’un ordinateur portable, connectée, qui leur permet de rédiger leur bilan mais aussi d’avoir accès au dossier médical et à l’historique du patient.

Il y a une vingtaine d’ambulances et 6 véhicules d’intervention rapide. La nuit une douzaine d’ambulance et 3 ou 4 VIR sillonnent la ville. Ils ne rentrent que rarement à la base et préfèrent « patrouiller » afin de partir plus rapidement. Cela leur permet aussi d’avoir un œil sur la ville.