Les ambulanciers : « Mais j’ai toujours fait comme ça ! »

Les ambulanciers : « Mais j’ai toujours fait comme ça ! »

Les ambulanciers qui font toujours comme ça

Aujourd’hui petit billet d’humeur sur une tendance qui m’a toujours agacé. Oui c’est quelque chose qui existe dans tous les domaines notamment chez les ambulanciers : « Oui mais moi j’ai toujours fait comme ça ».

Je sais que je ne vais pas m’attirer une foultitude de compliments en abordant ce sujet mais il est bon ton d’aborder aussi des sujets qui fâchent et de les mettre en avant. Pourquoi ? Tout simplement pour faire avancer les choses et amener chacun à une réflexion sur la manière de changer les choses. Ou pas tout est une question de point de vue.

Je rédige ce billet suite à lecture d’une conversation sur « Oui ben moi ça fait 15 ans que je fais de l’ambulance et j’ai toujours fait comme ça et ce n’est pas pour ça que je suis moins bon que toi ». Je passerais les détails de la conversation et les tenants et aboutissant. Je vais juste me contenter de mettre le sujet sur la table. A chacun d’aborder ce thème avec son équipe pour trouver des pistes intéressantes pour faire changer ça. Je n’ai nulle prétention de détenir le savoir ultime. Mais je remets mon savoir en question pour essayer d’être encore meilleur chaque jour.

L’ambulancier et ses pratiques

L’ambulancier comme tout corps de métier a subi des évolutions, des améliorations. Méthodologie de travail, évolution des techniques de secours à personne, lutte contre les troubles musculo squelettiques, évolution du code de la route, progression dans les normes appliquées aux véhicules de transport sanitaire. La liste sera bien trop exhaustive. Ce métier a donc malgré le fait que j’estime qu’il gît dans un relatif immobilisme, évolué. Mais est-ce bien le métier qui a évolué ou un ensemble au complet c’est-à-dire la profession et ses professionnels. Il est intéressant de voir que l’évolution n’a pas forcément subi un équilibre entre les deux parties.

Oui mais j’ai appris comme ça

Le problème qui m’amène ce jour c’est la phrase qui me fait bondir chez certains collègues : oui mais moi j’ai toujours fait comme ça. Traduisons clairement les choses dites au travers de cette phrase : c’est un fait, j’ai assimilé ces informations et techniques et je n’ai pas l’intention de faire évoluer ma manière d’agir, de faire. Je reste campé sur des acquis moyenâgeux et je n’ai nullement l’intention de faire changer ma pratique. Waw ça existe encore ?

Il semblerait en effet que ce comportement subsiste à divers degrés et nous impacte tous, moi y compris. Généralité ? Non sûrement pas puisque ce n’est pas un mode de pensée global. Certains ont cette réflexion sur le moment mais restent ouvert à l’évolution après une discussion, un événement, une prise en charge, une prise de conscience. D’autres ont déjà évolué au contact d’autres collègues. Ou tout simplement ont questionné des jeunes diplômés ou stagiaire sur les nouvelles manières de faire.

Oui faire évoluer quelqu’un c’est aussi lui ouvrir l’esprit, lui donner envie. Il est tout à fait compréhensible que passé un certain cap dans son quotidien professionnel on est coincé dans un carcan rassurant : je pratique donc je suis efficace. Ce que je fais je le fais bien depuis des années donc pourquoi changer ?

Pourquoi évoluer si ça ne sert à rien, la nécessité par l’exemple

La question à amener sur ce type de problème c’est : quel est l’apport de nouveaux savoirs ? Donner envie à l’autre de sortir de ce carcan confortable pour se risquer hors de sa zone de confiance. Je prends un exemple : je sors le brancard cuillère avec une collègue expérimentée. Ce type de brancard a été imposé suite à l’évolution des normes EN 1789 pour l’équipement des ambulances de type ASSU. Problème les personnels formés avant cette norme ne connaissaient que peu ou prou cet équipement et son utilité réelle. On m’a bien amené l’argument : bof ça sert juste pour les sorties de corps (ndlr funéraire).

Donc pourquoi s’en servir on savait très bien travailler sans avant donc inutile d’inclure ce matériel. Sauf que quand un jeune collègue propose d’expliquer à quel point cet équipement peut se révéler utile ça change la donne. Et une démonstration sur le terrain avec une situation bien casse-tête comme un col sur personne âgée coincée dans un endroit improbable, algique. Et que la prise en charge avec ce matériel facilite les choses, et oui ça ouvre les yeux. Surtout avec une collègue qui souhaite progresser.

Passer du système D à une situation où magie le matériel résout une grosse partie du problème ça aide : patient sécurisé, déplacement facilité, extraction facilitée. On montre, on explique et on met en œuvre ensemble. Tout simplement. Désormais ma collègue sait comment optimiser ses gestes avec l’utilisation de ce type de brancard.

Et oui comme je le disais tout à l’heure certains conservent une envie d’évoluer, d’apprendre, de progresser et d’assimiler de nouveaux acquis et techniques. Et en quelques minutes on démontre et apprend que cet équipement possède des avantages incroyables pour le patient en terme de protection, de confort, de qualité d’extraction mais aussi cerise sur le gâteau en protection de l’équipage en terme de troubles musculo-squelettiques immédiat ou à posteriori.

On se retrouve avec un binôme qui a évolué : le plus expérimenté continue d’apprendre de nouveaux savoirs tout en continuant de former le moins expérimenté avec ses connaissances du terrain. La complémentarité.

Évoluer c’est sauver

Évoluer c’est aussi sauver. Sauver des vies, mais aussi sauver sa propre personne. Si les techniques évoluent, elles évoluent aussi pour protéger les professionnels. Les protéger des troubles dus à la pratique pour rester en forme et ne pas se blesser. Mais aussi protéger les personnes dont on s’occupe.

Certes en 19xx on transportait une maman et son petit de 2 ans sur un brancard comme ça sans sécurité appropriée. Aujourd’hui l’évolution fait que l’enfant est dans le harnais pédiatrique sur le brancard et maman à côté sur le siège accompagnateur voire à l’avant du véhicule, avec sa ceinture de sécurité. Tout comme un patient adulte doit être muni du harnais de sécurité sur le brancard. C’est une évolution en terme de sécurité du transport. Et une réelle obligation.

En cas d’accident la solution du « j’ai toujours fait comme ça » risque fort de coûter cher à l’ambulancier si il n’applique pas ces nouvelles règles. Donc les règles évoluent et il faut évoluer avec les règles. Pour se protéger, protéger son équipage, protéger son patient et protéger les autres. C’est un exemple parmi d’autres mais qui a pour but d’alerter !

Le recyclage bien trop court

Le problème à mon avis demeure la durée du recyclage des ambulanciers. Certes chacun trouvera à se former auprès de ses jeunes collègues sortis d’école, via des formations dispensées au sein de l’entreprise (pour les rares entreprises capable de réfléchir à l’importance de ces formations). Mais le cas n’est pas viable pour tous : question de temps, question de mentalité, question de génération. Le recyclage obligatoire de l’ambulancier l’amènera donc forcément à remettre ses acquis à jour.

Oui certes mais sur des grands sujets : RCP, évaluation clinique etc. Mais le problème qui demeure c’est être aussi recyclé sur les nouveaux matériels, les nouvelles techniques, les nouvelles obligations. Et la durée légale du recyclage ne permet pas de prendre suffisamment de temps pour faire face à l’ensemble. Il faudrait plus de temps ou des formations plus régulières sur le temps.

Le travail d’équipe

C’est pour ça qu’à défaut de durée de recyclage ou de formations dispensées en interne il faut que l’équipe communique et apprenne à tirer profit des connaissances des jeunes diplômés. Se tenir informé de l’évolution, des changements. S’intéresser aux matériels acquis et non pas se contenter de les ranger dans l’ambulance et de les laisser prendre la poussière.

Une obligation d’avoir un matériel est aussi une obligation d’apprendre à s’en servir. Remettre en question une technique qui a évoluée. Sauver des vies mais aussi se sauver soi-même. Vivre dans le passé c’est bien mais apprendre à évoluer avec son temps c’est mieux.

Est-ce une condamnation gratuite des personnes qui se sont dans ce cas ? Nullement c’est avant tout une condamnation des aberrations du système. Il empêche en effet d’équilibrer de façon plus qualitative la remise à niveau de la population des ambulanciers. Je dis avant tout qu’elle pourrait gagner en efficience. Et c’est valable aussi pour les plus jeunes. Certains sortent d’école mais oublient tellement vite leurs acquis qu’ils en deviendraient dangereux.

C’est aussi un message à l’intention de tous : conservez un esprit ouvert ! La remise en question de vos connaissances doit être perpétuelle. Ne restez pas figé dans votre apprentissage. Le savoir est une valeur inestimable. Même si vous êtes expérimenté, bourré de savoir, de connaissances vous n’êtes pas infaillible.

Chacun a toujours quelque chose à apprendre et ce n’est pas parce que vous avez appris de cette manière qu’il n’existe pas d’autres façons de faire, de nouvelles méthodes.

L’ambulancier et la patiente qui ne voulait pas…

L’ambulancier et la patiente qui ne voulait pas…

L’ambulancier et cette patiente qui ne voulait pas, une anecdote

Il y a de ces anecdotes d’ambulancier qui vous secouent comme celui de cette patiente qui ne voulait pas que je l’emmène. On est jamais vraiment prêt à tout affronter. parfois on se dit c’est fini et au final c’est le contraire. Parfois on pleure, parfois on rit. Le quotidien d’un ambulancier !

Appel 15, patiente 60 ans …

Le téléphone retentit dans le local de garde : femme de 60 ans, dyspnée, essoufflée à l’effort. Nous voilà parti avec ma collègue à une quinzaine de kilomètres dans la nuit, désertée par les travailleurs parti dormir du sommeil du juste. La guirlande de l’ambulance illumine de bleu les façades des maisons à travers ces grandes rues désertes. Rues emplies à outrance la journée elles sont un véritable désert à cette heure du petit matin. Je connais le chemin j’ai bossé dans le secteur.

Première tentative ce n’est pas la bonne mais juste un peu plus bas. On ralentit, on scrute les numéros on y est. Ni une ni deux on descend le sac, l’oxygène. On s’alourdit pour éviter de devoir gravir et re-gravir les escaliers. 5ème étage et pas d’ascenseur. L’ambulancier râle une fois de plus sur les fabricants de lois qui n’obligent pas les promoteurs à installer des ascenseurs en deçà de x étages. Encore des gens intelligent payés des fortunes pour pondre des inepties. Toc toc, bonjour nous sommes les ambulanciers, oui je sais nous ne sommes pas médecins, ni les pompiers mais je vous rassure nous sommes en pleine possession de nos compétences.

Sur le canapé, ce couple

Assise sur son canapé la patiente. A ses côtés son mari qui vient de nous accueillir à la porte d’entrée. On sent monsieur très anxieux. Il ne le montre pas mais on peut sentir la tension, le stress. Les visages sont plus faciles à lire que les paroles parfois. Première phrase de cette petite dame : il est hors de question que j’aille à l’hôpital.

Ma première réaction est de tendre mon oreille tandis qu’elle s’adresse à ma collègue. Ce bruit est impossible à oublier, il est l’alerte typique. Ça graillonne là-dedans ça graillonne même fort. Elle est là assise, essoufflée au possible, la sueur coule, des œdèmes aux jambes et j’en passe des vertes et des pas mûres. Un regard entre nous deux et on s’est vite compris : OAP.

Déballage du sac, prises de constantes. La position assise nous facilite les choses. On fouine, on cherche parmi les antécédents, le déroulement des derniers jours. De vrais limiers. Tout concorde maintenant il faut agir. Poser de l’oxygène ? On va devoir patienter car madame est complètement fermée à la discussion ; pas la peine d’essayer elle se braque aussi sec à la vue du masque HC dont la réserve d’O²  gonfle devant elle.

On commence gentiment à lui poser les choses. On cherche, on reformule, on essaie plusieurs arguments. Raté total ça sent mauvais. Elle n’est pas du tout décidée à aller se promener avec nous au Palais des Délices. Je laisse ma collègue broder et négocier, et je m’éclipse pour passer un appel à la régule 15. Passage du bilan et détail de l’affaire : c’est mal engagé je précise mais on fait au mieux. Promesse de rappeler en cas dégradations ++, quelques mots d’encouragement de la part de l’ ARM je raccroche. On a pas d’autres choix il faut convaincre.

Refus total de la patiente

Ma collègue n’avance pas, la patiente refuse l’oxygène que ce soit le masque voire même des lunettes rien ! Elle refuse toujours de partir. On tente la solution plus costaud : on insiste, on sort les arguments chocs. Le bon et le mauvais flic. On est pas tendre dans nos paroles mais nous n’avons plus le choix, plus le temps, plus d’arguments. Son état empire de minutes en minutes il faut bouger, partir immédiatement. Déclic : elle se décide enfin.

Il est temps de partir au plus vite : elle est trempée de sueur, des œdèmes aux jambes, ça graillonne à tout va, buffe comme un soufflet de forge, le rythme cardiaque est parti pour une course sans fin. Installation sur la chaise on file. On rassure monsieur qui veut nous suivre avec sa voiture. Je suis prudent avec les familles je ne veux pas d’un encastré dans un mur car trop pressé, trop stressé.

Rien ne sert de paniquer ou de se dépêcher. Prenez votre temps, essayez de vous relaxer. Je comprends leurs angoisses, leurs peurs et mon job c’est aussi de savoir ne pas les négliger. Ils existent, ils ont besoin de nous, de pouvoir se raccrocher à quelque chose.

Ces fichus escaliers

 Nous voilà avec la chaise lancée dans la descente de cinq étages. J’ai de « la chance » la petite dame pèse juste entre 90 et 100 kilos tout mouillé, on a fait pire mais on a fait plus léger aussi. Ma collègue elle, elle gère. La force d’un bûcheron canadien dans un corps de demoiselle d’1.60 m.

Quand on la voit les gens se marrent. Quand elle brancarde ou soulève la chaise plus personne ne rigole. Et oui rien de tel pour fermer le clapet des machos. J’en bave, elle en bave mais on n’a pas le choix on doit évacuer très rapidement. Les escaliers n’en finissent pas on en verra jamais le bout c’est à croire. J’ai chaud. L’air frais de l’extérieur  qui me souffle au visage à la sortie fait du bien, beaucoup de bien. Le brancard est prêt : on transfère.

Avaler le bitume

On installe, on jette le sac on claque les portes on s’en va. Ni une ni deux je prends le volant, je me bats avec la ceinture de sécurité, enchaîne les vitesses, colle le téléphone à l’oreille tout en conduisant. Je sais ce n’est pas bien mais là pas le choix.

J’appelle la régule, leur transmet les infos, je sens le parm qui souffle un coup : les équipes smur ne sont sûrement pas dispo, on n’est pas loin ça va le faire. La distance pourtant courte parait énorme. Le temps semble couler trop vite. Ma collègue bataille pour poser un masque. Je l’entends qui menace, supplie, tente tout pour y arriver. J’ai toute confiance, elle va gérer, comme d’hab’.

Je file, je tourne, je ne brusque pas mais dès que je peux je fonce dans cette nuit déserte. Pour une fois je suis content de ne voir personne sur cette foutue route. L’ambulance avale le bitume, je scrute dans la cellule, un coup d’œil à ma collègue : pas besoin de mot on se comprend. Elle gère la crise du moment que je l’emmène à bon port sans tarder sans la secouer. On a beau dire que ça ne sert à rien de courir je ne prends pas non plus le temps de cueillir des pissenlits au bord du trottoir. Pas envie que la dame finisse par les bouffer par la racine.

salle de déchocage

Arrivée au urge c’est déchoc direct. Là la petite dame n’aura plus le choix, plus question de discuter on obéit pour survivre. Je sors, on va à la rencontre de son mari, on le rassure : tout va bien elle est prise en charge par l’équipe médicale. Je ne peux en faire ou dire plus. Je le renvoie vers l’infirmière. Je sens le stress, la peur de la perdre. Un être vous quitte et c’est la fin de tout.

C’est dur de le laisser là seul dans  cette salle d’attente lugubre. On n’a pas le choix. Mes yeux lui disent tout ce que je ne peux prononcer. on le croisera dans la nuit plus tard. Toujours sombre et inquiet. Les nouvelles tardent. Nous, on a pas le choix on doit enchainer, d’autres vies, d’autres gens, d’autres situations qui ont besoin de nous pour les aider. C’est égoïste mais c’est le jeu il faut savoir se compartimenter émotionnellement et ne pas être triste.

Coup de théâtre

Cette histoire date de quelques semaines. Pas plus tard qu’hier matin, journée de repos, le bigophone qui sonne ! Bordel qui me casse les noisettes de bon matin : tiens ma collègue. Elle me raconte : ce matin on vient la voir, elle partit se chercher la petite douceur de 10h : notre patiente et son mari… En vie, en forme. Qui la remercie. Qui lui dit combien elle a mal réagi mais combien elle nous remercie d’avoir été là, d’avoir fait le nécessaire malgré ses peurs malgré son anxiété, ses refus, son attitude qui a dû nous brusquer.

Elle est reconnaissante au point que ma collègue elle, ça lui fout les larmes aux yeux. « Venez prendre le café quand vous passez…. » Bon sang ça fait chaud au cœur. C’est bête, c’est simple mais bon sang que ça fait du bien. Elle a tout entendu cette dame, même dans l’angoisse, dans le bruit de cette salle de déchoc où se succède infirmiers, médecins. Elle n’en a plus que pour un quart d’heure entend-elle.

Mais non Elle en a décidé autrement. C’est pas vot’jour m’dame. Tu vas encore patienter. Et oui elle va patienter et s’en sortir. C’est pas passé bien loin. Cette fois ci elle va se faire suivre, écouter les toubibs et se soigner.

En attendant entendre tout ça, ça illumine ma journée : c’est un foutu rayon de soleil. De se dire qu’on a su agir avec professionnalisme, passion. Et la reconnaissance de ces gens. On est pas des médecins certes mais on a fait notre partie du job. Que  ce boulot ,malgré toute la merde du quotidien, malgré ces journées de dingues et bien on a choisi. On a choisi de venir en aide, de servir ces gens et non pas se servir. Des moments comme ça, ça te mets un bon gros coup de pied aux fesses et ça te motive. Jusqu’à la prochaine fois…

Pour les pointilleux, les analystes, ne venez pas me casser les noisettes avec les détails, j’en ai omis pas mal, oublié certains autres. Et vous savez quoi ? ça ne me tracasse pas, pas le moins du monde. Ce billet n’est pas l’analyse d’un fichu cas concret dans lequel on coche les erreurs ou les manquement c’est juste un foutu récit. Un épisode de mon quotidien,.

Ce quotidien c’est le quotidien identique de beaucoup de collègues. Certes chacun a son histoire à lui. Un ambulancier sans histoire c’est qu’il encore bien vert et sort juste de l’école… Si on s’y mettait on rédigerait des histoires qui feraient de la bible un livre de poche. Je voulais juste partager cette histoire. Classique, basique, inintéressante, passionnante chacun aura son avis sur cette question. En attendant bonne route à tous et restez prudent 😉

Parce que j’ai choisi de devenir ambulancier

Parce que j’ai choisi de devenir ambulancier

L’ambulancier et la complainte du parce que…

equipage

Parce que j’ai choisi de devenir ambulancier car j’ai voulu une profession critiquée et mal aimée,

Parce que j’ai toujours voulu bosser comme un malade pour des clopinettes (ben oui travailler plus pour gagner moins, tu bosses 10h t’es payé 8h),

Parce que j’adore qu’on classifie ma profession avec un vulgaire « taxi pousse-mamie » (quelle poésie), mais j’ai voulu devenir ambulancier

Par ce que j’ai adoré bosser comme un chien en cours pour un diplôme complet et qu’au final on nous considère encore comme des bon à rien,

Parce que j’ai voulu choisir un métier en idéalisant le fait que l’évolution de la profession se mettait en route parce que parce que…

Parce que je voulais apporter quelque chose…

Parce que j’ai voulu me mettre au service des gens pour les servir et non me servir,

Parce que je me sens utile et que je peux apporter des choses, du réconfort, une aide, être un lien social auprès de patient qui en ont besoin. J’ai voulu devenir ambulancier.

Parce que malgré l’image pousse-mamie il y a bien d’autres nombreuses choses que personne ne voit et n’imagine,

Parce que je vois la misère sociale jusqu’au bas du plancher quand je me rends au domicile des patients et qu’on se met à changer sa façon de voir le monde,

Parce que l’on constate à quel point on peut apporter un peu de gentillesse dans ce fichu monde égoïste : un sourire, un service, une parole… Certes c’est pas un job fait pour tout le monde. Tu le choisis pas pour devenir riche (un billet de loto te donnera plus de chances) mais tu le choisis par passion, par envie, par choix. J’ai donc voulu devenir ambulancier.

Et ça tu t’en rends compte quand tes patients te remercient, sont heureux de te voir à leur porte car même si tu viens pour quelque chose qui ne va pas forcément être une partie de plaisir  ils savent que tu vas bien t’occuper d’eux. Qu’ils vont se faire chouchouter et accompagner.

Mais aussi que durant ce court temps de trajet ils vont pouvoir se confier, vider leur sac, passer leurs humeurs sur toi, te raconter leur galères et leurs joies. Et ça leur fait du bien. C’est pas toujours simple de garder ce masque : souriant, droit, poli quand tu t’en prends plein le grade à peine la porte ouverte mais on est un peu la soupape de sûreté pour certains qui cumulent les problèmes médicaux et pour rien au monde tu n’échangerais ta place avec eux.

Mais comme tu les comprends tu restes patient et tu fais tout pour les soulager quelques minutes jusqu’à la porte du service. Et en échanges tu récoltes un sourire, un regard qui réchauffe ta journée. Tu rentres chez toi le soir tu es rincé, le dos en miette et le moral dans les chaussettes. Mais au moins tu as une satisfaction personnelle : celle d’avoir apporté quelque chose à quelqu’un dans cette journée, avoir redonné le sourire, ou chassé les idées noires de certains. Mais tu rentres chez toi et tu te dis que tu as une put… de chance d’être là tranquille sans ennuis de santé pour le moment.

Parce que je voulais être intégré à la chaîne de soins et de secours comme dans mon livre de formation…

Parce que l’ambulancier ça reste le gars en blouse et jean crade, qui te balance une lettre de toubib non ouverte sur le bureau d’une infirmière avant de déverser le patient sur un brancard et repartir dans son fourgon de livrais… pardon son ambulance avec en poche son diplôme vieux de 20 ans et qui n’a jamais touché un bouquin de formation ou de GSU depuis sa sortie de l’école.

Parce que j’adore ce type de cliché et que chaque jour je me dis en enfilant ma tenue de travail que j’adore mon job car c’est un combat de tous les jours pour prouver à la quasi totalité de décérébrés que l’ambulancier est un professionnel de santé formé, que, en France à ce jour il existe de plus en plus une majorité de gars comme moi qui se battent pour exister en tant que professionnels, qui se battent pour démontrer qu’ils sont formés et qu’il savent bosser. Mais j’ai quand même voulu devenir ambulancier.

Que ce qu’on leur a inculqué en cours ils l’appliquent, ils le révisent chez eux le soir de temps en temps ou lors d’un doute… Que chaque matin ils sont motivés et ils ont encore le mince espoir de démontrer qu’ils ont une vraie place dans la chaîne de soin et de secours…

Parce que tu fais le maximum pour t’assurer que ta prise en charge sera la meilleure, parce que tu te remets en question après l’inter’ et que tu analyses pour voir ce que tu aurais pu améliorer afin d’être plus efficace la fois suivante.

Parce que tu t’acharnes à faire tes transmissions de façon complète même si en face tu n’ as pas de bol et tu tombes face à une personne qui t’écoutera d’une oreille ou qui n’en a rien à cirer… Mais quand tu tombes face à un quelqu’un qui t’écoutes tu sais que ça valais la peine de prendre le temps de chercher l’info et que ça contribuera peut être à faciliter à la prise en charge du patient installé dans le box des urg’.

Parce j’ai besoin de pognon…

Parce que l’ambulancier privé ça bosse pour le fric et rien d’autres, un appel 15 c’est juste une facture  avec supplément.

Parce que ça commence à me chauffer le bourrichon qu’on raisonne de cette manière en hurlant que le secours doit rester gratuit et ne doit pas être privatisé…. C’est vrai on est juste des bouffeurs de pognons, les autres acteurs sont bénévoles on le sait…

Parce que je sais que sur mon put… de bulletin de paie les charges retenues retourneront à la case départ. Oui oui celle qui a justement versée les indemnités de transport. La sécu ? Qui c’est la sécu ? Ben oui l’état bien sûr ! La sécu va payer la boite qui va payer des impôts et des charges qui vont retourner dans la même escarcelle qu’au départ. Que le secours n’est pas gratuit c’est juste que tu ne reçois pas la facture de la même façon. La facture elle s’appelle impôt…

Tout le monde finance les secours de manière indirecte. Ben tiens moi employé et mon patron on finance aussi non ? Les salaires il sortent bien de quelque part ? Les véhicules ils sont gratuits ? Donc non le secours gratos ça n’existe pas… Ah excusez moi je dois présenter la facture à mon patient, oui le gars qui présente une suspicion d’infarct’ et que je viens de ramener depuis son domicile…

Ah pardon il vient de faire un arrêt à la vue de la facture ? Pas de soucis je vais allez demander à sa dame de me signer le chèque… Et puis par la même occase je lui proposerais le service funé’ de ma boite, on a un pack « son et lumière » à moins 50% en ce moment… J’oubliais que je suis un privé…

Parce que le secours public sera toujours là pour sauver l’innocent du vilain ambulancier privé qui dépense honteusement l’argent de la sécu.

Parce que quand je vois comment sont utilisé les budgets de subventions public dans certains endroits ça m’offusque encore plus surtout quand on vient nous chercher la pti’te bébète

Parce que si ils prenaient exemple sur les privés ils auraient une autre façon de jeter le pognon par les fenêtres. Ah c’est vrai une entreprise c’est là pour générer du chiffre.  Allez dire ça à la nouvelle génération de patrons ambulanciers qui s’investissent jour après jours pour garder leurs boite à flot et sauvegarder les emplois…

Qui surveillent leurs dépenses, et investissent de façon intelligente. et qui passent les 3/4 de leurs budgets en frais de gazole et de charges… Les patrons vivent bien !!! Ben oui mais ils bossent dur pour ça… Ils font pas du 8h-17h pour aller émarger à 3k5 €  avec voiture de fonction, avantages en natures etc comme d’autres… chuuut faut pas dire…

Parce que chaque matin moi ambulancier privé (employé) je me lève en me disant : allez on va aller faire du fric aujourd’hui ça ira dans ma poche en partie.

Parce qu’une fois encore des abrutis généralisent et mettent tout le monde dans le même sac c’est tellement plus simple. Un patron qui fraude et c’est l’ensemble des ambulanciers français (employés compris) qui tapent dans la caisse. je me demandais aussi comment j’avais pu acheter ma résidence secondaire à saint trop’… C’est vrai dans le public ça n’existe pas… Qui a dit médecins, kiné, hôpitaux, pharmacie qui fraudent/se loupent/sur-facturent ? zut on doit pas avoir accès aux mêmes actualités.

Parce que certains généralisent après vu un ambulancier raté, ben oui c’est connu les autres métiers de la santé et du secours ne sont pas concernés. Chez eux tout le monde il est parfait. Je pense que je devrais consulter pour les troubles auditifs et de la vision que j’ai eu parfois en les regardant travailler ou après les avoir écoutés.

Parce que ce soir j’en avais ras le bol, un trop plein d’idées noires qui couvaient. Mais c’est pas si grave demain matin je me lèverais de bonne humeur et avec le sourire parce que j’aime mon job et que je fais tout pour le faire du mieux possible. Parce que je crois encore en certaines idées qui ne sont que des utopies certes mais qui me font avancer.

Parce que sous ces lignes revendicatives d’autres personnes partagent leurs réponses sur le thème : Pourquoi avez vous choisi ce métier ?

  • Margot : J’ai choisi ce métier pour me sentir utile et ce que j’aime par dessus tout, c’est redonner le sourire aux patients…!!
  • Ludovic : j’ai choisi ce métier pour être au plus proche des gens les écouter et essayer des les aider en restant a mon niveau… Ce que je préfère c’est la prise en charge de différentes générations chaque jour, il n’y a jamais 2 fois  la même douleur tout les jours est différent… De la bobologie,  à la prise en charge avec une équipe médicale
  • Samuel :  l’urgence , aider les gens , bavarder avec les gens ( comme a l’école lol )
  • David : Moi au départ ( à 6 ans) faire comme papa  » sauver les gens  » ; second degré;  je m y suis oriente pour ça das un premier temps et c’est devenu une passion une drogue tout me plait , mais l’urgence par dessus tout … Le dialogue, l’approche avec des gens de tous milieux de toute nature, nos  » papys mamies  » qu’on aiment tant … L’adrénaline sur certains cas parfois dramatique mais c’est aussi ça notre boulot … Et je pense que beaucoup sont comme moi : ambulancier c’est 6 mois ou pour la vie … L’ambulance ma drogue, mon plaisir , mon métier … Ambulancier et fier de l’être.

Parce qu’il est temps de conclure ce billet…

Merci d’être passé au bureau des pleurs, ce billet dramatico-pleurnichard est volontairement axé sur du second degré. Que ceux qui n’arrivent pas à comprendre le sens de cet article reprennent sa lecture ou passent à autre chose (merci d’être venu, veuillez libérer l’espace et éviter de polluer cet espace d’expression). Non ce n’est pas un épanchement d’un ambulancier qui fait oui-ouin (j’ai des kleenex c’est bon).

Je vous rassure ma santé mentale et psychique est très bonne (enfin je crois ^_^). C’est juste que de temps en temps ça fait pas de mal de rédiger ce genre de choses tellement la part de vérité contenue ici est importante.

Parce que heureusement mon quotidien n’est pas toujours comme ça et que je cotoie des professionnels de santé qui savent reconnaître mon travail quand il est bien réalisé et aussi me faire remarquer mes erreurs avec pédagogie et manière, me donner les bons conseils qui vont bien. et aussi reconnaître que notre profession a sa place et son importance.

Et je n’oublie pas mes patients qui, avant tout et au quotidien, me remercient d’être là, pour eux… Et c’est d’abord et avant tout pour eux que je continue. Parce que malgré toutes ces lignes j’ai choisi et je pratique mon job pour eux et qu’ils passent avant toute chose, querelle ou autre. Parce que j’ai voulu devenir ambulancier.