L’ambulancier de demain, quelques pistes de réflexion

L’ambulancier de demain, quelques pistes de réflexion

Présentation, Miguel, ambulancier diplômé d’état

Je suis Miguel Martinez Allainguillaume 40 ans, successivement Ambulancier PSC1 puis Ambulancier diplômé d’état dans le secteur privé en région PACA depuis 13 ans. Un métier de coeur, une passion viscérale qui m’habite depuis toujours. Le maintien de la vie et la santé des autres est l’essence même de ma profession.

Au quotidien j’accompagne, secours, aide, protège, rassure, soigne mon prochain. Une passion qui m’anime chaque jour qui nécessite empathie et savoir faire, faisant fi de toutes les difficultés que l’ambulancier affronte. 13 ans d’une évolution personnelle douce mais certaine. La santé du patient que l’on me confie n’est plus négociable à toute sorte de pression d’être toujours plus rapide et rentable, où l’économie fait manquer le matériel, où l’incompétence de l’ambulancier s’ajoute au danger.

Je me heurte depuis des années à des collègues de travail et des employeurs qui connaissent mal les tâches qu’un ambulancier peut et doit accomplir. Un langage approximatif, des gestes approximatifs, une apparence approximative devient un métier approximatif. Je m’aperçois que deux types d’ambulanciers se dessinent, ceux qui ne cherchent pas l’évolution personnelle au quotidien et ceux qui cherchent à inventer l’évolution. Nous travaillons dans l’ombre, l’ambulancier est un métier mal connu.

 On s’accorde tous à penser que la corporation doit être mieux reconnue. Pourtant la logique voudrait que si on n’entame pas une évolution personnelle rien ne pourra changer.

L’ambulancier et le coronavirus

Depuis ce mois de mars 2020 tout est chamboulé, le Coronavirus SARS-CoV-2 à l’origine de la COVID-19 fait son entrée en scène. Les écoles et commerces sont fermés, le pays est gelé et notre utilité va de pair avec notre désillusion. Alors qu’une partie du monde se voit confinée, nous ambulanciers de France nous devons continuer à travailler jour et nuit, tel est notre travail de secourir et préserver la vie. Le soldats de l’ombre passent dans la lumière sans que nous y soyons préparés.

Alors que le président de la république remercie personnellement les ambulanciers dans ses allocutions, les médias et la population s’intéressent soudainement à notre métier. La France découvre notre utilité et notre place face à cette crise, comme si le métier venait d’être inventé, alors que je fais toujours le même travail. Des tas de reportages sortent avec des erreurs grossières mais pour le moins on parle de nous.

Bien que je connaisse parfaitement l’opinion publique du métier d’ambulancier, je suis à la fois fier d’être d’utilité publique et à la fois honteux d’être rejeté des pouvoirs publics. Je suis un ambulancier de France un véritable professionnel de santé formé pour la prise en soin de victimes contagieuses, mais moi aussi j’ai besoin d’être protégé et rassuré. Les ambulanciers sont oubliés, peu de consigne, pas de ravitaillement de matériel, l’activité diminue, des ambulanciers partout en France se retrouvent au chômage partiel.

Dans mon entreprise j’ai la chance de continuer à travailler même si le travail et le matériel nous manquent mais on se débrouille comme on peut sans l’aide de l’état. Notre activité est réduite aux patients qui ont des soins vitaux comme les dialyses, chimiothérapies et radiothérapies, sorties d’hospitalisation et bien entendu les urgences régulées par les médecins généralistes ou le SAMU. Plus le patient est immunodéprimé et fragile plus il a besoin de soins d’asepsie de qualité. Je dois m’adapter avec le matériel de protection qui diminue à vue d’oeil.

Prise de température, pose de masques chirurgicaux et lavage des mains de tout patient qui monte dans un véhicule. Interruption des missions simultanées et placement du patient à l’arrière en VSL, création de KIT COVID, mise à disposition du SAMU. Les premières victimes du coronavirus arrivent… L’inquiétude bien plus que leurs souffrances se lit sur leurs visages.

Bien que les ambulanciers connaissent les EPI (équipements individuels de protection) ils sont impressionnants pour les victimes, les interventions sont émouvantes, rassurer devient ma mission première, le bilan clinique et les gestes d’urgences doivent être réalisés avec méticulosité, la concentration est intense pour ne faire aucune erreur d’asepsie.

covid 19 - ambulancier

Arrivé aux urgences il ne faut pas perdre sa concentration chaque geste est calculé. En même temps je découvre que l’ambulancier est le seul et l’unique de la liste de la santé publique des professionnels de santé à ne pas être reconnu officiellement (ambulanciers privés ou hospitaliers) comme “personnel soignant” !! Une aberration incompréhensible, comme si l’ambulancier ne prodiguait pas de soins !! …Acteur majeur de la chaîne de soins.

En premier lieu, le transport sanitaire lui-même découle d’une prescription médicale dans la suite d’un protocole de soin. ceci dit la définition même d’une ambulance est un SOIN, outre que l’ambulancier soit titulaire d’un diplôme d’état paramédical validé par le ministère de la santé, titulaire de l’AFGSU pour les SOINS d’urgences, inscrit comme auxiliaire médical dans la liste des professionnels de santé, qu’il participe à la médicalisation, qu’il prodigue la surveillance médicale, l’oxygénothérapie, l’aspiration des muqueuses, l’accouchement, le conditionnement et manutention médico-technique des patients ou victimes, la prise de constantes dans une ambulance dédiée et équipée pour les SOINS d’urgence.

Conduire est l’élément indispensable de notre mission, mais c’est tout à fait secondaire à notre travail à tel point que d’ailleurs même dans le référentiel officiel et obligatoire du DEA ou de l’AA, la conduite y est inexistante.

Cette erreur et le manque de reconnaissance nous coûte cher durant cette crise sanitaire tout ce qui est accordé aux soignants nous passe sous le nez, pas de masque, pas de prime, pas de reconnaissance en maladie professionnelle, pas d’offre carburant du groupe Total, rejeté aux portes des officines, rejeté aux portes des écoles, il n’y a pas de place pour l’ambulancier. Un sentiment d’humiliation m’envahit. Impossible de comprendre comment un professionnel de l’urgence pré-hospitalière, professionnel de la prise en soin de toutes pathologies contagieuses peut en ce temps de crise sanitaire sans précédent se retrouver au chômage partiel ?

Alors que suite au plan blanc annoncé par l’état tous les autres professionnels de santé sont appelés à travailler. Un vrai sentiment d’inutilité. Pourquoi les ambulanciers ne sont pas dans les plans NRBC ou ORSAN de la France ? Des reportages, des témoignages, des associations ambulancières rabâchent toutes ces difficultés, je me sens privilégié, alors que nous on se débrouille à obtenir des dons de matériel, je travaille toujours, j’aime mon métier peut-être encore plus maintenant ou le regard de certain change. La corporation ambulancière entame son virage peut-être le plus important.

L’ambulancier de demain

Au moment où la crise sera derrière nous que sera l’évolution de la corporation ambulancière ? Serons-nous reconnus par l’état et par la population au côté des autres soignants? Tout le problème se pose et des problèmes qui ne datent pas de cette crise qui n’a servi qu’à mettre à jour ce qu’on avait laissé derrière nous, laissant d’autres problèmes nous submerger.

Sous la double tutelle du ministère des transports et de la santé, les ambulanciers sont trop transporteurs pour le ministère de la santé et trop sanitaires pour le ministère des transports. L’ARS, la sécu et le SAMU nous prennent pour des transporteurs de sacs de pommes de terre. En même temps il faut se poser la question qui a véhiculé cette image ?

ambulancier-storm-troopers-lego

Il est temps que tous les ambulanciers de France se soulèvent et refondent le cœur de notre métier.

➔ Saisir le conseil d’état pour la création d’ un ordre professionnel national d’ambulancier qui s’impose pour une régulation de l’accès à la profession, une représentation de la profession à l’égard des pouvoirs publics, une promotion de la profession à travers les médias et les écoles et sa fonction juridictionnelle entre autre.

➔ Avoir un badge ou une carte professionnelle généralisée délivré par le ministère de la santé.

➔ Veiller à être inscrit correctement lors de la deuxième phase au RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé)

➔ Être enregistré au répertoire ADELI et avoir un numéro comme tous les autres professionnels de santé.

➔ Basculer l’ambulancier hospitalier de la liste de l’hôpital public des métiers administratifs logistique et technique dans la catégorie des métiers soignants.

➔ Demander la tutelle complète et unique du ministère de la santé, qui engendrera un changement de convention et la refonte de notre accord cadre. Pour ce, il faudra des syndicats existants ou nouveaux fédérateurs défendant ses idées.

➔ Créer un diplôme d’état pour l’Auxiliaire ambulancier. Qu’il soit inscrit comme professionnel de santé lui aussi.

➔ Renforcer le diplôme d’état, pourquoi pas intégrer les 4 modules de l’ambulancier SMUR pour que tous les ADE soient mieux initiés à la médicalisation.

➔ Remaniement du langage professionnel afin d’adapter et supprimer tout ce qui est attrait au transport incluant la notion de santé :

  • transporteur sanitaire = ambulancier
  • prise en charge = prise en soin
  • Ect…

➔ Passer les 60h de l’attestation de formation spécialisée aux gestes et soins d’urgence en situation sanitaire exceptionnelle et faire son recyclage annuel au moins pour les ADE et renforcer le recyclage de AFGSU2

➔ Demander au CESU ou autre centre, des formations complémentaires de spécialisations de type :

  • Aspiration endo-trachéale
  • Maîtrise du langage médical
  • Gestion de la violence et l’agressivité
  • Prise en soin pédiatrique, bariatrique, gériatrique…
  • Etc…

➔ Comme le précise l’article R6312-11 du CSP l’agrément sanitaire est délivré pour l’accomplissement des transports en premier et dans tous les cas pour le SAMU, ceci dit chaque entreprise d’ambulance doit s’équiper d’au moins une ASSU pour assurer la médicalisation et les soins d’urgence.

➔ Créer un référentiel national officiel des gestes médicotechniques ambulanciers validé par le SAMU.

➔ Poursuivre à améliorer la réponse ambulancière à l’urgence pré-hospitalière avec une amélioration de nos conventions nationales:

  • Géolocalisation des ambulances par le SAMU
  • ECG et bilan connecté
  • Télémédecine
  • Ect…

En conclusion

Je pense que l’ascension de la grande corporation ambulancière de France a encore un long chemin à parcourir. Sans doute que nous allons devoir en passer par une véritable prise de conscience des ambulanciers eux même à se sentir des soignants. C’est en se considérant et se comportant comme soignant que l’on devient soignant. On devra en passer aussi par un investissement des entreprises ambulancières de nouvelles négociations avec le SAMU, la sécurité sociale et les établissements de santé devront avoir lieu pour recentrer notre métier au cœur de la santé de tous les français.

J’adore les ambulanciers

J’adore les ambulanciers

Les ambulanciers et les infirmiers. Aujourd’hui je vous partage un article issu du blog d’un infirmier http://www.idz.fr/ 

Avec la bénédiction de son auteur je partage son article afin de démontrer qu’il est important de bien choisir sa voie et que certains professionnels (enfin professionnel c’est juste le terme, le contenant n’est pas forcément aussi adapté) devrait aller pointer à l’usine et changer de métier car ils n’ont rien à faire dans ce domaine. Y en a marre des boulets de service qui détruisent la profession !!! :

Ah les ambulanciers, dans notre métier on a une approche avec eux digne parfois d’une romance. Comme dans tout métier, comme le notre, il y a des bons ambulanciers et des moins bons… Aujourd’hui, je suis tombé sur cette dernière catégorie et plusieurs fois !

Un ambulancier grognon

Peut-être que certains ambulanciers tomberont sur cet article et pourront m’expliquer (ou se défendre ?) sur votre métier. Je les y encourage vivement d’ailleurs.

Mon expérience du jour est dû à une panne malencontrueuse des ascenceurs. On l’avait subit lors de ce week-end de canicule où j’ai du porté sur deux étages des patients en fauteuil roulant mais on l’a de nouveau subit ce jour avec une nouvelle panne à 8h30 des deux ascenceurs. Pour vous la faire courte, la panne est causé par une pièce défectueuse qu’il faut changé et qui est commandé. C’est comme une voiture, faut que la pièce arrive… Donc on rappelle nos ouvriers ou l’agence en charge des ascenceurs pour les réparer.

Un premier “couple” d’ambulancier, venant sans le brancard, pour chercher une patiente allant en chimiothérapie. Ils signalent que les ascenseurs sont en panne. Certes, mais je préviens que la petite dame ne pourra pas marcher, trop fatigué et surtout “trop” perfusé. Ils ne disent rien mais on sent que le grognement n’est pas loin.

Je cherche une astuce pour palier à l’ascenseur, notons qu’on est situé qu’au premier étage. Je trouve un autre moyen et pouvoir utilisé l’ascenseur situé dans un autre batîment, ils devront passés par le self de l’hôpital. Je n’ai pas trouvé mieux ! On les accompagne mais arrivé en face de 8 marchesils refuseront de descendre par là. “Et bien vous pouvez prendre une chaise pour descendre ces 8 marches ?!” 

Refus, ils partiront laissant la patiente qui n’aura pas de chimio ce jour. Je pensais que les ambulances étaient un service pour les patients ? Apparement on se soucie de leur prise en charge ?

Deuxième fois ce matin, les admissions appellent pour le retour d’une patiente avec les ambulanciers, en brancard, qui n’ont pas l’air de savoir comment faire pour monter la patiente… Ok, j’arrive je me détache du service pour aller les aider. A peine arrivé, un des deux ambulanciers tape son scandale, criant haut et fort que :

  • ”Cela est inadmissible, on est où là, c’est quoi cet hôpital, etc”….
  • “Ok monsieur, vous je ne vous connais pas, vous devez venir très rarement dans notre hôpital. Moi je subis cette panne, vous ne la subissez qu’une seule fois. Et puis même un hôpital a droit d’avoir une fois un ascenseur en panne, c’est pas infaillible et en ce moment les techniciens le réparent ! A part de la patience, il vous faut quoi de plus ? Pas la peine donc de me crier dessus, au pire allez vous plaindre au bureau de la directrice qui se trouve au bout du couloir (toi et ton jean qui te sers d’uniforme !)
  • “Oui mais je fais comment pour la monter là, elle a de l’oxygène et toute ses affaires, c’est n’importe quoi !”
  • “Ecoutez, les affaires un agent va les monter, la petite dame on va lui enlever l’oxygène le temps de la monter au 1ER ETAGE ! On la rebranchera tout de suite après… C’est fou ça ! Vous êtes formé au brancardage quand même et me racontez pas n’importe quoi j’ai fait 4 ans ce même métier avant de faire infirmier.”

Il m’adressera plus la parole le Schtroumph Grognon. Je sais pas mais vous pensez parfois qu’il y a un patient sur le brancard ? Tous ne sont pas comme ça, heureusement, mais vous étonnez pas si dans le milieu on pense que vous êtes des Taxi plutôt qu’autre chose. Je connais de très bons ambulanciers, je pense peut-être parce qu’ils sont passionnés et motivés par leur boulot ? Vous faites une formation quand même, d’ailleurs j’en forme certain étant moniteur…

Quand vous allez chercher quelqu’un à son domicile, vous la montez et descendez de chez elle, quitte des fois à prendre les escaliers ! Votre chaise pliante est fait pour cela. J’ai porté les patients sur deux étages plusieurs fois durant la canicule, j’ai pas ralé ! Les patients n’ont pas besoin d’entendre cela.

Je sais pas mais monter un étage, c’est drôlement dur… Qu’une patiente n’ai pas sa chimio à cause de votre transport qui n’a pas été assuré pour quelques malheureuses marches, cela ne vous gêne pas ? En plus, on vous aide souvent pour brancarder un patient… Enfin bon, ce fut mon petit coup de gueule du jour. D’ailleurs je salue quand même certains ambulanciers. Ce jour là je suis tombé surement sur des fainéants ce qui entache votre métier, comme vous devez tomber des fois sur des infirmiers/infirmières pas aimables, cela arrive.

Au faite, venez pas me parler de leur conduite sur la route, je ne parle pas de ça. (Je vous voir venir :p)

Bender

Je suis un infirmier qui aime bien bloguer pour se détendre un peu. Je suis donc une pousse seringue 2.0 dans une blouse blanche. J’agis également sur les réseaux sociaux comme Twitter et n’oubliez pas de devenir fan sur facebook.

Ambulanciers : de la rigueur siouplé !

Ambulanciers : de la rigueur siouplé !

Ambulanciers : définition de la rigueur

Pour commencer cet article dédié aux ambulanciers et la rigueur qu’ils devraient appliquer sur ses transmissions un petit rappel de la définition pour bien remettre le mot dans le contexte :

  • Caractère, manière d’agir de quelqu’un qui se montre sévère et inflexible : Craindre la rigueur d’un tribunal.
  • Dureté extrême d’une règle, d’une obligation, d’une action : Morale d’une rigueur excessive.
  • Caractère de ce qui est dur à supporter, et notamment des conditions atmosphériques : Froid d’une rigueur exceptionnelle.
  • Caractère de quelqu’un, de quelque chose qui se distingue par une exactitude, une logique, une précision parfaites : Rigueur d’une argumentation.

Ayez un peu de rigueur dans vos transmissions les ambulanciers !

On en a déjà parlé dans le passé: lors des transmissions au SAMU-Centre 15 ou à l’équipe du plateau technique hospitalier, soyez rigoureux dans vos transmissions. Ne serait-ce que pour éviter d’avoir l’air con et de faire passer toute la profession pour un ramassis de cons. Il y en a assez comme ça dans le PAF (Paysage Ambulancier de France) sans en rajouter… Oui-oui, j’ai classé cet article dans la catégorie “Porte-couille” aussi. Parce que beaucoup d’ambulanciers, même DE, continuent de faire des transmissions comme un boeuf te chie sa bouse matinale dans la pimpante rosée de l’aube fraîche…

Entendu:

« La madame, elle a fait caca du sang noir qui pue vraiment beaucoup ! Et alors sa tension hein, dans les chaussettes ! »

Devant une Infirmière d’Accueil et d’Orientation… On peut donc imaginer que le bilan transmis au SAMU aura été du même niveau, et que le PARM ou le MR se seront bien fendu la gueule en pensant à cette connasse d’ADE qui se la pète mais qui ne sait pas parler le langage “Ambulancier”…

Oh, ça n’aura empêché aucun professionnel d’y voir là le tableau clinique d’un méléna, on est d’accord. Ce qu’elle voulait probablement dire et écrire sur sa fiche devait être un truc du genre « Rectorragies, selles noires, goudronneuses, nauséabondes, avec une PA Systolique à “x” mmHg »
Mais enfin, « La madame, elle a fait caca du sang noir… », franchement, ça fait pas vraiment professionnel pour des gens qui se réclament de professionnels de la Santé. C’est très drôle pour le ou la malheureux(se) qui lit ça, IDE, Interne ou Praticien Hospitalier, mais bon, l’humour sur un méléna…, c’est limite, pas vrai ?

Professionnels de la Santé ?

Lu aussi sur une fiche de liaison ambulancière

« La madame se plaint d’une douleur localisisée à gauche… » – Véridique !!!

Ouais, elle se plaint de quel type de douleur ? Loca-quoi ? A gauche de quoi: de la Tour Montparnasse ? De son rétroviseur ? A gauche de son bras ? A gauche de sa tête ?

Je t’explique ce qu’elle voulait dire, cette simili-ambulancière diplômée d’état : « Douleur à type coup de poignard, localisée hypochondre gauche… »

Entendu, encore – et inscrit sur la fiche de liaison

« Le monsieur, il a très mal la tête ! »

… Ouais, il a une putain de céphalée, quoi ! En revanche, pas de chiffrage sur l’EVA, pas de notion des circonstances d’apparition de la douleur, de sa durée, de son “trajet”… RIEN. Même pas le fondamental: la prise d’une tension artérielle !

Ambulanciers, ce qu’attendent les victimes

Ambulanciers, ce qu’attendent les victimes

Qu’est ce que les victimes attendent des ambulanciers ? Une question qu’on oublie souvent de se poser tellement nous sommes concentrés sur la prise en charge, concentré sur le bilan. Au point que sans le vouloir nous passons parfois à côté de certains aspect important : l’attente de la victime.

La victime attend quelque chose de la part des ambulanciers

Sur intervention – a fortiori requise par le SAMU – il ne s’agit pas de se précipiter comme un sourd et de jouer au cowboy, Stetson™ ou Resistol™ vissé sur la tête et plein de certitudes. Ce que les requérants attendent des secouristes, c’est diligence, calme et efficacité. On évoquait hier les déboires de Porte-couille #1. Les traits de l’article d’hier, bien qu’exposés à la manière d’une historiette pour enfants, ne sont en aucun cas exagérés. N’est pas ambulancier qui veut. Ou alors un très mauvais ambulancier que le dispositif départemental AMU (Aide Médicale Urgente) mettra tôt ou tard au rencard.

Les Porte-couilles sont légions à peu près partout en France métropolitaine ou outre-mer. Cela dit, ils ne font en général pas de vieux os. Un jour sur une intervention particulièrement chaude, ils commettent LE “Faux-pas” qui leur coûtera un licenciement – et comme les patrons des compagnies d’ambulances se connaissent tous et parlent entre eux, la porte se fermera à chaque demande d’embauche… Ça marche comme ça dans ce job : sélection naturelle.

Certains prétendants Ambulanciers Diplômé d’Etat réussissent toutefois à franchir les barrières des tests de pré-sélection indispensables pour entrer en IFA (Institut de Formation d’Ambulanciers) — et certains parviennent même, malgré un programme en général bien plus complexe qu’ils ne le pensaient a priori, à décrocher leur Diplôme d’Etat. Cela dit, un diplôme, fut-il d’état, ne garantit pas l’excellence de son titulaire. JAMAIS. Même si on sort major de promo !

La rudesse de certaines interventions ou encore la charge émotionnelle afférente, sont autant de facteurs parmi bien d’autres qui en général se chargent “d’épurer” l’effectif départemental engagé sur interventions SAMU. On entre toujours en IFA pour des raisons qui nous sont propres. Qu’il s’agisse de vocation, de sacerdoce pour certains, dont le dévouement à autrui est tel qu’il rappelle forcément celui de Mère Thérésa – ou qu’il s’agisse de soif de reconnaissance, de vouloir jouer à Bruce Willis, ce sont les motivations de cet instant-là qui seront déterminantes pour l’«apprenant».

Une fois lâchés sur le terrain avec un binôme expérimenté ou un Auxiliaire maladroit qui n’a sa place que dans un VSL – et encore, pas tous ! – c’est là que l’ADE (Ambulancier Diplômé d’Etat) fraîchement émoulu pourra sortir ses tripes et montrer ce qu’il a réellement dans le falzar. Qu’il “en ait” ou pas, son comportement face à une victime et à sa famille – il y a toujours une famille qui “observe”, anxieuse – sera le gage de la légitimité de sa place dans le dispositif AMU.

Stresser c’est bien, mais stresser sain

Un ambulancier DE qui commence à transpirer dès que le l’alerte est donnée en lisant le motif de l’intervention est possiblement un “bon” ambulancier – son stress est potentiellement sain. Un ambulancier qui part “la fleur au fusil” est potentiellement un danger public ! Un ambulancier qui part “tendu” mais les idées claires, sans forfanterie ni trouille au ventre SERA un bon ambulancier – du moins en termes de comportement.

Parce que le comportement n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Derrière le comportement in situ, il y a le maintien des acquis, l’expérience, et surtout la curiosité. Les sources d’informations sont nombreuses pour qui veut se tenir au courant. Mais encore faut-il aller “chercher l’information” au lieu de se contenter de faire ses 210 heures mensuelles. Là encore, il existe de nombreuses disparités d’un ambulancier à un autre.

La recherche d’information théorique, la réflexion sur les divers champs d’applications avec laquelle cette information est en adéquation…, tout cela ne se fait pas tout seul. Ça prend de l’effort et de la curiosité – on y revient – que tous ne sont pas forcément prêts à investir pour devenir meilleur chaque jour. C’est là qu’on différencie les ambulanciers dévoués à leur métier – ce qui, à ce stade relève plus de la passion – des autres, les “ambulanciers-fonctionnaires” au demeurant fort nombreux, hélas…

C’est pareil chez les Pompiers, volontaires ou professionnels: il y en a pour qui tout ceci n’est qu’une sorte de phantasme de gamin enfin aboutit, tandis que pour d’autres, le leitmotiv “Courage et dévouement” revêt un sens profond, presque une “art de vivre”…

Je mépriserai toujours cette catégorie d’ambulanciers se contentant de leurs formations, de faire leurs heures et se fichant royalement de leur présentation physique (bagouzes aux doigts, ongle crades, cheveux longs en catogan…). Mais mon respect ira toujours vers mon semblable sans cesse à la recherche de l’information sur tel ou tel nouveau protocole, celui qui sait qu’au-delà de 80 ans on ne thrombolyse plus un AVC, celui qui cherche l’info, toujours et encore,… celui qui se pointe sur une intervention calme en apparence, mais dopé d’un “bon stress” à l’intérieur…

Parce que ce qu’attendent les victimes c’est bien ça: un homme ou une femme inspirant confiance, ne ramenant pas sa pseudo-science, sachant hiérarchiser ses priorités et prendre rapidement la bonne décision au bon moment. Un homme ou une femme sur qui la victime peut se “reposer” et voir ses craintes apaisées.

Alors tu seras ambulancier mon fils…

Alors tu seras ambulancier mon fils…

“Lettre ouverte d’un ambulancier à un impossible fils que j’aurais tant aimé avoir…”

Rire jaune et serrer les fesses chaque jour en exerçant un métier qu’on aime mais un métier de CON quand même, ça inspire…

Quand tu ne craindras pas d’enfiler des kilomètres et des kilomètres pour des conneries,

Quand tu ne craindras pas de te coltiner certaines infirmières cons comme des balais,

Quand tu ne craindras pas de te taper des journées de 12 heures sans rien manger,

Quand tu ne craindras pas de faire ta semaine sur seulement 3 jours…

Si tu supportes l’idée de savoir que personne ne fait rien pour améliorer le sort de ceux qui vont mourir,

Si tu supportes l’inertie des pouvoirs publics et leur démagogie,

Si tu supportes l’idée qu’on te considère comme un “TAXI” malgré ton cursus de professionnel de la Santé Diplômé d’Etat,

Si tu supportes l’idée qu’on parle de toi comme d’un “brancardier”…

Quand tu auras accepté que seulement 90 % de ton temps de travail soit rémunéré, ou 75 quand tu bosses la nuit

Quand tu auras accepté que les 10 % restants ou les 25% sont juste pour une putain de “Gloire” à deux balles,

Quand tu auras cessé de croire en un idéal, celui qui faisait avancer ton père,

Quand tu auras accepté l’idée que seuls quelques “Manitous” font la pluie et le beau temps sur ce métier de CON,

Quand tu auras accepté l’idée que ce métier EST un métier de CON…

Si tu supportes l’odeur des “Vieux”, celle de la vieille pisse rance et de la “Mort”,

Si tu supportes l’odeur de la merde, du vomi et la vue du sang,

Si tu supportes l’idée de devoir subir des automobilistes dangereux parce qu’ils ne savent pas conduire,

Si tu supportes de renoncer à une vie DIGNE de ce nom,

Si tu supportes l’arrogance des internes cons comme des balais,

Si tu supportes le mépris des médecins qui te dédaignent…,

Si tu supportes les jérémiades de fonctionnaires hospitaliers et leurs 35 heures à la con…

Quand tu auras compris que ce métier n’est pas fait pour les faibles,

Quand tu auras compris qu’il te faudra puiser dans TOUTES tes ressources pour lui survivre et ne pas y laisser ta Santé ou TA PEAU…

Quand tu auras compris que TON PÈRE AIMANT est dégoûté d’être obligé de te citer tout ça pour éveiller ta conscience à la réalité de ce métier…

… ALORS TU SERAS UN AMBULANCIER, MON FILS !

Texte d’origine

de Jean LAENGY