Ambulancier, 5 ans après, où j’en suis ?

Ambulancier, 5 ans après, où j’en suis ?

6 ans, avant de choisir ambulancier

Il y a 6 ans de ça j’étais encore dans un schéma de reconversion. Changement radical d’avenir professionnel. Remise en question de mes compétences, de mes savoir-faire et de mes savoirs êtres. Un peu perdu dans la jungle des possibilités réduites malgré tout à l’aspect financier. J’avais fait le tour de la question aidé par des conseils adaptés en fonction de mon profil personnel, mes aptitudes etc. Il y a 6 ans de ça je me suis intéressé au métier d’ambulancier.

Peu convaincu au départ au vu des idées reçues très bien ancrées dans le quotidien de monsieur tout le monde, peu aidé par les ressources sur la Toile j’ai fini par trouver l’essentiel de mes réponses après un parcours de recherches poussé et fort long. En parallèle de ma préparation pour présenter le concours d’entrée en école d’ambulancier j’ai mis en place un site web destiné aux futurs candidats qui devait répondre point par point au questionnement qui m’avait empoisonné l’existence quelques temps auparavant.

L’ambulancier pour les nuls est né, vacillant à ses départ et encouragé par mes pairs. Je me suis promis une chose quelques temps après : attendre cinq ans pour faire un point sur ma carrière d’ambulancier.

Mais pourquoi 5 ans  dans la carrière d’un ambulancier ?

Tout simplement car la légende dit qu’un ambulancier en Province tenait 5 ans contre 3 sur la région parisienne.  Au-delà le taux de reconversion à l’issue atteignait des proportions incommensurables. 5 ans après avoir entendu cette légende elle semble s’effriter doucement. Non pas qu’elle ait disparue mais à en voir l’entourage il semblerait que les données ont un peu changé mais sans disparaitre.

Je pratique donc depuis 5 années pleines. 5 années difficiles, courtes et longues à la fois.  Années d’échanges, de rencontres, d’apprentissage, de boulettes, de réussites, de succès, de tristesse, de stress mais 5 années totalement incroyables. Je m’étais promis de le faire afin de proposer à des futurs ambulanciers ou qui débutent, de façon à servir peut être de point e repère. Mon vécu est propre à moi même, à l’endroit où je travaille donc c’est un ressenti assez personnel.

Où en suis-je après 5 ans dans le métier d’ambulancier ?

Après 5 ans dans le métier d’ambulancier. Ma motivation n’est plus aussi vaillante que celle qui me rendait aussi fonceur au départ. Je parle de motivation mais pas de conscience professionnelle, pas d’amalgame. La motivation c’est l’envie de continuer, de pratiquer, de donner. Elle s’est un peu érodée mais elle est toujours présente. La conscience professionnelle elle est toujours présente.

Ce qui me tient la tête hors de l’eau ce sont les patients, leurs parcours de soin difficile, les échanges et les rencontres avec des gens très différent, le besoin d’apporter mon aide et me rendre utile. C’est quelque chose qui me fait lever le matin : me mettre au service de ceux qui ont besoin de moi, apporter mes compétences et mes qualités humaines pour apporter mon soutien.

Question conditions de travail je mesure plus avec le temps l’impact des conditions de travail sur mon quotidien, ma famille, ma condition physique et financière. Sur ce dernier point j’étais parfaitement informé que je choisissais un métier difficile, peu valorisé et mal payé. Mais avec le temps en effet les choses pèsent plus lourd. Le manque de valorisation associé au reste fait que le fardeau est un peu plus lourd à porter chaque jour.

Ce qui explique que j’essaie de faire impasse sur ces sujets pour me recentrer sur l’humain afin de garder le cap et ne pas baisser les bras. Je ne me plains pas je suis arrivé dans une période où il y a eu une évolution, certes misérable face à une autre profession mais à l’antipode de ce qu’on vécut les ambulanciers qui travaillaient, nuit, jour, weekend sans véritable encadrement des conditions de travail.

Les choses évoluent lentement certes mais n’oublions jamais pourquoi nous avons choisi ce métier. Après je ne vais pas tergiverser sur ce sujet.

La progression dans le métier d’ambulancier

 5 ans après je mesure le parcours que j’ai réalisé et à quel point l’adage suivant s’applique : un ambulancier sort de l’école, il commence sa pratique et débute juste l’apprentissage réel de son métier. La formation a beau apporter des données théoriques et pratiques elle ne peut vous faire face à ce qui vous attends dans la vie réelle. Que ce soit psychologiquement ou physiquement. Travailler avec l’être humain apporte un tel panel de diversités : origines sociales, religieuses, professionnelles. Mais aussi caractères, vécu, humeurs, sentiments et j’en passe.

Prenez une année de pratique et vous aurez un panel de patient aussi différents les un des autres. Un panel qui vous apportera systématiquement quelque chose sur le plan humain ou encore sur le plan des compétences. Que ce soit le relationnel ou encore la pratique de certains cas, pathologies, situations ubuesques rien ne vous prépare vraiment à ce que vous allez voir et faire. Le terrain c’est une école.

Une école de la vie tout comme l’école de l’apprentissage. On panique, on s’interroge, on se remet en question. Normal. Nous ne sommes jamais vraiment totalement prêt quand on débute. Ce qui ne veut dire qu’on ne connait pas son travail. Il faut juste laisser du temps au temps et ne pas oublier qu’être une équipe c’est aussi pouvoir compter sur son binôme pour être soutenu.

« Pour faire un bon ambulancier il faut 5 ans »

Une collègue m’avait dit il faut cinq années pour faire un bon ambulancier Avec le recul je me dis qu’elle avait certainement raison. Une période suffisamment importante pour être à l’aise dans la majeure partie des situations, être capable d’être un bon communicant. C’est aussi apprendre à faire face à tout type de situations, problématiques impliquant un ou des êtres humains. Savoir prendre des initiatives rapides, désamorcer des conflits, ou résoudre des problèmes en un tour de main.

Cet apprentissage ne peut se faire à l’école et même avec un bon vécu personnel et professionnel. Etre capable de conserver son sang-froid et d’agir sur une situation d’urgence même relative. Ces urgences qui ne sont jamais urgentes dit-on et au final vous laissent parfois de sacrés surprises parfois très amères, ou des souvenirs impérissables. L’école ne peut vous faire partager ce stress, ces situations tendues où on doit être capable de réagir pour venir en aide à des êtres humain en détresse tout en gérant en parallèle la panique et les inquiétudes des familles, amis, voisins présent aussi sur place.

5 ans de larmes, de rires

C’est aussi 5 années de larmes. C’est apprendre à faire face à des fins de vie, des départs brutaux, des annonces de fin de parcours. Des familles qui cherchent votre soutien, aux confidences des patients. Des liens qui se créent à des niveaux plus ou moins profond du fait des transports réguliers et qui se terminent parfois violemment. On est jamais prêt au départ de ses patients ni même au bout de cinq ans.

Il reste encore des moments difficiles mais il est important d’apprendre à se compartimenter pour ne pas sombrer. Ne pas sombrer car c’est un cheminement dans notre job. Nous sommes là pour accompagner et soutenir l’humain dans sa vie de façon ponctuelle ou répétée. Nous sommes un des maillons de la chaine de soin. Notre job c’est l’humain.

5 années de colère, de tensions, de crises, de conflit. Que ce soit pour encaisser les douleurs, les difficultés, la rage de nos patients face à la maladie. Mais aussi subir l’ire de certains professionnels de santé envers notre profession pour des choses d’une futilité parfois désespérante. 5 ans de combats, et de rage face à un cadre de travail complexe sur lequel vient se greffer la déplorable attitude des pouvoirs public qui ne cessent de venir ajouter des obstacles à notre quotidien.

Mais ne dramatisons pas. La vie est faite de fins mais elle est aussi faite de début, de nouveaux départs. Des naissances, des grossesses, des rémissions, des guérisons. Des cris de joie, des visages illuminés, des sourires, mais aussi des fous rires. Avec les patients, avec les soignants, avec les collègues.

5 ans dans le métier d’ambulancier : des collègues formidable

Les collègues sont une famille, un lien professionnel important. On se connait, on passe plus de temps ensemble qu’avec nos familles et c’est peu dire. On se connait tellement qu’on peut travailler ensemble sans parler, deviner les humeurs et s’adapter, se soutenir et faire front tous ensemble.

Ah oui on n’est pas tous sur la même longueur d’ondes mais il existe toujours ce noyau solide qui en unit une grosse partie. On se soutient, on se complète. On apprend les un des autres. On rencontre des gens formidables et je remercie au passage les miens pour supporter mes humeurs de dogue au quotidien. On est tous différent, on s’apporte tous mutuellement quelque chose (enfin presque tous hein ^_^). Compter sur ses collègues c’est important pour souder une équipe et faire du bon travail.

5 ans de tutorat

C’est une des parties qui me passionne le plus et pour laquelle je reste comme au premier jour : transmettre le savoir. Voir ses collègues passés comme élève entre ses mains et les découvrir devenu des professionnels expérimentés et compétent c’est un cadeau. Se dire qu’on a apporté certes une toute petite partie dans leur parcours, mais c’est aussi une façon de se dire qu’on suit une ligne directrice fiable qui fonctionne.

De mon point de vue la connaissance doit être partagée et la passion de ce que l’on fait donne forcément un sens aux choses que l’on transmet aux autres. La transmission du savoir est la plus belle chose qui existe pour moi surtout quand on réussit à transmettre son amour du métier et l’éthique qui me fait avancer. Former oui, mais former et orienter dans la bonne direction c’est encore mieux.

6 ans de site web

Bon ok ça dépasse les cinq années car j’ai commencé en 2009. La partie la plus mitigée depuis quelques temps. En dehors d’avoir la satisfaction personnelle d’avoir réussi à aider du monde, renseigné, informé c’est aussi une certaine lassitude. Une motivation qui baisse faute d’avoir réussi à m’entourer d’une équipe solide et nombreuse pour créer un outil communautaire qui se transmettrait au fil des générations d’ambulanciers. Sur ce point je n’ai pas encore échoué mais j’ai des doutes.

L’ambulancier lambda râle beaucoup mais quand il s’agit de s’investir pour tirer son job ou ses conditions de travail vers le haut il disparait bien souvent : râler mais surtout ne pas agir, d’autres le feront à sa place 😉 La lassitude s’explique par le fait d’être seul et de manquer d’inspiration, d’envie parfois (après le boulot dur parfois de continuer). L’angoisse de la page blanche revient de plus en plus souvent. Faute aussi au fait de ne pas pouvoir aborder certains sujets pour ne pas m’attirer les foudres de certaines institutions ou tout du moins de certain de leurs représentants ou/et membres.

Mais qu’importe ce ne sont que des moments de flottement qui disparaissent rapidement pour que l’info ressorte. C’est juste que vous subissez indirectement mes baisses de motivation. Mais quelque part en cinq ans j’ai vu passer grand nombre d’associations, groupes, site qui ont sombré malgré des volontés de révolutionner les choses ou apporter du concret; et ce depuis le départ où la Toile était à peu près vierge de ressources en dehors des pionniers toujours présent à ce jour.

Beaucoup de bruit souvent mais peu de cohésion dans tout ça. Je râle mais un jour j’espère bien que ce petit monde cohabitera ensemble. Mais malgré tout j’ai pu constater, et constate encore des démarches très constructives de la part de certains avec méthodologie et pédagogie associées à leurs actions. Moi je suis toujours présent dans mon pti coin, fidèle au poste même si j’ai du mal à conserver une ligne éditoriale équilibrée.

5 ans où je serais demain ?

J’en sais rien encore on verra ça l’année prochaine. A mon avis j’espère toujours au volant de mon ambulance, dans ma cellule sanitaire ou à conduire mon VSL. Je ne dis pas que je ne pense pas à une autre suite mais pour le moment ce ne sont que des idées sans forme bien définies.

Toujours est il que quoi que sera la direction que j’aurais pris je conserverais un souvenir inoubliable de cette profession. J’en suis fier malgré tout. Mais dites-vous une chose un jour il faudra peut-être prendre le relais de ce site.

Et à qui vais-je transmettre le bébé ? J’espère pouvoir compter sur un candidat fiable et sérieux, compétent et ouvert d’esprit pour prendre ma suite et continuer ce que j’ai tenté de commencer, mais aussi apporter un sang neuf indispensable.

Ma boite mail est toujours ouverte donc si ça vous dit de participer à l’aventure le casting est ouvert en permanence. Ne soyez pas timide, je sais je suis redondant à chaque rentrée, je ressors le même discours. Venez avec vos compétences et l’envie de faire bouger (un peu) les choses. Arrêtez de jouer les moutons et de râler dans vos coins ou sur les réseaux sociaux, à la machine à café parmi vos collègues.

Pour conclure

5 ans ça passe vite et une chose est sûre : on connait tous des moments de creux mais il ne faut surtout pas perdre de vue le pourquoi qui nous a amené à faire notre choix de profession. Si vous le perdez, vous perdez votre âme d’ambulancier et je doute que vous soyez en mesure de pouvoir exercer avec autant de qualité qu’au départ. Ce métier use mais ce métier est indispensable.

Beaucoup prophétisent la fin du métier depuis des années et nous sommes toujours là car des gens ont besoin de nous, besoin de nos compétences, besoin de nos qualités humaines. Vous êtes avant tout des techniciens de l’humain alors ne l’oubliez pas et reste droit dans vos bottes.

Sinon changez de job ; A refaire je ferais la même chose. Reste que s’accrocher reste parfois compliqué mais on revient toujours à son point initial si on est un minimum capable de faire la part des choses. Ravalez votre orgueil, vos rancœurs, et pensez à vos patients. Et n’oubliez pas une chose : bossez pour vos patients et non pas pour vous. Ils ont besoin de votre attention, de votre oreille, de votre assurance. Soyez présent… Servir mais non se servir.

Le bilan social

Le bilan social

Un bilan ambulancier complet

Assurer une prise en charge c’est avant tout assurer la mise en place de gestes, de pratiques indispensable à améliorer l’état du patient en vue de son évacuation. Tous ces paramètres sont enseignés et appliqués au quotidien : bilan circonstanciel, circulatoire, ventilatoire et lésionnel. Mais il est une partie trop souvent négligée qui est primordiale dans de nombreuses situations. Certes ce n’est pas le critère d’urgence numéro un mais pourtant il revêt une importance non négligeable : c’est le bilan social.

C’est une multitude de détails qui revêtent une importance non négligeable en cas de détresse non vitale. Je précise ce détail car sur une urgence extrême c’est l’état du patient le plus important. On a alors à ce moment d’autres sujets de priorité.

Quel contenu ?

Le bilan social va contenir tous les éléments extérieurs à l’état de santé du patient.  En effet très souvent vous allez rencontrer des patients avec des particularités importantes à prendre en compte en fonction de l’âge entre autre. Citons une personne ayant chutée chez elle avec une suspicion de fracture du col du fémur. Cette personne vit seule chez elle, la maison n’est pas adaptée : chambre à l’étage, escaliers très pentu etc. Elle vit seule à domicile, n’a pas de famille proche ou du moins aux alentours. Pas d’auxiliaire de vie ou de portage de repas elle était jusque-là parfaitement autonome.

Donc que vas-t-on faire ressortir de ce bilan ?

Un retour à domicile en cas de diagnostic de fracture de la part du médecin des urgences sera rendu complexe suite à la période de soins. La disposition de l’habitation ne permettra pas à ce patient de pouvoir demeurer à domicile : escaliers etc. Mais qui va informer l’équipe médicale en premier ? C’est vous !

Bien que le patient soit interrogé par le personnel soignant il est logique et impératif de mentionner ce genre de détail dans vos bilans. Le fait d’apporter cette information rendra la suite de la convalescence plus ciblée. On pourra penser entre autre à une convalescence en soin de suite, à la mise en place d’une HAD (Hospitalisation à Domicile), Infirmières à domicile pour les soins, mise en place d’auxiliaire de vie ou autre suivant le devenir du patient.

Dentiers, appareils auditif

Ce genre de petit détail a son importance : un patient porteur de prothèse : dentaire, auditive, lunettes (sont-elle de lecture ou de vue ?) est un élément qui a toute sa place dans un bilan. En effet il faudra pouvoir soit vérifier qu’il porte ses appareillages sur lui ou encore les trouver et les mettre dans un sac dédié et le signaler à l’équipe soignante. Ce ne sont pas juste des éléments de confort mais indispensable au quotidien. Sans appareil dentaire, un patient qui sera hospitalisé à la suite de son passage aux urgences ne pourra pas s’alimenter correctement si personne ne lui  a apporté sa prothèse dentaire.

Les lunettes : imaginez-vous laisser quelqu’un sans lunettes ce n’est pas concevable. Vous devez donc vous informer au domicile ou être observateur, poser des questions au patient sur ce point indispensable. De plus je ne saurais vous rappeler la valeur monétaire de ce type d’appareillage et donc l’importance de ne pas les laisser trainer n’importe où. La montre : détail tout bête mais pourtant pensez à emporter la montre ! La notion du temps est vite perdue dans une chambre d’hôpital. Pensez à leur confort !

Autonomie

Il est important de signaler sur votre fiche bilan l’autonomie du patient : se déplace t’il sans appareillage ? Marche-t-il avec une canne, un déambulateur ? Hémiplégie, paraplégie ? Présence d’un fauteuil roulant ? Peut-il faire un transfert seul ou avec aide etc. Si vous vous apercevez que le patient présente des difficultés au niveau autonomie à domicile c’est votre devoir d’informer l’équipe soignante.

Le médecin diligentera alors au besoin le service compétent pour vérifier la situation du patient afin de trouver des solutions adéquates. Vous n’êtes pas là pour apporter votre opinion sur le sujet mais faire remonter une constatation. Quand la famille vous fait part de ses difficultés à maintenir le patient à domicile vous devez en faire part à l’équipe soignante et inviter la famille à se rapprocher d’eux pour étudier la situation ensemble. L’équipe soignante dirigera ensuite les proches vers le service adapté pour en parler et trouver une solution.

Violence ou maltraitance

C’est quelque chose où vous devrez faire très attention ! Vous n’êtes pas là pour apporter un jugement ou une affirmation. Selon les dires de la personne (âgée, femme ou enfant) ou encore selon vos observations vous devez rendre compte à l’équipe soignante et les prévenir.

Vous constatez juste et vous restez discret sur le sujet. Vous faites part de ce que vous avez vu et entendu, le médecin ensuite effectuera les démarches et examens nécessaires. Attention à ce que vous dites et ce que vous affirmez ! Soyez prudent car les conséquences peuvent être dramatique.

Les clés, les bijoux etc.

Les clés de maison. On en revient au patient seul à domicile sans voisins, sans aide, sans famille. Vous allez fermer sa maison avant le départ. Vous allez donc emporter les clés. Signalez-le par écrit !

Il est important de préciser si les clés sont avec le patient et à quel endroit : sac, poche etc. pour bien entendu faciliter le retour à domicile et ne pas laisser l’équipe qui le ramènera plantée devant une porte verrouillée. Si les clés sont laissées chez un voisin, un ami précisez les coordonnées de contact et l’identité de la personne sans oublier son lien avec le patient.

Attention aux bijoux, argent etc. Expliquez à votre patient l’importance de ne pas amener avec lui des objets de valeurs. Si cela est impossible inscrivez sur la feuille bilan la présence du portefeuille, bijoux etc.  Tentez de limiter l’emport de ce type d’objet et essayez de n’amener que le minimum : carte vitale, mutuelle de préférence dans un étui que vous identifierez en apposant une étiquette administrative.

Les animaux

Détail qui semble insignifiant aux yeux de beaucoup mais pourtant on touche à un point important. L’animal de compagnie est souvent pour une personne seule un lien très important. C’est leur seule compagnie et souvent ils y sont très attachés. Leur première inquiétude est souvent pour le devenir de l’animal avant même de penser à leur propre devenir personnel.

C’est aussi votre job de veiller à ce que le nécessaire soit fait : prévenir les voisins, laisser une clé, etc. Pour que l’animal soit nourri et abreuvé durant l’absence de la victime. Pensez à votre patient et à son état de stress sur ce sujet. C’est vraiment très important.

La famille et les numéros de téléphones

Il est important de se renseigner sur la famille du patient si vous le trouvez seul : est-il marié ? Divorcé ? Veuf ? A-t-il des enfants et où vivent-ils ? Comment les contacter. En cas d’inconscience ou aphasie ou autre problème de communication il y a surement des voisins, des amis autour de chez lui.

Rien n’empêche de prendre quelques minutes pour vous renseigner, prévenir de l’évacuation du patient vers les urgences de l’hôpital x ou y et demander à ce que quelqu’un soit prévenu. Au pire des cas regardez si vous trouvez un répertoire téléphonique papier près du téléphone ou observez le cadran du téléphone. Chez les personnes âgées c’est très souvent un élément affiché au mur ou à côté du téléphone.

Laisser un numéro de téléphone et l’identité d’une personne à prévenir aux urgences lors de la dépose du patient va faciliter la vie de l’équipe soignante qui aura alors la possibilité de contacter la famille en cas de besoin : retour, hospitalisations, complications etc.

Il est important de connaitre un minimum sur la situation de famille : on évitera de laisser les coordonnées d’un fils ou une fille ou autre dont les relations avec le patient sont complexes. Si vous avez l’information bien entendu. On essaie de faire au mieux sur la prise d’information, le tout sans jugement. On est avant tout à l’écoute du patient et on respecte ses choix !

Rassurer l’épouse, la famille

On laisse un numéro de contact du service d’urgence auprès de l’épouse, du mari, des enfants etc. On marquera sur la fiche bilan si la famille prendra contact par téléphone ou va se déplacer au service d’urgence. On les rassure et on s’assure qu’ils ont bien compris à quel endroit vous allez évacuer la victime. On explique ce qui va se dérouler (transport, accueil aux urgences, installation, attente, examens médicaux) de façon simple sans donner trop de détails et en évitant d’évoquer des sujets que l’on ne maitrise pas.

Si la famille décide de suivre expliquez qu’ils devront patienter plus ou moins longtemps en salle d’attente etc. Pour ma part je les invite à téléphoner avant de s’y rendre, ou d’attendre quelques heures avant de partir. C’est une façon de s’assurer du retour au calme de tout le monde, de l’évacuation du stress avant de prendre le volant. Si monsieur ou madame est seule je les invite à faire appel à de la famille, des voisins et des amis pour être bien entouré.

Prenez le temps

Cet article n’est pas une référence complète mais un état des lieux grossier de ce que vous devez prendre en compte. Chaque situation sera différente et il vous revient de vous adapter. Sachez prendre le temps de faire les choses comme il faut. L’aspect social d’une intervention fait partie de votre mission tout comme l’aspect médical. Vous ne devez pas le négliger. Je ne vous dit pas de le passer en priorité mais de vous ADAPTER.

Cette liste même si elle semble longue ne représente que quelques minutes à mettre en place et facilitera beaucoup de choses. Votre patient n’est pas un objet que l’on dépose et il vous en sera sûrement très reconnaissant. A chaque fois vous n’avez qu’à penser à une chose : s’il était de ma famille qu’est ce que j’aimerais que l’ambulancier mette en place ? Vous pouvez bien entendu réagir à ce sujet, ajouter des éléments de précisions afin de l’enrichir et donc, par ce biais rendre service à tous les collègues ambulanciers ou secouristes qui liront cet article.

Un très grand merci à mon formateur : G. Jollet, formateur pour les ambulanciers,  pour avoir su nous démontrer l’utilité et l’importance d’un tel bilan durant le cursus de formation.

L’ambulancier et l’anamnèse du patient

L’ambulancier et l’anamnèse du patient

L’anamnèse du patient : une étape cruciale de l’intervention préhospitalière

Alors que l’évaluation primaire (le bilan) vise à découvrir des urgences vitales, l’évaluation secondaire nous permet de détecter d’autres troubles.  Ces troubles peuvent être bénins ou graves, voire mortels dans un futur proche.  L’évaluation secondaire se fait généralement en trois étapes, qui seront développées ici. Le questionnaire est une étape très importante dans l’évaluation secondaire du patient. 

Il permet de faire un bilan rapide de l’état de santé habituel du patient, ainsi que la raison pour laquelle il a fait appel aux services médicaux d’urgence.  Deux acronymes aide-mémoires peuvent être utilisés.  Il est à noter que l’ordre des étapes n’a pas vraiment d’importance, tant que toutes les questions sont posées et qu’on arrive à obtenir les réponses de la part du patient ou de sa famille.

Le premier acronyme est « SAMPLE » (qui signifie « échantillon » en anglais)

  • S    Signes et symptômes (on peut se référer au « OPPQRRRST » pour cette étape) ;
  • A    Allergies connues, surtout médicamenteuses, mais aussi à certaines substances comme l’iode, à certains aliments, mais aussi à certains animaux si cela peut avoir un rôle à jouer avec la nature de l’appel
  • M    Médicaments utilisés par le patient, sur une base régulière.  Notez que l’on s’intéressera autant aux médicaments sous prescription que ceux en vente libre, de même qu’aux produits naturels, homéopathiques, vitamines, etc…
  • P    Passé médical, un résumé des problèmes médicaux déjà connu chez le patient.  Il est important de s’en tenir à ce qui est le plus pertinent.  Une appendicectomie datant de 1963 n’est sûrement pas d’une importance critique dans l’état du patient.  Par contre, une hospitalisation récente l’est beaucoup plus.
  • L    Lunch (Last oral intake – Dernier repas ingéré).  Quand est-ce que le patient a mangé/bu pour la dernière fois.  Est-ce un aliment habituel, est-ce que les autres personnes qui l’ont mangé ont les mêmes signes et symptômes, est-ce que l’on pourrait faire face à une allergie alimentaire.
  • E    Événement ayant précédé l’urgence.  Est-ce que le patient faisait une activité quelconque avant le début des symptômes. Est-ce que cette activité peut être reliée au problème ?

OPQRST

Le second acronyme nous permet d’approfondir notre bilan à propos de la raison de l’appel.  Nous irons chercher les informations pertinentes au niveau de la plainte principale, des signes et symptômes du patient.  Nous utiliserons le « OPPQRRRST ».

  • O    Onset – Début de l’épisode.  S’agit-il d’un commencement soudain, graduel, présent depuis plusieurs jours, quelques minutes, est-ce que la douleur l’a réveillé, etc.
  • P    Provocation – Qu’est-ce qui a provoqué l’apparition des symptômes.  Est-ce que le patient faisait un effort ou était au repos, etc.
  • P    Palliatif – Est-ce que le patient peut atténuer la douleur en changeant de position, en se reposant, en marchant, etc.
  • Q    Qualification de la douleur – S’agit-il d’un brûlement, d’un serrement, d’un coup de poignard.  Comment le patient décrit-il sa douleur.
  • R    Région – Dans quelle région du corps la douleur est-elle apparue, où est-elle ressentie le plus vivement.
  • R    Référence – Est-ce que la douleur principale est référée ailleurs dans le corps.
  • R    Récurrence – Est-ce le premier épisode ? Est-ce que le patient a déjà ressenti une douleur comparable ?
  • S    Sévérité – Demandez au patient d’indiquer la sévérité de sa douleur sur une échelle de 1 à 10, 1 représentant un état sans douleur et 10 représentant la pire douleur possible.  Notez que puisqu’il s’agit d’une échelle strictement subjective, son utilité est limitée à voir dans quelle mesure les traitements effectués soulagent le patient.
  • T    Temps – Depuis combien de temps la douleur est-elle présente ?

Ces deux acronymes permettent d’établir un bilan de santé global et de circonscrire et d’identifier rapidement le problème du patient.

Seconde étape : mesure des signes vitaux

La deuxième étape de l’évaluation secondaire porte sur la mesure (et la consignation) des signes vitaux.  Pour mémoire, ceux-ci comprennent :

  •  La fréquence cardiaque (indicateur de l’hémodynamie) ;
  • Le niveau de conscience du patient (indicateur des fonctions cérébrales) ;
  • La fréquence ventilatoire (indicateur de la qualité des échanges gazeux) ;
  • La pression artérielle (indicateur de la perfusion) ;
  • La température basale (indicateur de l’homéostasie) ;
  • Les pupilles (indicateur de l’état neurologique central) ;
  • L’oxymétrie ou la saturométrie (indicateur de l’oxygénation) ;
  • La couleur et la texture de la peau (indicateur de l’état général du patient) ;
  • La glycémie capillaire ;
  • L’obtention d’un ECG, qui permet de reconnaître certains troubles du rythme cardiaque.

Tous ces paramètres peuvent être évalués avec différents appareils et techniques, et permettent souvent de confirmer ou d’infirmer le diagnostic provisoire.  Par exemple, un patient étant dans un état léthargique et qui présente une glycémie capillaire basse souffre probablement d’un épisode hypoglycémique, facile à gérer pour l’intervenant préhospitalier.

La dernière partie de l’évaluation secondaire est une évaluation spécifique du ou des systèmes affectés.  Il faut donc orienter le questionnaire vers la confirmation ou l’infirmation du problème soupçonné.  Par exemple, pour un patient souffrant de douleur thoracique, il faudrait faire une évaluation exhaustive du système cardio-vasculaire et du système ventilatoire.  De même, une altération du niveau de conscience demande une évaluation neurologique, mais aussi un questionnement sur la prise de drogues, une mesure de la glycémie sanguine, etc.

Une bonne évaluation secondaire permet à l’intervenant préhospitalier de mieux répondre aux besoins de son patient.  Il pourra ainsi favoriser la meilleure prise en charge possible, et par là même un meilleur rétablissement éventuel.

Evaluation continue

Reste ensuite l’évaluation continue pendant l’intervention et le transport.  Chez un patient instable, la prise de signes vitaux (surtout le pouls, la ventilation et la pression artérielle) devrait être faite à intervalles de 2-3 minutes pour être capable de détecter rapidement un changement dans l’état du patient.  On peut naturellement adapter ce délai selon la condition du patient.  Néanmoins, même en présence d’un patient très stable, une bonne évaluation globale (signes vitaux, changements dans la condition) devrait être faite toutes les 10 minutes jusqu’au transfert de responsabilité au personnel médical.

Sébastien GAGNON, Paramedic en soins avancés. Canada.

anamnèse - patient - ambulanicer : le site de référence
Ambulancier, le bilan

Ambulancier, le bilan

Le bilan ambulancier

Voici un dossier que je vais qualifier d’important étant donné que le bilan est quelque chose de très important et qui permettra au médecin régulateur de juger de la gravité de la situation. L’ambulancier est les yeux et les oreilles du médecin. Un bilan bien établi c’est un patient bien pris en charge.

A la suite de ce dossier vous trouverez une fiche bilan à utiliser lors de vos interventions et à remettre au service d’urgence à l’accueil du patient pour permettre une meilleure traçabilité de la prise en charge. La fiche quand à elle est une réalisation de l’ambulancier pour les nuls sur la base d’une fiche existante. Toute remarque est la bienvenue.Depuis le nouveau décret du 31 août 2007 établissant l’équivalence CCA/ADE, la profession vient de faire un grand pas dans le sens d’une reconnaissance indéniable de notre statut en tant que professionnels de santé.

Dans cette optique, chacun de nous a un devoir de rigueur dans l’exercice de notre métier et ce, quelle que soit la qualification (ADE ou AUXILIAIRE). Cela signifie notamment l’adoption impérative d’un langage médical universel, mais aussi et surtout une approche holistique, c’est-à-dire globale, de l’individu au chevet duquel nous intervenons à la demande du requérant. L’évaluation clinique et les transmissions ne peuvent souffrir d’aucune carence et encore moins de légèreté, quel que soit le cas auquel nous sommes confrontés.

Ainsi, le bilan et les transmissions sont capitales à plus d’un titre : ils permettent au médecin régulateur de faire un télédiagnostic plus fin dans le but de déclencher la réponse la plus adéquate possible, mais aussi d’assurer, une fois le patient déposé au SAU, une traçabilité synthétique qui sera versée au dossier de soin du patient et sur lequel s’appuieront les médecins en hospitalier ainsi que l’équipe pluridisciplinaire qui assurera la continuité des soins. J’attire votre attention sur l’aspect médico-légal de notre engagement.

On peut définir le bilan ainsi : « C’est l’action de rechercher, de collecter et de recouper des informations auprès du malade et/ou de son entourage, permettant à l’ambulancier diplômé et à son auxiliaire, de déduire un tableau clinique mono ou polypathologique en tenant compte en tout premier lieu de l’observation par les sens et par les constantes exprimées, puis de faire le lien avec la ou les conduites à tenir face à ce tableau, en fonction et dans la limite de nos connaissances et des décrets fixant l’attribution de nos compétences. »

L’équipage missionné par le SAMU est le premier maillon de la chaîne de la prise en charge de la personne et de sa (ses) pathologie(s). A ce titre, nous pouvons être déterminants pour le devenir du patient ou de la victime. L’approche et la rencontre entre malade et soignant médico-technique (ambulanciers) sur les lieux est d’une importance fondamentale. C’est au cours de cette première prise de contact que d’emblée, l’équipage doit se poser des questions :

  •  Où sommes-nous?
  • En présence de quelles personnes ?
  • Qui est la victime ?
  • Y en a-t-il plusieurs ?Faut-il faire un tri ?
  • Quelle est la personne de l’entourage la plus anxiogène pour la victime ?
  • De quelles infos disposons-nous au regard de l’habitation ? (sale, propre, ressources financières…)
  • Y a-t-il une personne de confiance ou une personne ressource présente sur les lieux ?
  • Y a-t-il un problème de barrière linguistique ou culturelle à surmonter ?

Ces éléments constituent un point de départ instantané pour situer le contexte socio-économique ou socio-culturel.

IMPORTANT : l’ambulancier et son binôme doivent savoir qu’ils ne seront pas perçus de la même façon en fonction des « zones » entourant la victime, et que le dialogue ou le questionnement n’aura pas les mêmes réponses que cherchent à obtenir les sauveteurs (dans le but de compresser le délai de prise en charge).

Voici les limites de ces zones :

  • La zone intime : rayon de 30 à 50 cm autour de la victime ! attention…
  • La zone personnelle : jusqu’à 1 m.
  • La zone sociale : de 1 à 3 m.
  • La zone publique : au-delà de 3 m.

Evidemment, pour se livrer à une évaluation clinique, le contact avec la victime est très étroit parfois, nous obligeant à utiliser le toucher ou la palpation pour affiner l’évaluation, essentiellement en traumatologie.

J’inclus dans ces zones ceux que l’on nomme les «attendants » – famille, collègues, entourage etc… – et qui seront aussi pris en charge par l’équipage sur le lieu de l’intervention, car ils ne doivent pas être négligés. Ils ont droit, selon leur lien de parenté, à une explication éclairée, précise et sans mensonges, car cela fausserait la confiance instaurée en première instance, à l’arrivée des secours.

Or les attendants sont une source d’information de tout premier ordre sur l’histoire de vie de la victime, ses ATCD, les TTT en cours, les circonstances de survenue du problème etc…  Ici, l’auxiliaire a toute sa place dans la recherche d’informations et de désanxiogénisation de la situation : il s’agit pour lui de rassurer, sans mentir ou minimiser (  minimiser signifierait ne pas reconnaître la détresse du patient !!!), d’écouter activement (faire reformuler), de poser des questions ouvertes (appelant une réponse formulée) ou des questions fermées (seuls le « oui » et le « non » peuvent être des réponses) .

Le bilan doit suivre une trame, un fil conducteur où chacun des deux binômes sait ce qu’il a à faire, dans la complémentarité.

  • Examen ou évaluation clinique. L’observation vaut mieux que toutes les constantes… !
  • Recherche de signes de gravité permettant d’anticiper l’engagement du pronostic vital.
  • Interrogation du patient sur les circonstances de survenue : y a-t-il eu des prodromes (signes avant-coureurs)?
  • Prise des constantes utiles dans le même laps de temps, sans rompre la communication lorsqu’elle est possible avec recherche d’ATCD personnels et familiaux, interrogation sur le ou les TTT en cours (recouper ces informations avec l’équipier ayant pris en charge l’entourage, pour confirmation)

Ceci peut se faire tout en accomplissant des gestes techniques de première urgence lorsque la situation l’exige. (Techniques hémostatiques, application d’O2 – au débit approprié avec le vecteur approprié : attention à l’hypercapnie chez un IRC ou un BPCO connu risque d’abolition bulbaire de la commande nerveuse respiratoire – par exemple, etc…)

Cas particulier de la psychiatrie

Le processus reste le même, avec cependant quelques règles de base à respecter scrupuleusement

  • Penser au risque de passage à l’acte hétéro-agressif ou auto-agressif : le patient peut décompenser à n’importe quel moment et se montrer violent envers les ambulanciers ou envers lui-même assurer la sécurité du binôme +++ et du patient.  Respect des « zones » décrites plus haut.
  • Pratiquer l’écoute active (reformulation et attente de confirmation de la part du patient).
  • Rester empathique mais ferme et ne pas entrer dans le jeu du bénéfice secondaire attendu par le patient.
  • Si la sécurité de l’équipage risque de se trouver compromise, en premier lieu s’extraire du contexte rapidement et ne pas hésiter à demander un renfort policier et en référer immédiatement au MR (la conversation étant horodatée, nous sommes couverts d’un point de vue médico-légal)

Le stress

Si nous autres ambulanciers sommes quotidiennement soumis au stress lors d’interventions, si nous le connaissons comme on connaît un vieil ami, quelqu’un qui nous est familier, il n’en est  pas de même pour le patient ou la victime : pour lui, la situation est « exceptionnelle ». La gestion du stress du patient est un élément que nous DEVONS prendre en compte, quelles que soient les circonstances. Le stress, c’est quoi ?

C’est une réponse de l’organisme destinée à nous permettre de faire face à une situation de crise, par définition inhabituelle. Vieil héritage génétique de notre condition de mammifères, le stress, à l’instar de nos amis à  quatre pattes, est un processus qui libère dans notre organisme différents neurotransmetteurs tels que l’adrénaline, la noradrénaline, et qui inhibe la recapture de la sérotonine, de façon momentanée.

Les répercussions sur l’organisme sont diverses : dilatation des pupilles, augmentation du calibre artériel et veineux (pour pouvoir fuir devant une menace le cas échéant), blocage de la fonction digestive, augmentation de la fréquence cardiaque et de la fraction d’éjection ventriculaire, etc…, le tout étant commandé par le système nerveux sympathique. Je vous laisse le soin de faire le lien avec l’hémodynamique chez un patient, en tenant compte de la dilatation artério-veineuse et de la tachycardie engendrée par le stress.

Il nous appartient de prendre en compte certains éléments qui nous sont familiers, à nous, ambulanciers, mais auxquels nous ne pensons pas ou peu, afin de mieux comprendre le stress que notre arrivée chez une personne malade peut occasionner.

  •  Nous arrivons avec trois-tons et xénons
  • Nous arrivons à deux sur le « territoire » du patient, dans son intimité
  • Nous arrivons à son chevet, souvent dans une chambre à coucher, ultime « bastion » territorial du malade, ultime refuge.
  • Nous arrivons avec un sac d’intervention, parfois une ogive d’O2 , une chaise portoir etc…
  • Nous sommes appelés à porter des gants d’examen, pouvant être perçu par la victime comme une barrière entre elle et nous, pouvant aussi être perçu comme une humiliation suprême…

Territoire

Nous sommes avant tout des mammifères. En tant que tels, la notion de territorialité est fondammentale chez l’humain. Humiliation : La personne est « malade », « pas bien », « ne peut plus se mouvoir ».

C’est déjà pénible d’avoir à s’avouer à soi-même en temps normal que, dépassé par les événements, nous sommes contraints de « demander de l’aide », imaginez ce que l’on peut ressentir quand un problème médical (médecine pure ou traumato) survient : inquiétude, angoisse (parfois majorée par l’entourage), sensations pénibles, obligation de s’avouer « vaincu » et de commencer un travail d’acceptation de son propre état dégradé.

Voir deux silhouettes debout alors que le patient est couché, « soumis » sur son propre territoire…, entendre les ambulanciers s’adresser à l’entourage en ignorant le patient :  « Eh, je peux quand même parler, non ? »

Tout cela participe au STRESS du patient !

Trucs et astuces  en réponse :

  •  Saluer tout le monde avec politesse.
  •  Ne pas débarquer comme des cow-boys.
  •  Tenir compte du temps, mais ne pas brûler les étapes : si le SAMU attend son bilan dans un délai de 3 minutes, on privilégiera le patient, et le SAMU attendra !
  •  Se placer au niveau de la victime et lui expliquer, si cela s’avère nécessaire, qu’on ne porte pas des gants de crainte de se salir, mais parce que nous ne voulons pas lui transmettre NOS microbes : c’est pour le préserver lui, le patient, que l’on porte des gants…

TRAÎTER LE PATIENT COMME NOTRE ÉGAL !!!

  • Se rappeler des « zones intersubjectives » décrites plus haut.
  • La zone intime : rayon de 30 à 50 cm autour de la victime attention…
  • La zone personnelle : jusqu’à 1 m.
  • La zone sociale : de 1 à 3 m.
  • La zone publique : au-delà de 3 m.

Inspirer confiance, rester calme et attentif, rassurer +++ mais ne jamais mentir. Ni à la victime ni à son entourage le cas échéant.

RAPPEL : le langage ne compte que pour 7% dans la transmission d’un message, l’intonation pour 38% et la communication non-verbale compte pour environ 55%

Attention aux mimiques. Mimique = jugement de valeur !

Les transmissions

De la qualité de ce qui est noté sur les fiches de bilan élaborées par Christophe, dépend la qualité des transmissions au SAMU centre 15 ainsi que les transmissions lors de la dépose de la personne transportée au SAU.

Rappel : Ces fiches ont un caractère médico-légal puisqu’elles sont la base de l’orientation clinique que le médecin suivra en fonction de ce que l’ambulancier et l’auxiliaire auront noté, et qu’elles seront versées au dossier de soin du patient arrivé au SAU.

La transmission du bilan au SAMU centre 15 se doit d’être structurée, quel que soit l’environnement dans lequel le bilan est transmis – même si c’est parfois très très difficile (on l’a tous vécu… !) Contenu des transmissions = contenu du bilan dans le même ordre. Identité de la personne, sexe, âge, motif de l’appel, constat à l’arrivée de l’équipage, circonstances de survenue du problème, avec ou sans prodrome, selon les ATCD, le ou les TTT en cours, un effort etc…, l’état actuel de la victime, les gestes entrepris, puis attente de la décision du PARM ou du MR sur le lieu d’évacuation.

Pour une question de crédibilité, j’attire votre attention sur le langage universel de la médecine. Une bonne transmission est une transmission technique !

Utiliser le langage médical universel

« douleurs abdominales  aigües hypochondre gauche » au lieu de « la personne a très mal au ventre, en haut à gauche », ou autre cas, « plaintes exprimées : violentes céphalées pulsatiles localisées temporales bilatérales » au lieu de « la personne dit qu’elle a très mal à la tête, comme si ça lui battait les tempes des deux côtés ».

Déjà entendu aussi : « La personne a fait un caca tout noir qui pue vraiment beaucoup. On dirait du goudron, et je vous explique pas le coeur qui bat vite et la tension dans les chaussettes… » On aurait aimé entendre quelque chose de plus professionnel comme : « Emission de selles noires, goudronneuses et nauséabondes accompagnées d’une tachycardie à xxx BPM et une systole à 90… ».

Dans le dernier exemple, le MR sait que les ambulanciers sont face à un tableau clinique qui signe un méléna, autrement dit une hémorragie digestive haute. Mais dans le premier cas de figure, le médecin régulateur, au mieux se moque des ambulanciers (ça vaut aussi pour les pompiers), et au pire il fait en sorte que de tels « professionnels » ne fassent plus de gardes c’est la compagnie toute entière qui est rayée du tableau de garde.

Il nous faut donc prendre l’habitude de parler le « médecin » : quelques exemples communs en vrac… :

  • Mal au ventre = gastralgie
  • Mal à la tête = céphalée
  • Mal au cou ou dans le dos ou dans les lombaires = cervicalgie ou dorsalgie ou lombalgie.
  • Saignement du nez = epistaxis
  • Saignement des oreilles = otorragie
  • Saignement de l’anus = rectorragie
  • Section des veines = phlébotomie
  • Plaie ouverte à l’abdomen = laparotomie
  • Le crâne enfoncé = embarrure
  • Fréquence cardiaque et TA = hémodynamique instable + les valeurs (Ex : FC à 130 bpm + TA 90/60)
  • Saignement du vagin hors période des règles = métrorragie
  • Règles trop abondantes = ménorragie
  • Du sang dans les urines = hématurie
  • Crache du sang = hémoptysie
  • Vomit du sang = hématémèse
  • Respire difficilement = dyspnéique
  • FC > 100-110 = tachycardie. FC < 60 = bradycardie ( attention aux sportifs)
  • FR > 20 = polypnée (ou tachypnée, également admis). FR <12 = bradypnée
  • Exprimer les valeurs de la PA en mmHg plutôt qu’en cmHg. Ex : 130/80 au lieu de 13/8

Bref…, utilisons ce vocabulaire pour être crédibles.

Pour terminer, l’approche d’une victime est une relation humaine qui s’instaure. C’est donc avec l’« humain » qu’il faut travailler, c’est-à-dire l’observation, la discussion, la détection visuelle des signes cliniques.

  • Un dextro chez quelqu’un qui s’est cogné la tête est inutile et constitue une perte de temps.
  • Une SpO2 chez quelqu’un qui s’est fait une entorse est inutile et constitue une perte de temps….

Prenez une SpO2 seulement si vos observations laissent à penser qu’il y a un déficit en O2… Idem pour le dextro : si une personne se casse une jambe, pourquoi un dextro s’il n’y a pas d’ATCD ou de notion de diabète ??? Il faut rester cohérent et travailler avec bon sens et RIGUEUR !

J’insiste sur un dernier point. Et j’insiste LOURDEMENT: Le monitorage et les chiffres sont une chose…, mais RIEN ne remplacera JAMAIS votre flair, votre aptitude à observer, à écouter, mais surtout à ENTENDRE la détresse, et RIEN ne remplacera JAMAIS vos CONNAISSANCES et votre EXPÉRIENCE.

Le bilan ambulancier : l’importance d’un travail sérieux

Comme vous l’aurez constaté la teneur du bilan entraînera une bonne étude de la prise en charge à mettre en oeuvre. Chaque acteur de la chaine de soin pourra alors apporter au plus vite une réponse de soins de qualité en fonction des éléments apportés. Ne négligez jamais le bilan, en plus d’être le reflet de votre professionnalisme il pourra sauver des vies et apporter une réponse adaptée au patient et à ses soins.

Evaluation clinique, bilan ambulancier et transmissions

Evaluation clinique, bilan ambulancier et transmissions

On ne le rappellera jamais assez mais l’évaluation clinique et le bilan de l’ambulancier sont des éléments primordiaux. Chaque professionnel de santé se doit d’être irréprochable au possible dans ce domaine. Cet article vous apportera des éléments de rappels à ce sujet.

Rappels et choses à retenir

Depuis le nouveau décret du 31 août 2007 établissant l’équivalence CCA/ADE, la profession vient de faire un grand pas dans le sens d’une reconnaissance indéniable de notre statut en tant que professionnels de santé. Dans cette optique, chacun de nous a un devoir de rigueur dans l’exercice de notre métier et ce, quelle que soit la qualification (Ambulancier Diplômé d’Etat ou Auxilaire).

Cela signifie notamment l’adoption impérative d’un langage médical universel, mais aussi et surtout une approche holistique, c’est-à-dire globale, de l’individu au chevet duquel nous intervenons à la demande du requérant. L’évaluation clinique et les transmissions ne peuvent souffrir d’aucune carence et encore moins de légèreté, quel que soit le cas auquel nous sommes confrontés.

Ainsi, le bilan et les transmissions sont capitales à plus d’un titre : ils permettent au médecin régulateur de faire un télé-diagnostic plus fin, mais aussi d’assurer, une fois le patient déposé au SAU, une traçabilité synthétique qui sera versée au dossier de soin du patient et sur lequel s’appuieront les médecins en hospitalier ainsi que l’équipe pluridisciplinaire qui assurera la continuité des soins. J’attire votre attention sur l’aspect médico-légal de notre engagement.

Le bilan

Personnellement, je définis le bilan comme suit : « C’est l’action de rechercher, de collecter et de recouper des informations auprès du malade et/ou de son entourage, permettant à l’ambulancier diplômé et à son auxiliaire, de déduire un tableau clinique mono ou polypathologique en tenant compte en tout premier lieu de l’observation par les sens et par les constantes exprimées, puis de faire le lien avec la ou les conduites à tenir face à ce tableau, en fonction et dans la limite de nos connaissances et des décrets fixant l’attribution de nos compétences. »

L’équipage d’ambulanciers missionné par le SAMU est le premier maillon de la chaîne de la prise en charge de la personne et de sa (ses) pathologie(s). A ce titre, nous pouvons être déterminants pour le devenir du patient ou de la victime. L’approche et la rencontre entre malade et soignant médico-technique (ambulanciers) sur les lieux est d’une importance fondamentale. C’est au cours de cette première prise de contact que d’emblée, l’équipage doit se poser des questions :

  • Où sommes-nous?
  • En présence de quelles personnes ?
  • Qui est la victime ?
  • Y en a-t-il plusieurs ?
  • Faut-il faire un tri ?
  • Quelle est la personne de l’entourage la plus anxiogène pour la victime ?
  • De quelles infos disposons-nous au regard de l’habitation ? (sale, propre, ressources financières…)
  • Y a-t-il une personne de confiance ou une personne ressource présente sur les lieux ?
  • Y a-t-il un problème de barrière linguistique ou culturelle à surmonter?

Ces éléments constituent un point de départ instantané pour situer le contexte socio-économique ou socio-culturel.

IMPORTANT

L’ambulancier et son binôme doivent savoir qu’ils ne seront pas perçus de la même façon en fonction des « zones » entourant la victime, et que le dialogue ou le questionnement n’aura pas les mêmes réponses que cherchent à obtenir les sauveteurs (dans le but de compresser le délai de prise en charge).

Voici les limites de ces zones

  • La zone intime : rayon de 30 à 50 cm autour de la victime → ATTENTION !…
  • La zone personnelle : jusqu’à 1 m.
  • La zone sociale : de 1 à 3 m.
  • La zone publique : au-delà de 3 m.

Evidemment, pour se livrer à une évaluation clinique, le contact avec la victime est très étroit parfois, nous obligeant à utiliser le toucher ou la palpation pour affiner l’évaluation, essentiellement en traumatologie.

J’inclus dans ces zones ceux que l’on nomme les « attendants » – famille, collègues, entourage etc… – et qui seront aussi pris en charge par l’équipage sur le lieu de l’intervention, car ils ne doivent pas être négligés. Ils ont droit, selon leur lien de parenté, à une explication éclairée, précise et sans mensonges, car cela fausserait la confiance instaurée en première instance, à l’arrivée des secours.

Or les attendants sont une source d’information de tout premier ordre sur l’histoire de vie de la victime, ses ATCD, les TTT en cours, les circonstances de survenue du problème etc… Ici, l’auxiliaire a toute sa place dans la recherche d’informations et de désanxiogénisation de la situation : il s’agit pour lui de rassurer, sans mentir ou minimiser ( → minimiser signifierait ne pas reconnaître la détresse du patient !!!), d’écouter activement ( → faire reformuler), de poser des questions ouvertes (appelant une réponse formulée) ou des questions fermées (seuls le « oui » et le « non » peuvent être des réponses) .

Le bilan doit suivre une trame, un fil conducteur où chacun des deux binômes sait ce qu’il a à faire, dans la complémentarité.

  •  Examen ou évaluation clinique. L’observation vaut mieux que toutes les constantes… !
  •  Recherche de signes de gravité permettant d’anticiper l’engagement du pronostic vital.
  •  Interrogation du patient sur les circonstances de survenue : y a-t-il eu des prodromes (signes avant-coureurs)?
  •  Prise des constantes utiles dans le même laps de temps, sans rompre la communication lorsqu’elle est possible avec recherche d’ATCD personnels et familiaux, interrogation sur le ou les TTT en cours (→ recouper ces informations avec l’équipier ayant pris en charge l’entourage, pour confirmation)

Ceci peut se faire tout en accomplissant des gestes techniques de première urgence lorsque la situation l’exige. (Techniques d’hémostase, application d’O2 – au débit approprié avec le vecteur approprié : attention à l’hypercapnie chez un IRC ou un BPCO connu → risque d’abolition bulbaire de la commande nerveuse respiratoire – par exemple, etc…)

Cas particulier de la psychiatrie

Le processus reste le même, avec cependant quelques règles de base à respecter scrupuleusement :

  • Penser au risque de passage à l’acte hétéro-agressif ou auto-agressif : le patient peut décompenser à n’importe quel moment et se montrer violent envers les ambulanciers ou envers lui-même → assurer la sécurité du binôme +++ et du patient. → Respect des « zones » décrites plus haut.
  • Pratiquer l’écoute active (reformulation et attente de confirmation de la part du patient).
  • Rester empathique mais ferme et ne pas entrer dans le jeu de la recherche du bénéfice secondaire attendu par le patient.
  • Si la sécurité de l’équipage risque de se trouver compromise, en premier lieu s’extraire du contexte rapidement et ne pas hésiter à demander un renfort policier et en référer immédiatement au MR (la conversation étant horodatée, nous sommes couverts d’un point de vue médico-légal)

Le Stress

Si nous autres ambulanciers sommes quotidiennement soumis au stress lors d’interventions, si nous le connaissons comme on connaît un vieil ami, quelqu’un qui nous est familier, il n’en est pas de même pour le patient ou la victime : pour lui, la situation est « exceptionnelle ». La gestion du stress du patient est un élément que nous DEVONS prendre en compte, quelles que soient les circonstances. Le stress, c’est quoi ?

C’est une réponse de l’organisme destinée à nous permettre de faire face à une situation de crise, par définition inhabituelle. Vieil héritage génétique de notre condition de mammifères, le stress, à l’instar de nos amis à quatre pattes, est un processus qui libère dans notre organisme différents neurotransmetteurs tels que l’adrénaline, la noradrénaline, et qui inhibe la recapture de la sérotonine, de façon momentanée.

Les répercussions sur l’organisme sont diverses : dilatation des pupilles, augmentation du calibre artériel et veineux (pour pouvoir fuir devant une menace le cas échéant), blocage de la fonction digestive, augmentation de la fréquence cardiaque et de la fraction d’éjection ventriculaire, etc…, le tout étant commandé par le système nerveux sympathique.

☛ Je vous laisse le soin de faire le lien avec l’hémodynamique chez un patient, en tenant compte de la dilatation artério-veineuse et de la tachycardie engendrée par le stress.

Il nous appartient de prendre en compte certains éléments qui nous sont familiers, à nous, ambulanciers, mais auxquels nous ne pensons pas ou peu, afin de mieux comprendre le stress que notre arrivée chez une personne malade peut occasionner.

  • Nous arrivons avec sirène et xénons
  • Nous arrivons à deux sur le « territoire » du patient, dans son intimité
  • Nous arrivons à son chevet, souvent dans une chambre à coucher, ultime « bastion » territorial du malade, ultime refuge.
  • Nous arrivons avec un sac d’intervention, parfois une ogive d’O2 , une chaise portoir etc…
  • Nous sommes appelés à porter des gants d’examen, pouvant être perçus par la victime comme une barrière entre elle et nous, pouvant aussi être perçus comme une humiliation suprême…
  • Territoire : Nous sommes avant tout des mammifères. En tant que tels, la notion de territorialité est fondammentale chez l’humain.
  • Humiliation : La personne est « malade », « pas bien », « ne peut plus se mouvoir ». C’est déjà pénible d’avoir à s’avouer à soi-même en temps normal que, dépassé par les événements, nous sommes contraints de « demander de l’aide », imaginez ce que l’on peut ressentir quand un problème médical (médecine pure ou traumato) survient : inquiétude, angoisse (parfois majorée par l’entourage), sensations pénibles, obligation de s’avouer « vaincu » et de commencer un travail d’acceptation de son propre état dégradé. Voir deux silhouettes debout alors que le patient est couché, « soumis » sur son propre territoire… Tout cela participe au STRESS du patient !

Trucs et astuces en réponse

  • Saluer tout le monde avec politesse.
  • Ne pas débarquer comme des cow-boys.
  • Tenir compte du temps, mais ne pas brûler les étapes : si le SAMU attend son bilan dans un délai de 3 minutes, on privilégiera le patient, et le SAMU attendra !
  • Se placer au niveau de la victime et lui expliquer, si cela s’avère nécessaire, qu’on ne porte pas des gants de crainte de se salir, mais parce que nous ne voulons pas lui transmettre NOS microbes : c’est pour le préserver lui, le patient, que l’on porte des gants…
  • TRAÎTER LE PATIENT COMME NOTRE ÉGAL !!!
  • Se rappeler des « zones intersubjectives » décrites plus haut.
  • Inspirer confiance, rester calme et attentif, rassurer +++ mais ne jamais mentir. Ni à la victime ni à son entourage le cas échéant. RAPPEL : le langage ne compte que pour 7% dans la transmission d’un message, l’intonation pour 38% et la communication non-verbale compte pour environ 55%
  • Attention aux mimiques. Mimique = jugement de valeur !

Les transmissions

De la qualité de ce qui est noté sur les fiches de bilan, dépend la qualité des transmissions au SAMU centre 15 ainsi que les transmissions lors de la dépose de la personne transportée au SAU.

Rappel : Ces fiches ont un caractère médico-légal puisqu’elles sont la base de l’orientation clinique que le médecin suivra en fonction de ce que l’ambulancier et l’auxiliaire auront noté, et qu’elles seront versées au dossier de soin du patient arrivé au SAU. La transmission du bilan au SAMU centre 15 se doit d’être structurée, quel que soit l’environnement dans lequel le bilan est transmis – même si c’est parfois très très difficile (on l’a tous vécu… !)

Contenu des transmissions = contenu du bilan dans le même ordre. Identité de la personne, sexe, âge, motif de l’appel, constat à l’arrivée de l’équipage, circonstances de survenue du problème, avec ou sans prodrome, selon les ATCD, le ou les TTT en cours, un effort etc…, l’état actuel de la victime, les gestes entrepris, puis attente de la décision du PARM ou du MR sur le lieu d’évacuation.

Pour une question de crédibilité, j’attire votre attention sur le langage universel de la médecine. Une bonne transmission est une transmission technique ! Utiliser le langage médical universel : « douleurs abdominales aigües hypochondre gauche » au lieu de « la personne a très mal au ventre, en haut à gauche », ou autre cas, « plaintes exprimées : violentes céphalées pulsatiles localisées temporales bilatérales » au lieu de « la personne dit qu’elle a très mal à la tête, comme si ça lui battait les tempes des deux côtés des tempes ».

Déjà entendu aussi : « La personne a fait un caca tout noir qui pue vraiment beaucoup. On dirait du goudron, et je vous explique pas le coeur qui bat vite et la tension dans les chaussettes… » On aurait aimé entendre quelque chose de plus professionnel comme : « Emission de selles noires, goudronneuses et nauséabondes accompagnées d’une tachycardie à xxx BPM et une systole à 90… ».

→ Dans cet exemple, le MR sait que les ambulanciers sont face à un tableau clinique qui signe un méléna, autrement dit une hémorragie digestive haute. Mais dans le premier cas de figure, le médecin régulateur, au mieux se moque des ambulanciers (ça vaut aussi pour les pompiers), et au pire il fait en sorte que de tels « professionnels » ne fassent plus de gardes → c’est la compagnie toute entière qui est rayée du tableau de garde.

Il nous faut donc prendre l’habitude de parler le « médecin »

  • Mal au ventre = gastralgie
  • Mal à la tête = céphalée
  • Mal au cou ou dans le dos ou dans les lombaires = cervicalgie ou dorsalgie ou lombalgie.
  • Saignement du nez = epistaxis
  • Saignement des oreilles = otorragie
  • Saignement de l’anus = rectorragie
  • Section des veines = phlébotomie
  • Plaie ouverte à l’abdomen = laparotomie
  • Le crâne enfoncé = embarrure
  • Fréquence cardiaque ↑ et TA ↓} = hémodynamique instable + les valeurs (Ex : FC à 130 bpm + TA 90/60)
  • Saignement du vagin hors période des règles = métrorragie
  • Règles trop abondantes = ménorragie
  • Du sang dans les urines = hématurie
  • Crache du sang = hémoptysie
  • Vomit du sang = hématémèse
  • Respire difficilement = dyspnéique
  • FC > 100-110 = tachycardie. FC inférieure à 60 = bradycardie (→ attention aux sportifs)
  • FR > 20 = polypnée (ou tachypnée, également admis). FR inférieure à 10/12 = bradypnée
  • → Exprimer les valeurs de la PA en mmHg plutôt qu’en cmHg. Ex : 130/80 au lieu de 13/8

Bref…, utilisons ce vocabulaire pour être crédibles.

Si bilanter une victime n’est pas toujours aisé et demande TOUJOURS une rapidité d’exécution, il n’en demeure pas moins que rester professionnels est la condition sine qua non pour faire du bon boulot. Et c’est de ça dont les victimes ont besoin. Elles n’ont pas besoin de voir débarquer des cow-boys trop sûrs d’eux mais à l’inverse, elles n’ont pas envie de voir débarquer à leur chevet des ambulanciers crispés, stressés et tremblottants.

Pour terminer

L’approche d’une victime est une relation humaine qui s’instaure. C’est donc avec l’« humain » qu’il faut travailler, c’est-à-dire l’observation, la discussion lorsqu’elle est possible, la détection visuelle des signes cliniques. Prendre une saturation ou une glycémie n’est pas systématiquement nécessaire. Il faut s’adapter à chaque situation.

→ Un dextro chez quelqu’un qui s’est cogné la tête est inutile et constitue une perte de temps.
→ Une SpO2 chez quelqu’un qui s’est fait une entorse est inutile et constitue une perte de temps….

Prenez une SpO2 seulement si vos observations laissent à penser qu’il y a un déficit en O2… Idem pour le dextro : si une personne se casse une jambe, pourquoi un dextro s’il n’y a pas d’ATCD ou de notion de diabète ??? Il faut rester cohérent et travailler avec bon sens et RIGUEUR !

J’insiste sur un dernier point. Et j’insiste LOURDEMENT: Le monitorage et les chiffres sont une chose…, mais RIEN ne remplacera JAMAIS votre flair, votre aptitude à observer, à écouter, mais surtout à ENTENDRE la détresse, et RIEN ne remplacera JAMAIS vos CONNAISSANCES et votre EXPÉRIENCE.

Dissection aortique et prise en charge par l’ambulancier

Dissection aortique et prise en charge par l’ambulancier

Analyse et explication d’une prise en charge d’une pathologie déclarée comme urgence vitale. En règle générale ce type d’événement est directement pris en charge par l’équipe du SMUR. Mais il est possible de rencontrer malgré tout ce type d’intervention. Il ne faut pas le négliger

La dissection aortique

Suite à la demande personnelle d’un lecteur assidu des “Z-ItoS”, voici quelques éléments de réponse au sujet de cette pathologie engageant très rapidement le pronostic vital. Physiopathologie: La DA, ou anévrysme disséquant n’est rien d’autre que la déchirure ou la rupture du média aortique (tunique moyenne de la paroi d’une artère). La plupart du temps, c’est au début de l’aorte que ça se produit, juste au-dessus des valves sigmoïdes. Lorsque le sang “pousse” dans l’aorte, il est sous pression.

Cette pression contribue, chez des sujets atteints de la maladie de Marfan (dégénérescence des fibres élastiques artérielles), par exemple, ou chez des hypertendus chroniques, ou encore suite à un traumatisme violent du thorax, à la constitution de la déchirure ainsi qu’à l’extension d’un clivage longitudinal de l’aorte. Il peut arriver que le sang retourne dans son “chenal” usuel par un deuxième point de rupture en aval. On a donc parfois deux types de circulation aortique: le “vrai chenal” et le “faux chenal”. Le résultat est catastrophique du fait de l’hemorragie massive que la DA peut impliquer… Mais pas de panique.

infarctus du myocarde - angor - prise en charge par l'ambulancier

Symptômes /signes

Lorsque vous êtes déclenchés et que vous arrivez sur les lieux, la victime se plaint de violentes ou d’insupportables douleurs thoraciques d’apparition brutale, sans prodrome et migrantes, du fait du siège de la dissection qui se déplace. J’insiste sur la douleur: dans tous les cas, l’EVA sera très élevée ! ATTENTION: diagnostic différentiel d’EP ! Merci…

 Actes pré-hospitaliers

Bilan flash. La première chose à vérifier est la symétrie du pouls radial simultanément. Si le pouls est dissymétrique, tu as une DA probable face à toi. Tu ne perds pas de temps: tu installes la victime en demi-assis, O2 à haut débit et masque HC, et tu prends une tension aux deux bras ! Pour confirmation. Tu ne perds pas de temps en palabres avec un ARM, tu demandes un renfort SMUR, point barre. Le but est d’ééviter le choc hypovolémique constituant un risque de complication systématique ou presque, sans mesures d’urgence adaptées, par la pose de VVP gros calibre avec remplissage * et ECG simultané !

En attendant le renfort, surveille régulièrement le PA aux deux bras (attention à la fistule artério-veineuse des dialysés, aux femmes ayant subi un curetage axillaire suite à un néo du sein, aux hémiplégiques suite à AVC etc…), rassure la victime, couvre-la, garde ton sang-froid. Délègue ce que tu peux déléguer à ton Auxiliaire Ambulancier (SpO2, PA…) pendant que tu continues de parler à la victime et que tu essayes de savoir si la douleur se déplace encore.

Attention: parfois, la douleur s’atténue. Eh oui… A l’arrivée du SMUR, transmissions complètes AVEC LES ÉVOLUTIONS à H+3′… H+6′ etc… au toubib. L’évacuation se fait selon les critères du Critical Care Transport: attention aux déports, aux accélérations brutales et aux freinages, attention aux côtes ou aux descentes car ça influe sur le déplacement des fluides corporels et l’incidence sur l’hémodynamique du sujet est élevée, évidemment…

* En France, le remplissage au Ringer-Lactate® est désormais interdit. On choisira donc du NaCl (sérum phy’) pour le remplissage vasculaire.

(Sources: Cardiovascular Disorders, Advanced Cardiac Life Support (ACLS), Critical Care Transport (CCT), Vancouver Paramedic Academy, EMT-P Training & Practice, feedback personnel)