La violence dans le cadre du travail d’un ambulancier

La violence dans le cadre du travail d’un ambulancier

Les ambulanciers Francs Comtois à la rédaction !

Aujourd’hui je cède ma place de rédacteur à Jérôme, de l’association « Les ambulanciers Francs Comtois« , que vous pourrez découvrir à cette adresse :  http://www.ambulanciers-francs-comtois.fr Une fois n’est pas coutume et après mon appel à l’aide pour m’aider à enrichir le contenu de ce site, j’ai accueilli avec grand plaisir son tout premier article.

Soyez sympa, l’exercice est complexe mais c’est grâce à des gens comme lui que les choses avancent et je ne saurais vous motiver à en faire de même. Voici donc la toute première partie de l’article « La violence dans le cadre du travail d’un ambulancier » qui exposera aujourd’hui le contexte, les problèmes et sera suivi donc de la seconde partie : apporter les solutions et les outils pour s’adapter à cette violence de plus en plus présente en intervention.

Les raisons de cette violence

Quel ambulancier ou ambulancière n’a jamais été confronté à la violence, qu’elle soit verbale ou physique ? Je pense qu’il se compte sur les doigts de la main, et encore la main d’un menuisier serait plus réaliste. Il paraît alors logique d’en parler, que chacun puisse se dire «  il n’y pas que moi » et surtout « qu’est-ce que je dois faire ou qu’aurai-je dû faire ? »

Pour bien comprendre cette animosité, nous allons nous intéresser dans ce premier article aux raisons de cette violence, et elles sont nombreuses. Dans le second article, je proposerai des idées pour éviter la montée en puissance de l’agressivité et des conduites à adaptées en fonction des différentes causes de violences. Ces solutions ne sont que des conseils, en aucun cas une solution miracle. L’ambulancier doit toujours s’adapter à son patient/victime. Bonne lecture et restons zen !

Les règles simples de la politesse et de la courtoisie 

La violence envers les personnels de secours peut avoir lieu dans de nombreux cas. Elle est souvent plus verbale que physique, fort heureusement. Quand on parle d’agression verbale, on peut finalement inclure dès le début la mauvaise humeur et les incivilités que l’on rencontre.

Combien de fois arrive-t-on dans un service ou même à domicile et comme seul retour à notre « bonjour », nous obtenons un « Vous êtes en retard ». C’est une petite chose mais répétée 10 fois dans la journée, ça devient pesant.

Ah la politesse, ça n’est plus ce que c’était !

Et oui ce retard (indépendant de la volonté de l’ambulancier) est souvent la cause de nombreux conflits et d’une hausse du volume sonore. Les conflits familiaux dans lesquels l’ambulancier peut parfois se retrouver sont aussi sources de dérapages verbales, il vaut mieux ne pas trop prendre parti et ramener la conversation sur notre action pour désamorcer la situation de conflit.

Bien entendu, il y a d’autres raisons qui vont amener les gens à utiliser des noms d’oiseaux pour vous parler. La simple présence d’une ambulance en urgence sur la route va provoquer une volée de mots (et gestes) désagréables à attendre. C’est la loi de la route ! La seule chose à faire, continuer sa route sans se retourner et se concentrer sur son itinéraire. Il ne faut pas oublier que la priorité reste le patient installé dans la cellule.

L’alcool, les drogues et leurs ravages 

Malgré tout, cela n’atteint  pas la violence verbale que l’on rencontre lors d’interventions où l’alcool est présent. L’alcool désinhibe et fait souvent ressortir le mauvais côté des gens. Que cela soit occasionnel ou bien chronique, l’alcoolisation provoque un changement du comportement, entraînant souvent un état d’euphorie et une perte des repères (moraux et physiques). C’est dans ces moments-là que l’action du secouriste va être mal reçue par la victime.

En effet, nous venons l’empêcher de s’amuser et cela nous rends «antipathique ». Les insultes et les provocations vont alors fuser obligeant l’ambulancier à rester stoïque devant tant d’animosité (et de vapeurs d’alcool). Les personnes sous l’influence de substances illicites (drogues) auront les mêmes conséquences mais provoqueront, pour certaines, des effets plus violents sur la victime, tel des hallucinations (visuelles et auditives) et une augmentation de la résistance physique.

Parfois la présence de nombreuses personnes n’aident en rien si celles-ci sont aussi sous l’influence de l’alcool ou avec la présence d’un conflit installé avant l’arrivée de l’équipage.

Les pathologies psychiatriques 

Pour finir sur les causes de l’agressivité verbale, il reste les problèmes psychiatriques. La déformation de la réalité (à cause des symptômes de la maladie) est très fréquente. Par exemple, une paranoïa entraîne des dérèglements de la pensée incluant un délire de persécution dans lequel l’ambulancier aura une place toute particulière. Il est celui qui vient le chercher et donc, il est un danger.

De nombreuses autres pathologies présentent des situations conflictuelles et demandent donc une attitude professionnelle et surtout une bonne maitrise de sa communication. 

Cas particulier, le malaise hypoglycémique 

On peut aussi rajouter un cas particulier auquel il faut faire attention. Il concerne les malaises hypoglycémiques chez le patient diabétique. Ils provoquent parfois des symptômes neuroglycopéniques, liés à la souffrance du système nerveux central, comme une confusion aiguë, une agitation, des troubles de l’humeur et du comportement, un état pseudo-ébrieux…

Tout ceci peut amener une agressivité de la part de la victime. Il faudra alors tout faire pour la rassurer tout en lui prodiguant les premiers soins.

Commentaires ?

N’hésitez pas à apporter dans les commentaires votre vécu, votre ressenti, vos expériences passées. Que vous est il arrivé ? Comment cela s’est déroulé ? Apportez vos témoignages ils seront utiles à tous je vous l’assure. La suite de cet article présentera les solutions qui se présentent à l’ambulancier pour résoudre ces problèmes parfois épineux et éviter de mettre en danger son patient, son équipage et l’entourage.

L’alcoolo-dépendance

L’alcoolo-dépendance

L’alcoolisme ou alcoolo-dépendance

Seconde fiche de révision, le thème abordé est l’alcoolo dépendance. Tout est synthétisé pour cibler les éléments clés. Cette expression est aujourd’hui préférée à celle d’alcoolisme. Situation dans laquelle n ne peut plus se passer de consommer de l’alcool, malgré les répercutions que cela entraîne dans la vie quotidienne. Véritable phénomène de société la lutte contre celui-ci est devenue une priorité de santé publique alors même que certains lobbys s’y opposent.

L’alcoolisme en chiffres

La consommation d’alcool en France est une habitude sociale qui en fait la substance psycho-active la plus consommée. 29 % des français sont des consommateurs occasionnels, 42 % e consomment une fois par semaine, 21 % tous les jours. Consommation qui reste + importante chez l’homme. Toutefois la femme en consomme plus régulièrement. Age de début entre 18 et 25 ans. France fait partie des pays de l’union européenne qui possède le plus de consommateurs d’alcool. Quantités consommées ont baissé de + de 10% entre 1999 et 2007, baisse qui provient essentiellement de la diminution de la consommation de vin. Consommation moyenne annuel d’alcool pur par habitant : 12,8 litres. 1/3 des personnes de + de 18 ans ont une consommation d’alcool considérée à risque.

Homme et Femme sont différents face aux méfaits de l’alcool : cela est du à un métabolisme différent. A quantité identique ingérée, le taux d’alcoolémie chez la femme sera plus important que chez l’homme : la femme a une masse grasse plus importante, l’alcool se distribue dans un volume d’eau moins important que chez l’homme. Les femmes peuvent développer une cirrhose pour un niveau d’alcool ingurgité moindre que celui de l’homme. La majorité de femmes réduisent leur consommation d’alcool au début de leur grossesse. L’alcool est néfaste pour le fœtus, quelle que soi la quantité ingurgitée. Il passe de façon passive la barrière placentaire et se retrouve dans le liquide amniotique et le sang fœtal. Le taux d’alcool de l’embryon atteint très vite celui de la mère. L’alcool pouvant difficilement être dégradé il persiste dans le liquide amniotique assez longtemps.

Les adolescents consomment plus intensément et dangereusement. 11% des jeunes âgés de 17 ans avouent consommer régulièrement de l’alcool (week-end avec des amis). 57% des jeunes de 17 ans avouent avoir été ivre au cours de leur vie, 49% au cours des 12 derniers mois,

Les conséquences

1 décès sur 25 dans le monde et 1 décès sur 10 en Europe est une conséquence de la consommation d’alcool. Pourtant + d’1 habitant sur 2 de la planète n’en a jamais consommé. Accidents de la route sont les premières causes de mortalité chez les 15/24 ans (27% sont tués sur la route). 1 accident mortel sur 3 a lieu à cause de l’alcool dans cette tranche d’âge. Consommation excessive d’alcool = origine d’une part importante de  la morbidité : cancers, maladies chroniques du foie, atteintes psychiques, séquelles d’accidents) et de la mortalité prématurée. L’alcool peut provoquer des pertes de mémoire et aussi certains type de cancers : de la bouche, de la gorge, colorectal.

Une des pires conséquences de l’alcoolisme chronique est la tolérance développée par les buveurs . État de manque est une sensation désagréable ressentie par les buveurs privés d’alcool. Un alcoolique qui a cessé de boire est toujours en sursis. Un certains nombre de violences peuvent découler d’un état d’alcoolémie avancé. Violences conjugales sont souvent perpétrées par des auteurs sous l’emprise de l’alcool. Conséquences sociales : risque de perte d’emploi plus élevé, difficulté à retrouver un emploi pour les chômeurs. Perte des liens familiaux : taux de divorce et rupture des liens filiaux sont plus importants.

Les coûts pour la société

L’alcoolo-dépendance implique des problèmes de santé et augmente les dépense médicales. Système de santé est concerné dans son ensemble. La perte d’emploi entraîne le chômage et empêches les personnes alcoolo-dépendantes d’exercer une activité professionnelle. Une invalidité peut en découler, les décès prématurés sont également comptabilisés dans les coûts indirects de l’alcoolo-dépendance. Coût social de la consommation d’alcool = compris entre 1 et 3% du PIB.

Lutte contre l’alcoolo-dépendance

Publicité pour les boissons alcoolisées est strictement encadrée par la loi Evain sur son contenu et son support. Publicité autorisée dans la presse écrite sauf celle destinée à la jeunesse, à la radio, sous formes d’affiches ou d’enseignes, affichettes et objets à l’intérieur des lieux de vente à caractère spécialisé. Pub doit contenir un message sanitaire dont le contenu doit être encadré : abus d’alcool est dangereux pour la santé. La loi interdit de vendre des boissons alcoolisée à emporter entre 18h et 8h dans les points de vente de carburant, interdiction de vendre des boissons alcoolisées réfrigérées dans ces mêmes lieux. Peine encourue : 3 750 € d’amende. Si promo sur boissons alcoolisées, même chose pour les non alcoolisées. Vente au forfait ou offre à volonté est interdite = pratique visée = open bars.

 Depuis 1995 le taux d’alcoolémie autorisée pour tout conducteur = 0,5g/l de sang. Au delà il s’agit d’une infraction dont la gravité augmente avec le taux. Passible d’une amende, d’un retrait de points sur le permis de conduire, de la suspension ou du retrait de permis voire d’une peine de prison. Ivresse publique et manifeste = une infraction depuis 1973, Mise en cellule de dégrisement le temps que dure l’ivresse. Loi du 5 mars 2007 : injonction thérapeutique pour tout condamné faisant usage habituel et excessif d’alcool.

Exercice :

Tous les adolescents sont potentiellement des sujets à risque face à l’alcool. Qu’en pensez-vous ?

  • Alcool est associé à la fête et à la jeunesse.
  • Adolescence est une période de recherche d’expériences parfois extrêmes.
  • Fêtes d’ado sont de plus en plus souvent l’occasion de consommer de l’alcool.
  • Concours pour savoir qui résistera le mieux. Risque de coma éthylique.
  • Régularité à consommer de l’alcool peut faire naître certaines habitudes de vie et peut prédisposer à une dépendance future.
  • Fabricants d’alcool cherchent à atteindre cette cible facile et prometteuse en proposant parfois des mélanges d’alcool.
  • Loi Hôpital, Santé, Patients et Territoire a interdit la vente d’alcool aux mineurs pour essayer d’endiguer ce phénomène d’enivrement régulier des ados.

Peut-on dire que l’acool est une drogue ?

Pour vous aider dans vos révisions pensez à commander cet ouvrage :  https://www.ambulancier.fr/grand-themes-sanitaires-et-sociaux/

Délirium tremens

Délirium tremens

Le délirium tremens

Au décours de nos missions, nous sommes parfois confrontés à ces situations de sevrage alcoolique brutal et involontaire d’un individu. La situation est grave avec une possible menace d’engagement pour le patient, et potentiellement dangereuse pour les professionnels médico-techniciens pré-hospitaliers que nous sommes.

Ce syndrome, dont le nom est souvent galvaudé par le profane, cache en réalité une gravité réelle chez un alcoolique chronique sevré brutalement, de manière volontaire ou non (pendant une hospitalisation, par exemple, ou du fait d’une maladie l’empêchant de boire). Un Pré-Délirium s’installe en général de 24 à 36 heures après la dernière absorption d’alcool, avec tremblements et agitation SANS délire. Sans prise en charge immédiate (personne vivant seule, isolée ou en difficulté sociale), s’ensuit alors le Délirium Tremens proprement dit.

délirium tremens - prise en charge par les ambulanciers

Les symptômes et les signes

Tremblements, soit généralisés, soit ne touchant qu’un ou deux des quatre membres ou encore la langue, sueurs profuses, fièvre, tachycardie nette, agitation et confusion mentale, une méchante déshydratation (mise en évidence par le “Godet” ou le “Pli cutané”), convulsions éventuelles, hallucinations (le plus souvent, il s’agit de zoopsies: le malade “voit” des animaux existant dans la réalité, ou des animaux fantastiques issus de son phantasme…). Le patient auquel nous faisons face “vit son délire” intensément et dans cette activité, peut être amené a commettre des gestes inconsidérés de type défensifs (fuite, défénestration…).

Gravité

La déshydratation mentionnée plus haut est l’un des deux risques majeurs pour la personne, par risque de collapsus cardio-vasculaire (effondrement tensionnel). Les actes dits de défense, comme la fuite par exemple, peuvent entraîner la victime vers une issue fatale de prime abord, par précipitation à travers une fenêtre, sur une chaussée etc…, l’exposant directement à la mort, selon le contexte. Il existe un troisième risque majeur, à effet moins “immédiat” ou “fulgurant”: il s’agit de l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke, affection grave du cerveau par carence en vitamine B1.

La prise en charge et le traitement

Du fait des actes inconsidérés que la victime peut être amenée à commettre, l’équipage est lui aussi en “danger immédiat” dans ce sens que la victime peut prendre le binôme d’ambulanciers comme une menace dans son délire, et faire face, au lieu de fuir. La violence développée est alors sans limites, car pour la personne en état de DT, il s’agit d’“éliminer la menace”, à défaut de s’y soustraire. Pour elle, c’est une question de survie!
Il est important de garder toujours à l’esprit ce risque de passage à l’acte hétéro-agressif et d’assurer la sécurité de l’équipage. Un renfort SMUR doit être demandé, ainsi qu’éventuellement, un renfort policier.

Le traitement repose sur la réhydratation massive par intraveineuse, avec adjonction d’anxiolytiques benzodiazépiniques à action rapide comme le Triazolam (DC en France: HALCION®) ou d’autres substances anxiolytiques non-benzodiazépiniques telle que le Zolpidem (DC en France: STILNOX®), de structure moléculaire différente, mais toute aussi rapide.

Bien sûr, l’administration simultanée ou en aval de la prise en charge pré-hospitalière, de vitamine B1 aura pour conséquences d’enrayer l’apparition de l’encéphalopathie de Gayet-Wernicke. In fine, le Délirium Tremens est une situation explosive qu’il faut de prendre avec le même sérieux qu’un IDM, un angor instable ou encore une dyspnée aigüe.

(Sources: Of Alcohol-linked pathologies, DSM IV, EMT-P Courses, Vancouver EMT Academy, personal feedback, records & datas.)