Récit d’ambulancier, quand l’âme prend un coup

Récit d’intervention d’un binôme ambulancier. Parfois les équipes sont amenés à réaliser des interventions difficiles. Non le quotidien n’est pas fait de routine et d’habitudes. Parfois le corps comme l’âme des ambulanciers prennent une baffe. Quand l’âme de l’ambulancier prend une vraie claque…

00h50 Départ SAMU pour tentative d’autolyse

2 Mai 2019. Déclenchés à 00h50 pour une TA (Tentative d’Autolyse) médicamenteuse sur une dame de 69 ans, inconsciente Nous n’avons à ce moment précis pas plus d’informations pour nous aiguiller. On arrive sur les lieus à 1h15. La dame est installée dans sa voiture. En pyjama, elle ronfle. A côté d’elle on retrouve deux bouteilles de whisky et trois boites de Lexomil… Vides. Tout ça réuni ne semble vraiment pas très bon. Le temps d’installer la patiente sur le brancard  au chaud dans la cellule de l’ambulance, l’équipe SMUR déclenchée pour l’intervention arrive sur place.

Changement de situation

Prise de contact avec l’équipe, bilan rapide et débute alors l’examen classique la tentative de réveil de la victime. Toujours rien. La femme reste inconsciente. D’un coup c’est le changement total : le teint vire au gris, les yeux sont livides. Ni une ni deux notre petite doc lance l’intubation. L’opération se révèle vite compliquée. Elle finit par y arriver. A la première insufflation un geyser de whisky ressort et tapisse une les parois de l’ambulance. Installation de l’aspirateur de mucosités. Avec mon collègue on se regarde et sans se parler on sait que nous ne sommes pas près de partir.

Quand l’arrêt surgit

Et là d’un coup grand moment de solitude. La patiente fait un arrêt. L’activité cardiaque repart aussi sec. Coup de fil à la régul’ du Centre 15 : « on arrive, état stable pour le moment… Direction la réa ». Je commence à être fébrile.

Premier coup de frein quelques kilomètres après le départ. Madame « tape » le second arrêt cardio respiratoire. On attaque le massage. L’activité repart, on fait de même. Arrivés à mi-chemin, 3e arrêt. Là ça ne va pas en s’arrangeant. Le doc demande un renfort pompier pour masser le temps du trajet. On arrive enfin dans le service de réanimation.

Transfert sur la réa’

C’est parti pour le transfert sur le lit. Dans la chambre c est un brouhaha pas possible. On est au moins une vingtaine autour de madame. On échange les appareils de surveillance et là : silence complet dans la salle. Le tracé reprend mais madame bradycarde toujours à 30 pulsations/minutes

Fin des activités : 4h55, place au debrief’

On laisse notre patiente entre les mains compétentes de l’équipe de réanimation. Fin d’intervention 4h55. On débriefe, on essaie de reprendre nos esprits. Cette intervention fait mal. Même au bout de 4 ans et même après avoir et fait tout et n’importe quoi. L’adrénaline qui redescend nous met un coup en pleine poitrine.

Quand l’âme en prend un coup

Lendemain, je reprends le travail comme d’habitude. J’essaie de prendre des nouvelles de la patiente mais c’est compliqué. Je croise finalement l’infirmière qui était dans la chambre avec nous la veille. Elle m’apprend le décès de madame. A priori elle avait déjà fait plusieurs tentatives de ce type depuis le décès de sa fille et cette fois elle aura réussi à la rejoindre…

On a un beau métier mais qui fait mal à l’âme parfois.

 

Si vous souhaitez partager une anecdote marquante, une belle histoire, une intervention atypique : n’hésitez pas à nous partager votre histoire pour la publier. N’oublions pas que ces anecdotes permettent à chaque visiteur non-ambulancier de se faire une idée différente du métier. une approche autre. Une prise de conscience. Pour nous contacter : ambulancier-sitedereference@gmail.com

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