senior

On parle beaucoup, à juste titre et depuis des années, de maltraitance de la part des soignants envers les patients. Cela touche la plus part du temps les personnes âgées. Depuis des années, beaucoup de formations, de cahiers des charges sont mis en place pour lutter contre ce fléau dans les établissements de soins. Et c’est temps mieux.

Maltraitant, nous ? Noooon….

Nous, ambulanciers, sommes aussi, parfois, sans même sans apercevoir, maltraitants. « Quoi ? Moi ? Certainement pas… Jamais! » Et pourtant. Nous sommes victimes, comme tout soignant, de plusieurs phénomènes. Le premier, c’est le quotidien. Je serais volontairement cru pour l’expliquer : On charge papy et on le décharge. On sort papy du lit, on le transfert sans le prévenir, sans se soucier de savoir ce qui lui arrive… Bien souvent, il ne sait pas pourquoi. Dans l’ascenseur, on papote avec le binôme de nos vacances, de nos salaires, de ce méchant patron qui est quand même vraiment très méchant.

Et un coup de candy crush

Durant le transport, l’un s’énerve contre tous ces imbéciles qui conduisent mal et klaxonnent, accélèrent, freinent et ré-accélèrent. L’autre tente de battre son record à “candy crush”, le siège en position couchette, les pieds sur le sac de secours et s’agace au téléphone contre bobonne qui n’a pas encore acheté les billets d’avion pour les prochaines vacances ou contre ce salaud de régulateur qui veut (toujours) savoir ou nous en sommes. Et puis on décharge papy. On le dépose dans un fauteuil froid, un lit pas fait, une salle d’attente ou papy ne sait pas quoi attendre, à coté d’autres papy qui ne savent pas non plus ce qu’ils fichent la. Et on repart, vite, pour éviter la méchante infirmière qui va (encore) nous exiger les sempiternelles étiquettes. Et l’on saute sur sa clope. Jusqu’au prochain papy…

Rentabilité et zèle

Le deuxième phénomène, qui sera en rapport direct avec le 3ème, s’appelle la rentabilité, voir le zèle. « Un bon ambulancier est un ambulancier qui fait vite, qui n’est jamais en retard, qui enchaîne un maximum de patients (clients?) dans la journée ». Que le patron le souhaite, pourquoi pas. Quoi que… Mais que le salarié l’applique…! On nous l’a dit à l’IFA, mais on l’a tous oublié dès le lendemain : chaque prise en charge doit être per-so-nna-li-sée! Chaque patient est différent. Chaque pathologie a ses troubles associés. Chaque urgence doit être prise au sérieux. Il n’y a pas de casse-pieds, il n’y a pas d’hypocondriaques, de profiteurs, de CMUistes, de malpolies, de mecs bourrés, de migrants Tchétchène qui causent même pas français….

Il n’y a que des patients

Il n’y a que des patients. Qui ont besoin de nous à cet instant. Et qui sommes nous pour juger de leurs besoins du moment ? « Ah, moi, je ne suis pas médecin ». Que je déteste entendre cette phrase !! Certes. Mais tu es ambulancier. Tu l’as voulu, choisi et tu t’es battu à un moment de ta vie pour le devenir. Alors soit le vraiment. Ton travail est très simple : il faut conduire des gens. Ton travail est très compliqué : il faut soigner des gens, que tu ne connais pas la plus part du temps, dans une camionnette !

La conduite et le confort

Le troisième phénomène est, je pense, le plus répandu. Le plus quotidien. Le plus généralisé. Le plus grave peut être. Certes, c’est la faute des IFA (j’accuse!) qui ne l’apprennent que très peu, c’est la faute du patron qui demande plus de rentabilité (voir ci dessus), c’est la faute des autres qui ne savent pas conduire, c’est la faute des routes qui ne sont pas entretenues. C’est pas la mienne. Et pourtant : qui tient le volant, qui a son pied sur les pédales de l’ambulance ? Je veux bien sur parler de la conduite. Avez vous déjà été sur un brancard dur comme du bois, allongé à l’envers de la route, avec une fracture du bassin, une nausée d’enfer ou une bonne lithiase rénales coincée dans le tuyau?

Un transport c’est une épreuve

N’oublions jamais que pour beaucoup de nos patients, le voyage est une épreuve et que chaque coup de frein ou d’accélérateur est une douleur, une peur. Chaque rond point pris trop vite est une souffrance en plus. Nous revendiquons d’être des professionnels de santé mais nous sommes aussi, quoi qu’on en dise, des professionnels de la conduite et cette conduite doit être adaptée à chacune des pathologies que nous avons à bord, que le médecin nous confie. Posons nous la question à chaque patient, à chaque pathologie : comment veut-il que je conduise ? Comment j’aimerai qu »on me conduise ? Le médecin adapte le traitement et ses posologies à chaque patient, en fonction de sa maladie, de son âge, de son poids… Et bien faisons pareil !

Hygiène et nettoyage

Enfin, et j’en aurais fini (bien que je pourrais ne pas en finir et en trouver d’autres) la maltraitance en milieu hospitalier concerne aussi l’hygiène. Un résident d’Ehpad qui n’est pas changé ou lavé durant plusieurs jours, ça existe et c’est de la maltraitance. Et c’est pas beau. J’ai vu pour ma part des ambulances (et des ambulanciers!) pas lavées et pas “changées” pendant… des mois ! Le « pshit » sur le brancard entre chaque patient, au détriment d’une bonne clope, ça vous parle? Le drap et taie jetable changé à chaque patient, le patron vous les fournis 365 jours dans l’année…? Si la réponse est non, vous battez-vous pour les obtenir ? Le mot « désinfection » est bien galvaudé et ce n’est pas une serpillière macérant dans de l’eau croupie qui réglera le problème. Et les tenues de travail, on en parle ? Jeans, baskets, foulard en laine, cheveux pas attachés…

NOSOCOMIALE, ça vous parle?

Ouais, hein. Même que ça tue. Chaque jours. Nous sommes des soignants. « L’ambulance n’est pas un outil de transport mais un outil de soins »
Soigner veut dire « s’occuper de… », tout simplement. Le soins sera mal fait s’il y a précipitation, s’il n’y a pas écoute, dialogue et compassion. Nous serons alors maltraitants.

L’avez-vous déjà été ? Que le premier me jette la pierre…

Bastien B.

Facebook : « bastien ambulancier »

email : ambu.dordogne@yahoo.fr

5 réponses
  1. Gisèle Morel
    Gisèle Morel dit :

    Bonjour
    Ma femme à une tumeur cancéreuse sur l’os iliaque qui la clou au lit. Elle est suivie par l’Institue Bergonié, Elle est transportée part Ambulance couchée très souvent. Le problème c’est qu’ils ne sont jamais à l’heure pour le transport allé ce qui a comme conséquence d’être pris qu’après tous les autres rendez-vous.
    Mais le pire c’est surtout pour le retour au domicile.
    Pour les trois dernier rendez-vous il sait passer ce qui est.
    1er) Rendez-vous pris une huitaine de jours avant la date de consultation. Personne à l’heure, je me renseigne ils n’ont pas trace du rendez-vous, après quelques recherches on me dit qu’il ont passé ce transport à une autre société, mais vous en faîte pas je m’en occupe, 1 heure plus tard arrivé de deux ambulances celle qui devait faire le transport, et une convoquée en urgence.
    Donc : rendez-vous 13h15 arrivé 15h20 retour à 20h au domicile pour une consultation de 20 minutes.
    2ème)Rendez-vous 5 jours la date de rendez-vous, envoi d’un taxi au lieu d’une ambulance couché, 1 heure d’attente avant l’arrivée d’une ambulance, arrivé à Bergonié avec plus d’une heure de retard on la met dans un fauteuil roulant sachant qu’elle ne peut que resté allongé sur le dos, 20 minutes de consultation, 3 heures d’attente, ayant fait un malaise des infirmières me couche sur un brancard, retour au domicile à19h35.
    3ème) Rendez-vous 10 jours la date de rendez-vous. Arrivé15 minutes
    retard, (c’est correct) déposé à l’heure pour 15 minutes de consultation. Lorsqu’elle ressort plus de brancardier on téléphone a l’entreprise pour venir la reprendre impossible d’avoir quelqu’un.
    Conclusion : Prise en charge 13h30 à 19h30 n’ayant vu personne une secrétaire de Bergonié téléphone à une autre entreprise un quart d’heure plus tard l’ambulance est enfin là, arrivé au domicile 20h30.
    « C’est quoi déjà la maltraitance » ?

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    • Beaujard
      Beaujard dit :

      Monsieur,
      Je suis effarée de lire votre récit. Cela fait 20 ans que je fais ce métier avec passion. Mes valeurs de travail sont intacts. J’accorde la même attention à tous les gens que je dois emmener à l’hôpital. Ma priorité ce sont eux . Je les respecte sans aucun jugement, j’observe, j’échange avec le patient afin de m’adapter au mieux pour sa prise en charge.
      J’ai déjà échangé sur le sujet avec mon patron car le métier a évolué ces dernières années. Je lui ai dit que.le jour où je ne pourrais plus faire mon métier comme je l’entend avec mes valeurs, ce jour là je partirai. Car mon plus grand bonheur est de voir un sourire, un regard de satisfaction, une poignet de main, savoir que mon travail a été bien fait et que dans le parcours de soin j’aurais apporter du positif et non du stress de l’angoisse, de l’énervement.
      Je suis triste de voir ce que vous vivez vous et votre épouse. Cela est indigne et ne représente absolument pas notre beau métier. Heureusement que je ne travaille pas dans cette entreprise, je n’aurais pas tenu. Je vous souhaite bon courage pour la suite en espérant que vous allez trouver un ambulancier digne de ce nom.

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