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Immersion au Fire Département de Chicago – EMS

6h30, arrivée

L’an dernier, j’ai eu la chance de passer quelques gardes au sein de l’EMS de New Orleans, un peu en dilettante, par le biais de multiples coups de chance. Cette année, c’est dans un cadre de formation que je me suis rendu à l’EMS de Chicago. Je dois faire 70 heures, j’en ferai beaucoup plus. C’est grâce à madame Farrell, responsable de l’académie du Chicago Fire Department et Monsieur Canby, responsable du centre de formation, que je me présente le 23 octobre à la caserne 126, Kingston Avenue. Je suis accueilli par le capitaine, responsable du Truck. Il est 6h30, tout le monde est au café, le changement de garde approche, à 7 heures.

7h première intervention

C’est une très petite caserne, très ancienne. On rentre directement dans le garage où se tiennent les 3 camions, dont l’ambulance 50 dans laquelle je vais passer deux fois 14 heures de garde. On me présente à Queen, une Paramédic senior et Mark, son collègue. Queen m’offre un café et Mark me fait faire le tour de l’ambulance. Quelques minutes après 7 heures, ce sera la première intervention : SDF inconscient sur la voie publique…

Un rythme soutenu

Puis, les interventions vont s’enchaîner, le rythme est soutenu. Nous allons dans plusieurs services d’urgences du quartier. La destination est choisie par l’ambulancier lui-même. A chaque fois, je suis épaté par la propreté des services d’urgences. Même si les bâtiments sont vieux, les intérieurs sont nickel. J’ai dû faire une douzaine de SAU dans plusieurs États (Louisiane, Texas, Arizona, Tennessee et Illinois) et à chaque fois, je remarque qu’il n’y a pas une tâche, pas un papier qui traîne, pas une odeur non plus…. Le calme y règne. On se parle à voix basse mais on se parle. Difficile de dire qui est l’infirmière, qui est l’interne, qui est le médecin. Tout le monde vous salue, tout le monde a un mot gentil et surtout : tout le monde vous écoute !

Mon ressenti

Je n’ai pas envie de détailler chaque jour, chaque intervention comme j’ai pu le faire l’an dernier lors de mon article sur mon stage à la Nouvelle Orléans. J’ai plus envie de parler de mon ressenti : C’est difficile mais j’essaie de ne pas idéaliser ce que j’ai vécu. Concernant donc la relation UPH/SAU : les ambulanciers (privés ou publics) font partie de la famille du secours, tout comme la police et les pompiers. Ils sont indissociables. La première chose qui m’a marqué vraiment, c’est que 100% des SAU d’hôpitaux ou de cliniques mettent à disposition des services de secours une salle de détente.

Canapé, machine à café, télé, frigo avec sandwiches, laitages ou encore chips et barres chocolatées. Ces salles sont fermées avec un code et même le personnel du SAU n’a pas ce code. C’est un détail mais qui prouve la place réservée par les hôpitaux pour « nous ». Souvent aussi, il y a des affiches ou même des plaques aux murs à la « gloire de nos héros »

Ecoute et efficacité

En tant qu’ambulancier français, un des plus gros chocs que j’ai eu aussi, c’est l’écoute. Le SAU est toujours averti à l’avance de l’arrivée de l’ambulance. Le fonctionnement est le même que chez nous : une infirmière de triage, une salle d’attente, des box, des « lits-portes » et des déchoc’. En arrivant, l’ambulancier fait son rapport à l’infirmière et la décision d’orientation est prise. Je n’ai encore jamais vu une IAO s’adresser au patient ou reprendre les constantes. C’est cette même infirmière qui va faire les -fameuses- étiquettes. Dans la plupart des hôpitaux, je n’avais pu vu ces étiquettes se faire, pour la bonne raison que ce n’est en aucun cas le problème des ambulanciers. Mais pour avoir posé la question on m’a expliqué le fonctionnement : si la personne est connue du « cloud », c’est à dire si elle a déjà été vue une seule fois dans n’importe quel hôpital, seule la date de naissance et le nom suffisent pour imprimer les étiquettes. Les vérifications se feront plus tard par les secrétaires. Mais il est juste impensable que ces histoires d’étiquettes viennent retarder la prise en charge ou le travail des ambulanciers. Le soin d’abord, l’administratif après. Logique…. Je détaillerai plus tard le fonctionnement du déchoc’ et de l’urgence vitale et ainsi développerai mieux le thème de l’écoute et de la reconnaissance.

Overdose et drogue

A Chicago, dans les quartiers sud et ouest, la misère est immense. Nous avons fait énormément d’agressions, de bagarres, de drames familiaux. Mais ce qui fût, allez, 60% de nos interventions, ce sont les overdoses. Morphiniques principalement, avec le succès de l’Oxycodine, mais aussi héroïne et drogues de synthèses (Crack et PCP). Il y en a tellement que les collègues ont des injectables de Naloxone (Narcan, antagoniste pur et spécifique des morphinomimétiques sans effet agoniste) dans les poches, dans les vides poches de l’ambu, les portières et même dans les sacs à main des collègues femmes.

Nous intervenons un soir à la demande de la police pour le motif suivant : personne inconsciente qui respire sur la voie publique. Ils savent déjà à quoi s’attendre. Sous un échafaudage, une femme d’une cinquantaine d’année est étendue. Deux policières nous accueillent. Avant même de prendre un pouls ou quoique ce soit d’autre, l’injection dans la cuisse est faite. Nous embarquons celle qui semble être une SDF. Elle est toujours inconsciente. Durant le trajet, elle le restera malgré mes multiples tentatives de stimulations. Arrivé aux SAU, elle se réveille, d’un coup. Elle se lève et s’en va. Personne ne lui court après. Une autre fois, même scénario : dans un parc, un jeune homme, bien habillé. Une injection, il se réveille dans la minute, nous repartons… La même 10 mn après, dans un fast-food. Bien sûr, je m’étonne et suis un peu choqué mais on m’explique que face à la multitude de ces pathologies, et surtout face aux refus quasi systématiques de ces patients d’être pris en charge, allant souvent jusqu’à la violence, le CFD a décidé de procéder ainsi. Nous utiliserons 8 doses de Narcan entre 18h et 22h…. A noter que la police n’est pas encore dotée de ce médicament, contrairement à beaucoup de villes des USA, mais que cela devrait bientôt être le cas. Dans certaines villes, même les barmans de boites de nuit sont équipés de Narcan.

Optimiser le travail de l’ambulancier

Chicago est une grande ville, la troisième des USA. Il y a plus de 100 ambulances réparties dans toute la ville. Comme je l’ai expliqué, les pompiers et la police sont très souvent sollicités pour intervenir sur les cas médicaux (sans pour autant se soustraire aux ambulanciers, je le rappelle). Il y a donc souvent pas mal de monde sur les interventions, VP ou domicile. (photo B) C’est pour cela par exemple que les ambulanciers n’ont pas de planches à masser type Lucas, du moins pas encore. Ils n’ont pas non plus de matelas coquille, matériel disponible uniquement dans les véhicules « Rescue » (type Grimp). Ils disposent (comme sur l’ensemble des USA) de brancards électriques et de plus en plus de chaises portoirs assistées. Bref, tout est mis en place pour que les ambulanciers se concentrent uniquement sur les soins. J’ai même appris récemment qu’un EMS au Nevada mettait en place des chauffeurs d’ambulances afin de libérer les ambulanciers du fardeau de la conduite et de l’entretien du véhicule. Pas sûr que cela plaisent beaucoup, car ces ambulanciers sont fiers de leur statut et amoureux pour la plupart du coté pluridisciplinaire de leur profession.

La fierté de faire ce job

C’est d’ailleurs pour ça que je n’emploie quasiment jamais le terme d’EMT ou de Paramédic. Les dizaines de collègues américains avec qui j’ai débattu de ce problème disent tous la même chose à l’unisson : nous ne sommes pas des médecins, encore moins des infirmières, nous sommes des ambulanciers ! (bon, le terme français n’a pas d’équivalence en langue anglaise, mais on se comprend). Ils entendent par là que leurs études n’ont rien à voir avec les études d’infirmières par exemple, et que leur quotidien c’est de rouler dans un camion et d’aller mettre les mains dans la m**** !

Ce qui marque aussi, malgré la similitude entre leur quotidien et le mien (je suis ambulancier salarié dans le privé) c’est la passion. Jeune, vieux, homme, femme, rural ou urbain, noir, latino ou blanc, débutant, officier, commandant ou capitaine, j’ai connu pas mal de sortes d’ambulanciers. Tous avaient ce point commun : la passion de leur boulot, de leur véhicule, le respect de leur uniforme (tous collectionnent les écussons, qui sont devenus une monnaie d’échange entre eux, une carte de visite en somme). La fierté de porter et d’utiliser le stéthoscope, symbole du soin, et surtout le respect du patient. Quand le bip sonne, ou que la radio crache son ordre, la réaction est immédiate et le mégot vole. Je n’ai jamais entendu de vociférations en partant sur de la « bobologie ». « Un appel = une détresse » me dira Shaun, jeune Paramédic au sérieux exemplaire, « et chaque détresse demande une réponse ». C’est pourquoi peu d’ambulanciers abandonnent ce métier. C’est vraiment un sacerdoce. Combien en ai-je vu tatoués d’une croix de vie ou même de leur numéro de licence. Les casernes sont habitées comme si c’était leurs propres maisons.

Pour conclure

Avant de vous détailler, comme promis, le fonctionnement de la salle de dechoc’ (article à paraître prochainement) tellement représentative de la philosophie américaine, je voudrais parler de la liberté. Quelle joie, pour moi, de baguenauder dans les rue de la ville entre deux interventions. Avoir la liberté de s’arrêter boire un café ou acheter un soda, de discuter avec les collègues ou les passants (qui souvent vous interpellent pour vous remercier de ce que vous faites pour eux). A Chicago, ils ne se mettent jamais en indisponibilité et sont joignables en permanence grâce à leurs radios portables. Ils sont donc en départ immédiat. Mais leur hiérarchie leur offre cette liberté, tellement précieuse à la décontraction, au repos et au bien-être. C’est aussi une forme de confiance. C’est peut être aussi pour ça que leur passion ne s’éteint pas en quelques mois….

J’aurais tellement à dire, à raconter. Mais je veux conclure par cette pensée : nous autres, français, passons notre vie à vouloir comparer leur système avec le nôtre. On compare les EMT aux ISP, aux IADE, ou même aux ADE SMUR. Mais il n’en est rien, croyez moi. C’est tout un système qui, à la base, est différent. Ils ont beaucoup plus de moyens financiers certes, mais ont aussi une simplicité de réflexion. On agit vite, on forme beaucoup et surtout, chacun est à sa place.

Je ferais en tout 80 heures de garde, dans 3 casernes différentes. L’accueil fut dans l’ensemble merveilleux, inespéré. J’ai eu quelques moqueries, quelques indifférences aussi.  Mais c’est normal. J’ai suscité bien des interrogations mais tous ont eu à cœur de me faire travailler. Quel intérêt de venir ici si ce n’est que pour observer. J’y ai mis les mains aussi ! Merci à eux pour leur enthousiasme. Voilà, c’est le mot qui représente le plus mes multiples expériences avec ces collègues : enthousiasme !

Crédit photos : Bastien B.

Le CFD m’ayant fait signer un contrat me demandant de limiter au maximum les photos, je n’ai pas pu faire un « vrai » reportage photo. Désolé donc pour la qualité.

Facebook : « bastien ambulancier »

email : ambu.dordogne@yahoo.fr

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Ambulancier Diplômé, j'ai souhaité mettre à la disposition de tous un outil d'information à but pédagogique pour centraliser le plus d'informations possibles sur le métier d'ambulancier et ce qui l'entoure. Passionné par mon job j'essaie à travers ce site; d'apprendre à chacun à mieux connaitre la profession et en parallèle offrir à mes collègues un outil pour garder leurs acquis à jour.

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