Ambulancier : que savez-vous sur notre profession ? Histoire d’un métier

Ambulancier : que savez-vous sur notre profession ? Histoire d’un métier

Ambulancier, l’histoire : « Une idée pour une mission »

Il y a toujours un début à tout et la profession d’ambulancier n’échappe pas à cette règle. Tout commence donc en 1794 par l’invention d’un chirurgien fidèle collaborateur de Napoléon Bonaparte.

Oui, l’ambulance que vous conduisez au quotidien est une invention militaire qui a été utilisée par toutes les armées d’Europe. Ce moyen de transport n’a pas cessé d’évoluer avec le temps mais surtout les besoins de nos sociétés.

PortraitJeanDominiqueLarrey
Jean Dominique Larrey

Son inventeur s’appelle Jean-Dominique LARREY qui est confronté à la prise en charge des blessés sur les champs de bataille. Son idée serait d’aller chercher les victimes sur les lieux de conflits afin de les ramener vers des camps isolés des combats. A cette époque les traumatismes et les plaies sont liées à des explosions, des blessures d’épées, de baïonnettes. Les amputations sont légions, les estropiés prient pour voir se lever de nouveaux jours, les morts se comptent par centaines.

Dominique-Jean LARREY réfléchit donc à un moyen de transport efficace. Il mettra au point un chariot couvert tiré par deux ou quatre chevaux avec un système de brancard s’embarquant par l’arrière et coulissant sur des cylindre. Le confort du blessé était déjà une priorité.

Ce véhicule que les ambulanciers utilisent encore aujourd’hui a été amélioré mais l’idée du chirurgien napoléonien demeure. Si en 1794, l’ambulance volante voyait le jour les Despotats n’avait qu’une seule mission « secourir tout le monde sans distinction de provenance »

« Despotats ? Vous avez dit Despotats ? »

ambulancier, l'histoire de l'ambulance
Ambulancier : l’histoire de l’ambulance à ses débuts

Ces hommes ont deux fonctions, militaires avant tout et secouristes. Les Despotats sont les premiers ambulanciers. Leur mission est d’aller chercher les blessés. Ils conduisent les ambulances volantes puis partent, à pied, relever les victimes. Armés d’une lance, porteur d’un sac avec du matériel et des vivres ils ont aussi une toile pliée au fond de leur gibecière. Cette toile, une fois entre les deux lances, devenait une civière…

Le blessé était ensuite rapproché de l’ambulance puis installé sur le brancard pour être dirigé vers le camp de soins. Les norias sont aussi nées à cette période tout comme une autre invention.

Parmi les amis et confrères de J-D LARREY on trouve le  Dr PERCY. Ce militaire s’est penché sur le moyen de se déplacer avec le matériel utile à sa science, la chirurgie. On lui doit un drôle de véhicule équestre (ambulance de PERCY) qui est l’ancêtre du SMUR. Les médecins sont installés à califourchon sur un coffre dans lequel est remisé le matériel médical.

Les ambulances « publiques » ont vu le jour en 1880, à Paris et à la demande du Dr NATCHEL. Ces «ambulances Urbaines » étaient destinées aux victimes de la voie publique. En 1882, l’épidémie de variole qui sévit impose à la ville de Paris de réfléchir à un moyen de transport pour amener les malades vers l’Hôtel Dieu. Les « Ambulances Municipales » prennent place dans le paysage de la capitale.

« Et maintenant… »

L’évolution vous la connaissez un peu mieux… car plus récente ! L’hygiène, les lois sur les transports de malades, le secours aux blessés et prise en charge de femmes enceintes ont dessiné les compétences de la profession.

1941, le métier d’ambulancier peut être exécuté dans le privé. Le bistrotier du coin, le garagiste et même le « croque-mort » peut répondre aux attentes des personnes pour un transport sanitaire. En 1970, la professionnalisation s’enclenche avec la création du Certificat de Capacité d’Ambulancier (CCA), cette même année la « Croix de Vie » devient l’emblème de la profession. 1971, les agréments sont obligatoires, 1986 l’aide médicale d’urgence (AMU) prend forme suivie du CODAMUPS. La première décennie des années 2000 offre deux grande avancée, 2007 le Diplôme d’Etat Ambulancier est entériné par les instances gouvernementales et 2010 les Auxiliaires Ambulanciers doivent être attestés par l’AFGSU 2.

« Oui, mais demain ! »

La professionnalisation est terminée. Désormais les ambulanciers travaillent sur la reconnaissance de leur métier et de leurs compétences. Même si les matériels et les missions ont évolué pour répondre aux attentes sociétales les hommes et les femmes qui œuvrent auprès des malades, des blessés, des femmes enceintes savent que la route n’est pas entièrement finie. De bonnes volontés réfléchissent à ce que devrait être « demain». Pour l’instant, si aujourd’hui les ambulances sonnent et illuminent les villes, les villages les ambulanciers et ambulancières continuent la volonté de Jean-Dominique LARREY « secourir tout le monde sans distinction de provenance … ».

ONPA 2014 La filière ambulancier étudiée

ONPA 2014 La filière ambulancier étudiée

Derrière l’acronyme ONPA se cache l’Observatoire National de la Profession Ambulancière

Cette initiative novatrice permettra de dresser une cartographie actualisée de la profession. En effet, depuis le début de sa professionnalisation, en 1970, la filière ambulancière a toujours anticipé les besoins auxquels elle est (et sera) confrontée. Des chefs d’entreprise, des personnels ont réfléchi et façonné « pierre après pierre » les grands travaux qui font aujourd’hui ce métier.

Mais qu’en est-il 44 ans après ? Difficile de le dire !

Malgré une formation identique à tous il faut admettre que les diversités de pratique sont grandes sur le territoire.

Mais reprenons le cours de notre présentation ONPA.

Suite à une rencontre au ministère de la santé pour présenter et défendre le projet « VAE » (validation des acquis de l’expérience) un collègue (AA puis DEA mais aussi correspondant de presse indépendant) a pu analyser la vision faite sur le métier d’ambulancier par les institutions le pilotant. Et une priorité (pour ne pas dire une « urgence ») s’est imposée. Quel outil démontre aujourd’hui l’implication ambulancière et son rôle d’utilité sociétale dans notre pays ? Aucun.

Aucune étude ancienne ou récente ne définit le profil national. Les concernés le savent, d’une région à une autre et parfois même au sein d’un même département, les ambulanciers n’ont pas les mêmes priorités de missions.

6 « cibles » visées.

Six mois de travail ont été nécessaires pour composer les questionnaires. Les chefs d’entreprise, les ambulanciers, les auxiliaires, les partenaires de santé et d’urgence, les instituts de formation et les organismes en charge du financement des formations.

Tous ces acteurs forment le « monde de l’ambulance » et tous possèdent les éléments révélant le vrai profil de la profession.

La finalité ?

Elle est multiple mais les principaux objectifs restent de…

  • Participer à  l’avenir de la profession
  • Supprimer les préjugés liés à l’ambulance.
  •  Lister les attentes pour une meilleure exécution des missions incombant aux personnels.
  • Espérer une légitime reconnaissance de la filière. 

Les résultats seront remis sous la forme d’un rapport destinés aux instances et tutelles de la profession. Les ETS et les personnels pourront évidemment le consulter. Cette carte d’identité renouvelée, révèlera les réalités vécues au quotidien et les attentes inhérentes à l’évolution de notre société. Ce rapport deviendra alors un véritable outil sur lequel chacun pourra s’appuyer et se référer puisqu’écrit par ceux qui le vivent.

ONPA en action…

L’Observatoire National de la Profession Ambulancière va donc collecter puis orchestrer les renseignements nécessaires pour ce rapport.

Des questionnaires identifiés à chaque catégorie de « répondants » seront adressés début Avril 2014Il est crucial que les concernés deviennent de réels collaborateurs. Si l’effectif de « répondants » est une donnée importante c’est surtout la cohésion de la filière qui aura un poids dans la présente initiative.

Pour cela, à vous désormais d’en parler, de convaincre vos collègues, vos chefs d’entreprise à adhérer à l’idée. Pour rappel il y a aujourd’hui plus de 5000 ETS, environ 52000 personnels (DEA et AA) sans oublier les instituts et les partenaires de santé…

Pourquoi Avril 2014 ?

Tout simplement parce qu’il faut un budget et que le dernier mois de préparation (Mars) est entièrement consacré à cette quête. Les sites de « crédit participatif » ont rejeté le projet car « hors objectif ». Mais rassurez-vous, des sociétés, des groupes sont déjà contactés. Tous font partie (de près ou de très près) du cercle « partenaires de la profession ». Leurs produits, leurs services sont des alliés quotidiens. Le résultat de l’enquête leur servira aussi pour anticiper les futurs besoins…

Pour rappel

L’observatoire National de la Profession Ambulancière est une initiative apolitique et non assujettie à une démarche syndicale. Il faut comprendre que la neutralité est un atout dans ce genre de démarche. Merci de l’accepter sans toutefois renier vos engagements ou freiner votre envie de participer à cette enquête d’envergure.

Recrutement

L’étude à venir a encore besoin de répondants… ONPA n’accueille aucun profil de personne extérieure à la profession ambulancière ou en charge de sa formation ou partenaire directe.

Dernière Minute !

Nous sommes à plus ou moins J-15 jours avant le lancement officiel de l’étude. Il ne reste plus très longtemps à attendre donc commencez à mobilisez le maximum de monde sur ce sujet, à en parler, à faire connaitre l’existence du projet. Dès mercredi 19 Mars 2014 vous aurez accès à la brochure ONPA qui servira de document de support, de découverte de cette étude mais aussi de prélude pour accéder aux questionnaires. Elle va vous permettre de faire circuler l’information et d’avoir entre vos mains un support visuel et explicatif afin de mobiliser vos collègues, vos instituts de formation etc. Elle sera aussi transmise aux instances de tutelles qui suivent de très près cette étude.

La page Facebook ONPA, qui servira dans un premier temps de point de repère média vous attend :  https://www.facebook.com/observatoire.ambulancier 

On compte sur vous pour la partager un maximum. Vous avez entre les mains un futur outil qui servira à tous et qui pourra apporter beaucoup

Elle est encore relativement peu étoffée mais dès mercredi elle sera plus dynamique et vous y trouverez toutes les informations indispensables.

Le groupe de travail ONPA est disponible sur inscription : https://www.facebook.com/groups/groupe.travail.ONPA/
Il servira de support, de foire aux questions bref pouvoir communiquer ensemble autour des problèmes rencontrés lors du remplissage du questionnaire ou autre.

Plaquette d’information disponible dès mercredi 19 mars, elle sera téléchargeable au format PDF et vous aidera à mieux faire connaitre le but et l’importance de l’étude

Nous vous rappelons que l’étude et donc l’accès aux questionnaires débute le 1er Avril 2014 !

Patient-détenu ou Détenu-patient : Intervenir dans l’univers carcéral

Patient-détenu ou Détenu-patient : Intervenir dans l’univers carcéral

Prison 1 - ambulancier prise en charge du détenu en milieu carcéral

Ambualncier : intervenir dans l’univers carcéral

Les civilisations modernes ont mise en place ce moyen de coercition afin d’écarter de la société les personnes ayant commis un crime ou un délit grave. La prison est un univers à part dans lequel les ambulanciers peuvent intervenir pour un transfèrement sanitaire vers un autre lieu de détention adapté, transport en vue d’une consultation ou d’une hospitalisation, appel 15 dans le cadre d’une urgence. Peut importe la raison qui vous amènera (professionnellement) en prison. L’univers carcéral a des règles strictes qu’il faut connaître pour éviter tout conflit avec l’autorité pénitentiaire.

Sécurité pour tous !

ambulancier prise en charge du détenu en milieu carcéral

Malgré votre tenue, la mission à accomplir et une ambulance siglée personne n’entre pas dans un établissement pénitentiaire comme il le souhaiterait. Les personnels ont une priorité, la sécurité. La leur avant tout, la nôtre évidemment mais aussi celle du détenu. Même si un patient ou un blessé souffre, se tord de douleur, aucune équipe de secours ou médicale n’investira les lieux autorisation. 

Le sassier (responsable du sas d’accès) n’ouvrira les portes de l’enceinte qu’après certaines obligations. Les sacs d’urgence peuvent être ouverts, les téléphones personnels peuvent être laissés en consigne, les cartes d’identités peuvent être sollicitées et l’ambulance peut être inspectée avant installation du prisonnier. Le patient peut se trouver à l’infirmerie ou bien dans sa cellule. Il faut savoir que le droit dit de confidentialité ne s’applique pas en ces lieux carcéraux.

Les échanges entre ambulanciers et prisonnier sont écoutés par les surveillants. Pour le déplacement, des agents prendront place dans la cellule sanitaire. Avant le départ, le détenu aura été fouillé, menotté et entravé au niveau des chevilles. Les personnels ambulanciers ne peuvent s’y opposer, les protocoles sont ainsi et nul ne peut s’y soustraire. Le trajet peut être défini par l’autorité représentée par les personnels embarqués.

Le lieu d’accueil du patient-détenu est verrouillé lui aussi et une escorte suivra l’ambulance ou ouvrira la route. A l’arrivée, s’il s’agit d’un transfèrement, vous aurez à subir les mêmes protocoles que ceux vécue à la prise en charge. Pour une consultation, le lieu sera le service dans lequel est attendue la personne, vous serez immobilisés pour ne pas « casser » l’équipe liée à cette mission. 

Pour une urgence, les centres hospitaliers disposent de chambres carcérales. C’est le médecin adapté au cas qui se déplace. Tous ces lieux et l’ambulance deviennent des prolongements de l’établissement pénitentiaire où doivent s’appliquer les mêmes règles de sécurité. Le détenu n’est jamais sans surveillance. Une équipe d’agents pénitentiaires restera en faction jusqu’au retour du patient.

Comportement

La raison ayant provoqué l’incarcération de la personne prise en charge n’a aucune importance dans votre mission. Cela ne vous regarde pas et risque d’interférer dans la qualité de votre mission. Retenez juste qu’un détenu-patient devient pour vous un patient-détenu qui a droit à la même qualité de prise en charge que tous les autres malades ou blessés.

Et si vous connaissez la personne détenue ?

ambulancier prise en charge du détenu en milieu carcéral

La mission doit s’exécuter mais cette situation peut placer l’ambulancier concerné dans une situation embarrassante. La bonne attitude, si la composition du binôme le permet, (l’ambulancier D.E. est à l’arrière avec le patient) sera de prendre le poste de conducteur. En vous soustrayant de la cellule sanitaire vous éviterez de vivre ce dilemme.

Le secret professionnel

Article L1110-4 du Code de Santé Publique

Modifié par Loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 – art. 132

« Toute personne prise en charge par un professionnel, un établissement, un réseau de santé ou tout autre organisme participant à la prévention et aux soins a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant ».

Article L1111-6 du Code de Santé Publique

« Le délit de violation du secret est constitué par son caractère intentionnel même si l’intention n’en est pas malveillante ».

Article 226-13 du code pénal 

« La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000 euros d’amende ».

Missions normales ?

Prison 3

Dire que les missions en milieu carcéral ressemblent aux autres est loin d’être vraie. Il faut savoir que les détenus sont enfermés 20 heures par jour (2h  de « promenade » le matin et un même temps l’après-midi). Les conditions de vie sont bouleversées à plus d’un point. Les prisonniers vivent avec d’autres rythmes et dans une promiscuité provoquant des tensions permanentes.

La violence (physique, mentale, verbale) est présente au quotidien mais si la plus grande contrainte reste la privation de liberté. Il existe différents établissements pénitentiaires. Les maisons d’arrêt ont pour priorité d’accueillir des personnes en attente de jugement ou condamnés à de courtes peines. Les centres de détention et centrales accueillent des personnes jugées pour des peines excédant 5 ans d’emprisonnement. Enfin, hommes, femmes et mineurs ne sont jamais incarcérés ensemble et ne partagent jamais les mêmes activités.

Le système de santé en milieu carcéral

  • L’Unité de Consultation et de Soins Ambulatoire (UCSA) :Il s’agit de la fameuse « infirmerie » présente dans chaque établissement. Infirmières, médecins, dentistes et psychologue y assurent les soins et suite de soins.
  • Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale (UHSI) : Présentes dans 6 CHRU en France ces unités accueillent les patients-détenus hospitalisés plus de 48 h.
  • Unité Hospitalière Spécialement Aménagée (UHSA) : Créée en 2010 la seule unité présente est implantée au sein de l’hôpital de BRON (69). Cette unique unité accueille les patients souffrant de pathologies psychiatriques. 17 unités sont prévues dans les années à venir pour une capacité de 705 lits…
  • Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) : 26 SMPR existent en France et les Dom-Tom. Ces services prennent le relais des USCA quand les pathologies demandent un suivi plus renforcé.

La Prison Hôpital de Fresne

Cet établissement de soins fut longtemps le seul hôpital carcéral. D’une capacité de 80 lits le turn-over était très rapide. Il assure encore l’accueil de patient-détenu en soins « lourds », palliatifs et chirurgicaux.

Pour info

Depuis 1994, les détenus sont placés dans un régime spécial de protection sociale relevant du ministère de la santé.

Ambulancier : quand la mort bouleverse une mission… Echec ou Fatalité ?

Ambulancier : quand la mort bouleverse une mission… Echec ou Fatalité ?

Avant tout, pourquoi la mort fait-elle si peur ?

Tout simplement parce que personne ne peut apporter une réponse unique, toute verrouillée sur ce sujet.La mort est la phase ultime d’une vie. Les personnels ambulanciers sont confrontés à elle lors des missions d’urgence vitale mais aussi lors des transports de patients en fin de vie ou sachant que leur « fin » est proche. Dans ces moments, chacun est placé face à lui-même et à ses propres questions sur ce sujet avec son propre vécu, ses peurs…

Y a-t-il une mort plus inacceptable que d’autre ?

Mort 3

Il est évident que le décès d’un enfant reste, et restera, un évènement douloureux et injuste.Toutefois, la mort d’un être, quel qu’il soit, fait partie d’un ensemble où se s’entremêlent nombre d’éléments. Le lien qu’il avait avec les siens, ses proches, ses amis, tout ce qui a fait sa vie, ce qu’il laisse comme souvenir…

Pourquoi mourir à 75, 80 ans et + apparaîtrait-il plus normal ? Le sempiternel « Il a bien vécu » ou « elle a fait sa vie » rassure sur cette fatalité. Néanmoins, l’être qui part (pour toujours) laisse un vide que personne ne peut quantifier pour ceux qui l’ont côtoyé…

Et puis, la violence ou la soudaineté de l’évènement ne sont pas étrangers à notre ressenti. Une maladie vécue pendant de très nombreuses années valide souvent une issue « acceptable » et ce quelque soit l’âge du mourant. Paradoxalement, crime, accident, défaillance physiologique provoquent, eux, des réactions totalement opposées…

Dans une mission d’urgence vitale qui est privilégié entre le Secouriste et l’Homme ?

Même si les deux sont extrêmement liés, une urgence vitale enclenche des gestes, techniques et/ou un comportement nécessaire à la prise en charge demandée par la mission. De prime abord, l’ambulancier(e), professionnel du secours, ne se laisse rarement envahir par des sentiments, il n’en a pas le temps. Dans l’ambulance, sur le trajet vers l’urgence, les personnels se projettent souvent dans la mission. L’expérience conditionne notre réactivité. C’est plutôt après l’intervention que l’Homme resurgit avec son lot de réactions, de questionnements conjugué à une libération d’émotions.

L’ambulancier peut-il s’associer à la peine de la famille ?

Evidemment non !

La famille, l’entourage espèrent déjà un résultat sans commune mesure de la part des équipes de secours. Même si l’issue fatale est envisageable par tous, la famille se refusera toujours que celle-ci arrive. Comprenez, vous avez entre vos mains et compétences leur mari, leur femme, leur ami, leur frère ou sœur, leur enfant…  Lors des interventions vitales le fameux « vous allez le sauver ? (…) » est répété au moins 12 fois par les proches présents. Les gestes effectués et le matériel déployé confortent aussi les témoins à se dire « ils sont là, ça va marcher… ».

Alors, si le professionnel s’effondre, la famille n’aurait plus aucun repère et aurait grand mal à affronter la suite. Le rôle de l’ambulancier(e) est de rester à l’écoute des proches. Installer le corps sur le lit, le nettoyer de tout ce qui pourrait dégrader sa dignité, parler avec les personnes présentes, écouter ce qu’elles disent fait partie de la mission. Pire, ces personnes, qui débutent un long cheminement de deuil, auront, peut-être, besoin d’une prise en charge. C’est dans l’ambulance, avec le binôme, que les émotions peuvent se révéler. Un débriefing est nécessaire pour avancer, comprendre et évacuer.

Echec ? Fatalité ?

Mort 1

La mort d’une personne au cours d’une mission est un évènement incalculable (à moins de n’avoir rien tenté !). Ce n’est ni un échec ni une fatalité mais il est important de se préserver des phrases toutes prêtes « On a rien pu faire… ! », « c’était joué d’avance… ! », « ça se présentait mal dès notre arrivée… ».

Encore plus grave, reprendre avec la famille  les étapes de l’intervention. Ces personnes l’ont certainement vécue en direct. Leur rappeler l’évènement serait non seulement malsain et délétère il s’agit d’un comportement non professionnel !

Que faire si le secouriste n’arrive pas à surmonter ?

Avant tout, soyez convaincu(e) que les années, l’expérience ne « blindent » jamais les personnels ayant vécu des évènements tragiques. C’est une bombe à retardement. Les conséquences feront plus de dégâts que vous ne pourriez imaginer. Si les ETS privées n’ont pas les moyens de compter un psychologue dans leur staff,  il existe les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) dans certains CH (service rattaché souvent au SAMU). Des professionnels savent écouter et accompagner les personnels en souffrance morale. C’est vers ces CUMP que les ambulanciers peuvent se diriger.

Un équipier qui n’est pas bien n’est ni efficace ni porteur de l’image professionnelle à laquelle il se doit.

Un patient me parle de sa prochaine mort, comment réagir ?

Déjà, cette attitude exprime une grande détresse qu’il faut absolument révéler à la famille (si vous la sentez prête à entendre ce message) ou le service accueillant le patient.

« Vais-je souffrir ? », « que va devenir mon enfant ? », « je ne pensais pas finir ma vie si vite », « la médecine est vraiment nulle ». Des phrases, des colères, de la peur, il y en aura des centaines. Toutes entrent dans un processus bien connu (comme le deuil : Refus, colère, pleurs, résignation, acceptation…) Processus qui se renouvellera tant que la situation ne sera pas « digérée ».

Il faut s’en convaincre, un ambulancier ne peut pas apporter toutes les solutions. Face à cette confidence d’un être en souffrance, il serait contraire à l’éthique de le guider vers telle ou telle réponse. Il n’a pas envie d’entendre des mensonges ou tout autre discours préservant (à tort) son inquiétude. 

JE NE SAIS PAS ! Voilà la vraie réponse.

Mais en contrepartie à cette impuissance l’ambulancier se doit d’apporter une écoute attentive et humaine à la détresse exprimée. La communication est une compétence inscrite au DE, elle se doit d’être entretenue pour la renforcer.

Et la religion ?

L’orientation spirituelle individuelle fait appel au droit de réserve auquel les personnels ambulanciers sont soumis. La mort d’un patient ou d’une personne secourue ne nous « appartient » pas au-delà de notre implication professionnelle. Une fois la porte refermée, la famille doit gérer l’évènement pour mieux le comprendre, l’accepter avec le temps.

Que dit la Loi ?

Les ambulanciers n’ont aucune compétence à déclarer la mort d’une personne.

Seuls 3 cas permettent de ne pas engager les gestes de secours et/ou de réanimation :

  • La rigidité cadavérique
  • Le début de décomposition
  • La décapitation 

D’autres obligations s’imposent aux secouristes dans le cas de décès suspect. Même si les ambulanciers n’ont pas à connaître l’ensemble des procédures de police judiciaire, les autorités apprécient moyennement que des scènes soient polluées par des actes involontaires, irréfléchis. Si vous êtes confrontés à une telle situation il faut anticiper un rapport circonstancié reprenant les étapes de l’intervention ou de la mission.

Et si le décès à lieu en cours de transport ?

Mort 2

Les proches, la famille de patients « en fin de vie », voire le malade lui-même, désirent de plus en plus que l’échéance ait lieu à la maison. Bien souvent les équipes médicales demandent aux ambulanciers « de ne pas engager de réanimation… ». Même par écrit cette volonté n’a aucune valeur médicale, juridique et peut même opposer le secouriste professionnel à de graves sanctions pénales. Si un décès (arrêt cardio-respiratoire) intervient en cours de transport, le premier réflexe sera de contacter le centre 15 et de demander à parler à un médecin régulateur pour avis et prise de disposition.

A vous de lui apporter le plus renseignements notamment :

  • le service duquel est partie la personne.
  • le nom du médecin qui a ordonné le transfert.
  • La pathologie du patient. 

Le médecin régulateur peut très bien imposer une réanimation en attendant qu’une équipe SMUR ou un médecin proche du lieu où vous êtes vous relaie et prenne la direction de cette intervention.

Petit rappel

Une ambulance n’est pas habilitée à transporter une personne décédée. Seules les entreprises de pompes funèbres peuvent le faire au moyen d’un véhicule spécialement adapté au transport de corps et en possession des documents spécifiques à ce service. Cette obligation s’applique à tous les ambulanciers dès lors ou ils sont missionnés dans une mission d’ambulancier… Même ceux qui ont une double fonction si l’ETS dans laquelle ils travaillent propose un service de pompes funèbres !

Et la loi LEONETI (Avril 2005) ?

La loi LEONETI ne s’applique pas aux personnels ambulanciers. Ils sont et demeurent des secouristes professionnels qui se doivent d’appliquer strictement le « droit de survie ». Si on résume cette loi, elle  impose au corps médical de ne pas imposer au patient en fin de vie une « obstination déraisonnable à prolonger artificiellement sa vie ». De plus, une personne est désignée « de confiance ». Choisie par le malade elle peut « accompagner ce dernier dans l’ensemble de ses démarches même les entretiens médicaux ». Cependant, à aucun moment la personne de confiance n’est citée comme « décideur à la place de… ».

De logique, même si les ambulanciers sont « le premier maillon de la chaine du soin », ils ne sont ni médecin, ni personne de confiance et leurs compétences ne leur confèrent pas l’administration de traitement (hormis l’O² médical). Puis, le dossier médical appartient au patient et son contenu n’est pas diffusable entre médecin et les auxiliaires de santé dont les ambulanciers font partie… 

Enfin, il faut savoir que les familles ayant engagé des actions juridiques contre des ambulanciers qui n’auraient pas respecté l’éventuelle volonté du malade ont été déboutées… Pour mieux comprendre, transférons la puissance de cet « ordre » aux autres acteurs de la chaine du soin. Un médecin interdirait-il à une aide-soignante de faire la toilette à un patient en fin de vie, de lui changer ses draps, sa chemise hospitalière ? L’infirmière prendrait-elle la responsabilité de ne pas de changer la poche d’alimentation naso-gastrique, de masser les points de contacts ?

Résumons

La loi LEONETI appartient aux médecins, le patient et leur famille. Dès l’instant où un ambulancier reçoit des consignes de « non réanimation » pour un patient en fin de vie, sa première action sera d’appeler le centre 15 (autorité médicale pour tous patients transportés) et de confier la situation au médecin régulateur. Seront aussi communiqués, le  nom du médecin en charge du patient, le service ayant accueilli le patient et, bien évidemment,  l’ordre formulé. En respectant ce qui fait toute l’identité et les pratiques de la profession ambulancière vous prouvez aux partenaires et votre place et la raison pour laquelle on vous confie des responsabilités.

Simulation Multiple Patient (SMP) Les ambulanciers de l’Est en exercice

Simulation Multiple Patient (SMP) Les ambulanciers de l’Est en exercice

Les ambulanciers de l’Est en exercice

Voici le récit d’une manoeuvre Simulation Multiples Patients (SMP) réalisée par les ambulanciers de l’Est de la France il y a quelques temps de ça. Un exercice à échelle réelle qui aura permis aux ambulanciers de s’exercer sur le terrain face à une simulation comprenant de multiples « victimes ». Petit retour en arrière. Un article signé Quoi2Neuf.

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SMP, « P » comme « Patient » bien sûr !

BFM Tem 15 - relevage

D’ordinaire l’exercice porte le nom de Simulation Multiples Victimes (SMV) et ce genre d’entraînement est bien souvent exécuté par les pompiers. Les ambulanciers privés étant des secouristes professionnels missionnés par le SAMU pour répondre à l’Urgence Pré-Hospitalière (UPH) un groupe d’ambulanciers francs-comtois a adapté la manoeuvre en la rebaptisant SMP, « P » comme « Patient » bien sûr !

Plusieurs volontés

L’exercice correspondait totalement au champ de compétences pratiquées au quotidien par ces personnels. Le projet « SMP » Simulation Multiples Patients a demandé six mois de travail pour cibler tous les objectifs et affiner l’évènement (voir fiche technique). La volonté des organisateurs était d’intervenir au plus près de la réalité. Le scénario mêlait donc une pathologie commune à tous les acteurs « patients » avec des cas associés. Ce sont des Scouts et Guides de France, jeunes de 11 à 14 ans, qui ont tenu le rôle de malades.

Scénario : le groupe a mangé la veille le produit d’une pêche provoquant une grave intoxication alimentaire. Devant la situation critique, le centre 15 est alerté et engage des moyens conséquents en sollicitant l’intervention d’ambulanciers privés.

Douleurs abdominales sévères pour tous les patients, malaise pour certains, perte de connaissance (occasionnant même des blessures) pour d’autres, angoisse des plus jeunes face à cet évènement exceptionnel touchant leurs camarades.

15 ASSU (Ambulance de Secours et de Soins d’Urgence) furent missionnées pour cette mission. Quinze équipages d’ambulanciers et auxiliaires auxquels s’étaient joints sept élèves en cours de formation au DE ambulancier ainsi que deux stagiaires formèrent les équipes de secours.

Expliquer aux équipages ce qui les attend sur le terrain, lors du déplacement en convoi, des Prise en Charge et évacuations des patients… Mais rassurer aussi les élèves ambulanciers sur les attentes des compétences à restituer, le médecin sur sa participation active.

Un travail de collaboration

BFM Tem 4 - Dispatching

Le site d’intervention, reprenant plusieurs contraintes d’évolution, avait été prêté par la ville de Besançon. Il offrait la sécurité souhaitée pour une telle manoeuvre mais devait confronter les secouristes à une typologie différente de leur quotidien. Deux coordinateurs, une étudiante en médecine (7ème année), deux photographes et dix observateurs ont aussi suivi l’intervention pour l’analyse ultérieure. Les Scouts et Guides jouèrent avec brio leur rôle créditant une autre volonté « que les secouristes vivent cette mission sans avoir à lire une banale fiche descriptive accrochée autour du cou des acteurs ».

Les ados sont très vite entrés dans la peau de leur personnage concrétisant ainsi un théâtre opérationnel très réaliste. Une scène où se conjuguaient pratiques professionnelles maintes fois exécutées, émotions liées à la situation de crise et travail sur « ordres directs » du médecin. L’exercice recherchait l’amélioration d’une prise en charge multiple et la gestion des moyens déployés. Pour ces entreprises, conscientes des besoins sociétaux et de formation de leurs personnels, les objectifs sont atteints et seront validés lors d’une autre manœuvre.

Objectifs> SMP ambulancière

  • Répondre à une urgence groupale impliquant au moins 6 équipages et autant d’ASSU.BFM Tem 13 - Bilan
  • Engager sans délai des moyens humains, matériels et de transmission.
  • Former des personnels à la coordination de ces moyens pour une réactivité qualitative.
  • Entretenir les comportements, gestes et techniques de secours à personnes dans un contexte exceptionnel.
  • Prévoir les repères et signalétiques nécessaires sur site d’intervention.

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Compétences D.E. ambulancier :

  • Gestes et Techniques de secours
  • Analyse de l’état clinique du patient
  • Hygiène
  • Ergonomie / Manutention
  • Éthique / Législation
  • Sécurité du Transport
  • Transmission
  • Communication[divider]

 Reportage en images