La France et le Paramédic

La France et le Paramédic

Je suis… Paramedic

On le constate de plus en plus, c’est un phénomène qui a prit de l’ampleur ces deux ou trois dernières années : de plus en plus d’ambulanciers ou même d’infirmiers arborent ce titre sur leurs uniformes, gilets, écussons ou sacs à dos marqués « Paramedic » (ou  Médic). Sur les véhicules également, on constate que plusieurs entreprises affichent ouvertement ce terme, jusque dans le nom même de la société. 

paramedic ottawa L' Ambulancier : le site de référence La France et le Paramédic

Qu’est ce qu’un Paramedic ? 

Un Paramédic est un professionnel de santé, spécialisé dans l’urgence pré hospitalière, présent dans la majorité des pays du monde, mais inexistant en France, à ce jour. Dans les pays ayant adopté le système préhospitalier du modèle anglo-saxon, le paramedic est un intervenant ayant suivi entre 1 et 3 ans, en moyenne, d’études dans un système éducatif privé ou public en fonction des pays. Ce titre est protégé dans les pays qui l’utilisent, de la même manière que le titre d’infirmier ou de médecin, il s’agit-là d’une profession réglementée.

Il existe des Paramédics un peu partout sur la planète, mais leur fonctionnement peut être très différent en fonction des endroits. Aux USA, par exemple, les niveaux se divisent entre EMT « basic », « intermediate », et « paramedic ». Au Canada on retrouve uniquement des Paramédics en soins primaires, soins avancées, ou soins critiques. La formation de ces Paramedics est très différente de ce qu’on trouve en France, en Institut de formation d’ambulanciers ou d’infirmiers.

Au Québec par exemple, des cours généraux viennent compléter des cours techniques pendant 3 ans, alternant ainsi des cours de français, de philosophie, de sociologie, psychologie, conditionnement physique, biologie et microbiologie, avec des cours comme réanimation, interventions médicales, interventions traumatiques, pharmacologie, situations particulières, introduction à la profession, stages, etc…

paramedic

Un problème de traduction

Amusez-vous à chercher le mot « ambulancier » dans un dictionnaire anglais, vous ne le trouverez pas car il n’existe pas. Sur google traduction, tantôt l’on vous proposera « ambulance driver » (conducteur d’ambulance) ou tantôt « Paramédic ». Bien sur, l’un et l’autre ne sont pas correct. La traduction la plus acceptable pour désigner l’ambulancier français serait « EMT » (emergency medical technicien), mais, là encore, il s’agit du titre d’une profession réglementée (voir ci dessous)

Ce qui sème le trouble également, c’est le mot (bien français, lui) de « paramédicale », englobant les manip’ radios, les podologues, les infirmières ou les kiné, par exemple. Le fait de disposer d’un(e) IDE dans une ambulance fait que l’on peut dire que cette ambu est paramédicalisée. Mais en aucun cas qu’il y a un paramedic à bord. Ne pas faire l’amalgame entre ces deux termes, même si la racine est la même.

Quels arguments de la part de ceux qui s’affirment Paramédics ?

Les arguments sont, la plupart du temps, compliqués à obtenir, car les individus ne souhaitent généralement pas s’exprimer sur ce sujet. Bien souvent, il s’agit surtout d’ignorance entourant la fonction de paramedic : « Je suis ambulancier ou infirmier SMUR depuis des années, je suis Infirmier Sapeur Pompier, je ne fais que de l’ASSU en UPH, j’ai suivi des formations comme le PHTLS ou l’AMLS… donc je suis paramedic » (propos recueillis).

Les entreprises arborant le titre de Paramedic sur leurs ambulances, même des petits volumes, ou dans leur nom, n’ont pas été contactées.

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Qu’est ce que je risque si je m’affiche comme paramedic ?

L’article 433-17 du code pénal dispose que : L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Les personnes physiques ou morales coupables du délit prévu à la présente section encourent également la peine complémentaire suivante : interdiction de l’activité de prestataire de formation professionnelle continue au sens de l’article L. 6313-1 du code du travail pour une durée de cinq ans.

En outre, la crédibilité de la personne ou de l’entreprise peut clairement être impactée vu les difficultés qu’a la profession ambulancière à être reconnue en France…

Récemment, l’ARS de Charente (16) a rappelé à l’ordre une entreprise sur ce fait et celle ci c’est engagée à ne plus utiliser ce titre.

Peut-on croiser de « vrais » Paramédics en France ?

Oui ! Il est possible de croiser des personnes en France qui sont réellement paramedics dans un autre pays, souvent la Suisse. Il est également possible de croiser des étudiants paramedics qui viennent pratiquer en France.

« Je suis moi-même étudiant finissant paramedic au Québec et il m’arrive de venir en France en « stage » pour me permettre de bénéficier d' »exposition patient ». » (Alexandre)

Lorsqu’une personne identifiée comme paramedic travaille en France, elle ne peut en aucun cas mettre en œuvre les techniques et protocoles qui ne sont pas valides en France (gestes invasifs ou administrations de médicaments par exemple). Par ailleurs, la personne doit pouvoir justifier de sa fonction par une carte d’identification qui dépend de son lieu d’exercice.

Et si je veux devenir paramedic ?

Vous êtes le bienvenu ! Il est possible, comme plusieurs français déjà, d’intégrer une formation et devenir paramedic en Suisse, Angleterre, au Canada ou aux USA, par exemple. Pour ce qui concerne le Québec, nous vous invitons à prendre connaissance de l’article « Comment intégrer la formation Paramédic au Québec ? » qui vous donnera toutes les indications !

En conclusion

Oui ! Un paramédic est un ambulancier. Il travail dans un véhicules d’intervention et/ou de transport et part au chevet du patient, au domicile ou sur la voie publique. Il fait largement autant de « bobologie » que nous, brancarde, porte à la chaise, entretient son véhicule et passe 12h/jour dans son ambulance. En ça, il est comme nous.

Mais : Non ! Il n’y en a pas en France. Certains pays, comme le Japon en 2010 ou la Mongolie en ce moment même, adoptent le système des Paramédics « à l’anglo-saxonne » mais ce n’est pas d’actualité en France. Notre système est surtout basé sur la médicalisation (SMUR) et même si des brèches s’ouvrent, nous ne sommes (hélas?) pas à la veille d’avoir des Medics dans nos ASSU….

Article rédigé par Alexandre Sarthe et Bastien Bodecot

Profile : fabricant d’ambulances pensées par des ambulanciers

Profile : fabricant d’ambulances pensées par des ambulanciers

Un outil de santé pensé par un ambulancier

Immergeons nous chez Profile, fabricant d’ambulances à Budapest, en Hongrie. Il est difficile de parler d’un produit sans avoir l’air d’être un publicitaire grassement payé pour écrire cela. Je ne suis pas un spécialiste de la fabrication d’ambulance, juste un ambulancier qui roule chaque jour. J’ai donc choisi de présenter la marque Profile car j’ai été séduit par leur vision de l’ambulance.

Il ne s’agit pas juste de déguiser une camionnette en ambulance mais bien de fabriquer un outil de santé et de soins d’urgence, pensé par un ambulancier pour des ambulanciers.

Profile , fabricant d’ambulances

C’est en 1982, en Finlande, que la marque Profile (ex Likori) voit le jour et c’est en 1990 que la marque se spécialise dans la fabrication d’ambulance. En 2012, une succursale est inaugurée à Budapest en Hongrie, que j’ai eu la chance de visiter. Une petite usine ou l’ambiance est chaleureuse. Tout est propre, bien rangé, et les véhicules sont montés à la main.

Chaque poste de travail correspond à une étape de montage. La particularité de la marque, ce qui a donné le nom Profile du reste, c’est le fait de couper le toit d’origine du châssis pour y monter un toit en fibre de verre, collé, ayant d’excellent résultat aux crash-test.

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La découverte des marques

D’abord monté sur châssis Mercedes, le constructeur commence à explorer d’autres marques : Volkswagen et plus récemment Ford et Fiat (pour la Crois Rouge Italienne). En effet, si la marque est née en Finlande et donc très présente dans ce pays, on la trouve aussi dans des pays d’Europe de l’Est ou Centrale mais aussi en Chine, à Dubaï, au Koweït, en Arabie Saoudite et dernièrement la livraison de 101 ambulances à Singapour. En France, il n’y en a actuellement que 2 en circulation.

La marque Profile est à présent disponible et son importateur, COPA, qui se trouve dans les Haut de France, dispose depuis peu d’un modèle conçu spécialement pour le territoire français. Cette centrale d’achat, créée en 2013 est dans une démarche de qualité, il était donc naturel qu’elle se tourne vers un constructeur de qualité.

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Une réussite issue de l’expérience du terrain

Le secret de la réussite de la marque Profile tient probablement dans la collaboration avec les ambulanciers de terrain, spécialistes de l’urgence.  Axées sur l’ergonomie et la sécurité, ces ambulances ne peuvent que séduire ceux qui roulent avec. L’isolation phonique et thermique est très bonne et ce que l’on aime particulièrement, c’est le fait d’avoir tout sous la main lorsqu’on est sur le siège soignant.

Je n’ai hélas pas pu me procurer les vidéos des crash-test mais j’ai eu l’occasion de les visionner et ils sont bluffant. Pour ma part je pense que la sécurité devrait être le critère premier de choix d’un chef d’entreprise.

Une marque à découvrir, un sérieux concurrent qui fera peut-être enfin évoluer les autres marques qui sont, pour certaines, sérieusement en retard….

Un fabricant à découvrir

N’hésitez pas un instant à prendre le temps pour découvrir les réalisations et les possibilités proposées par la marque. Ce fabricant est encore peu connu par les ambulanciers mais espérons que cela change.

https://www.profilevehicles.com/en/

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COPA et le modèle France

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La rédaction s’excuse pour la publication très tardive de cet article auprès de la société Profile qui a accueilli chaleureusement notre rédacteur. En effet il devait à la base sortir au mois d’octobre 2019 suite à la parution du reportage de notre rédacteur Bastien sur le système de secours en Hongrie. Un problème d’ordre informatique nous a causé des soucis. Et comme l’ensemble de la rédaction est bénévole et nos professions chronophages nous avons pris un retard assez fâcheux.

L’Emergency Medical Service de Hongrie

L’Emergency Medical Service de Hongrie

ORSZÁGOS MENTŐSZOLGÁLAT

Visite et stage au sein de l’OMSZ (service ambulancier) de Budapest

emergency medical service hongrie

La Hongrie est un pays d’Europe centrale où vivent un peu moins de 10 millions de personnes. Sa capitale, Budapest, en compte environ 1,8 million.

carte hongrie

C’est en 1887 que le service d’ambulances voit le jour à Budapest. Il est constitué uniquement de volontaires. La première caserne s’installe au cœur de la ville, avec ses écuries pour les chevaux d’ambulances. C’est à l’heure actuelle toujours le même bâtiment, identique ou presque, qui abrite à la fois l’une des 255 casernes du pays (et 55 pour la ville de Budapest) mais aussi l’administration du service national des ambulances. Les sous-sols ont été emménagés en abris anti bombardement et son toujours là, intacts depuis la révolution de 1956. On y trouve aussi un impressionnant musée fondé en 1892, retraçant l’histoire du service ambulancier.

  1. En 1948, le service devient professionnel et gouvernemental.
  2. En 1954, les premiers médecins font leurs apparitions dans les ambulances.
  3. En 1963, c’est le premier succès pour un équipage ambulancier qui « récupère » un arrêt cardiaque.
  4. En 1975, les universités créent le diplôme de Paramédic de niveau 1,2 et 3.

Encore quelques chiffres : l’OMSZ c’est 2,2 millions d’appels pour 1,5 millions d’interventions, 18411 accouchements, 1022 succès suite à une RCP, 784 ambulances, 7 hélicoptères et plus de 8100 ambulanciers.

Le 104 est le numéro d’appel pour le service médical. Il y a aussi le 112, comme partout en Europe, mais il fonctionne surtout à la campagne. Il est géré par les services de police mais l’OMSZ déconseille vivement de l’appeler en cas d’urgence vitale.

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Les différents véhicules et les grades des ambulanciers

  •  Le scooter : Conduit par un EMT* ou un AEMT* (6 mois à 1an d’étude)
  • La moto : Conduite par un paramedic (3 ans) ou un paramedic avancé (4 à 5ans) ou un médecin
  • L’ambulance BLS* : A son bord, un pilote (4 semaines) et un AEMT, parfois un paramedic
  • L’ambulance ALS* : A son bord, un pilote , un assistant (2ans et demi) et un paramedic ou paramedic avancé.
  • L’ambulance pédiatrique : Un pilote, un paramedic et un médecin urgentiste et pédiatrique
  • Le véhicule léger d’intervention rapide : Un paramedic ou un médecin
  • L’hélicoptère : Un pilote, un paramedic avancé et un médecin urgentiste

Lexique :

  • * (A)EMT : (advanced) Emergency medical technician
  • * BLS : Basic life support (urgences relatives)
  • * ALS : Advanced life support (urgences vitales)
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Stage en immersion auprès de l’Emergency Medical Service de Hongrie

Je suis accueilli à 6h30 par l’équipe de nuit. La station est flambant neuve, magnifique. Bureau, salle de repos avec cuisine, chambres de garde, salle de réunion et de formation  mais aussi sauna et salle de sport. Une cour intérieure avec table et coin fumeur et enfin le garage avec l’ambulance BLS,  l’ALS et la pédiatrique. C’est précisément avec celle-ci que je vais rouler pour cette première journée.

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Voici le docteur Krivascy, c’est lui le pédiatre du jour. Il est aussi chef de service des urgences pédiatrique d’un des nombreux hôpitaux de la ville. C’est un homme calme, souriant et attentionné. Il sera du reste comme ça durant les interventions. Avec nous il y a un paramedic avancé et le pilote. Je fais le tour de l’ambulance, fort bien agencée, avec tout le matériel ALS et la pharmacie.

La différence entre le paramedic et le médecin, c’est que le médecin est totalement autonome dans ses prises de décisions, notamment pour ce qui est de la médicamentation. L’ambulance est équipée de radio mais l’équipage n’en ont pas sur eux. Ils sont prévenus soit par un téléphone portable de garde soit par leur tablette de télétransmission, qui sert aussi de tablette-fiche bilan (une par véhicule). C’est le 104 qui donne les missions qu’elles soit primaires ou secondaires. En effet, toutes ces ambulances peuvent être appelées pour ces deux types de missions.

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Notre première mission est primaire : enfant de 2ans pour un malaise fébrile. A notre arrivée, une équipe ALS est déjà sur place. C’est elle qui a demandé le renfort de l’équipe pédiatrique. L’enfant est stable, Glasgow 15 et a déjà reçu de l’ibuprofène. Au moment de repartir, l’enfant se remet à convulser. Il faut donc mettre en place une voie veineuse afin de stabiliser l’état de la fillette. Mais la crise durant, la décision est prise de l’évacuer vers l’hôpital. C’est d’ailleurs dans le service du médecin que nous l’emmènerons. Le bilan a été passé par téléphone mais la tablette, connectée au Cloud, aura aussi transmis toutes les données.

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Dans la journée, nous ferons 3 primaires et un secondaire. Celle décrite ci-dessus, un nouveau-né inconscient et une crise d’angoisse d’une adolescente dans un collègue. Pas de médicament ni d’ECG pour cette jeune fille, juste un petit quart d’heure de dialogue, rassurant.

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Et c’est là que je veux en venir : A priori, pour un Français, soignant ou non, nous pourrions croire que cette unité est l’équivalent de nos SMUR. Nous adorons comparer en France…. Alors certes, il y a 3 personnes dans une ambulance dont un médecin. Mais la grande différence tient dans ce fait : chacun des trois membres d’équipage est AMBULANCIER. Je veux dire par là, et ils le revendiquent :ils sont employés par la compagnie d’ambulances et ne sont pas affecté exclusivement aux soins avancés.

Ils peuvent intervenir sur n’importe quelle type de mission, comme l’ambulance ALS dont nous parlerons bientôt. La « bobologie », le BLS fait aussi parti de leur quotidien et ils aiment autant ça que le soin critique. Ils vivent et mangent dans cette ambulance qui est leur domaine, pour ne pas dire leur royaume. En dehors, beaucoup ont un 2ème travail (les salaires sont très bas en Hongrie, même pour les médecins) mais qui n’ont pas de rapport avec leur contrat au sein de l’OMSZ.

emergency medical service hongrie régulation médicale

Je passais donc une longue journée avec cet équipage extraordinaire de bienveillance. Nous échangeâmes énormément sur nos deux systèmes et toujours ce même étonnement au récit de mon quotidien d’ambulancier français. « Quoi ? Pas de médicament ? Pas d’ECG ? Pas d’intraosseuse ? Pas d’auscultation…. ? »

En fait je crois que je devrais arrêter de raconter mon quotidien, le quotidien du secours français, par lassitude de la honte que celui-ci génère…

J’ai eu la chance, et l’immense privilège d’être reçu durant ce séjour, par le docteur Gàbor Csato. Cet homme de terrain, médecin anesthésiste est à la tête de l’OMSZ, le service national des ambulances. Il m’a offert beaucoup de son temps pour répondre à mes questions et m’a proposé son aide pour essayer de faire évoluer notre système archaïque. Rendez-vous est pris pour l’avenir.

Les autres jours, je serais avec l’équipe ALS. Une ambulance en soins avancés. Je suis avec Robert, Adàm et Dàvid. Une équipe jeune et très sympathique. Ils parlent un peu anglais, nous pourrons donc communiquer sans trop de problème mais Google traduction nous viendra souvent en aide.

Cela dit, comme à chacun de mes voyages, le langage de l’ambulance est international ! Un patient est un patient, le matériel est grosso modo le même (Stryker, Laerdal, Zoll…) et surtout les médicaments ont pour la plupart le même nom. Et puis, le savoir-faire, la méthode et le quotidien est le même : nous faisons le même job, quel que soit notre niveau de formation.

emergency medical service hongrie et bastien bodecot ambulancier français

Cette équipe ALS est en théorie dédiée aux urgences vitales. Mais bien sûr, comme partout, nous avons notre lot d’urgences relatives. Il faut savoir que l’EMS de Hongrie a une politique d’envoi quasi systématique d’ambulances, ce qui est fort couteux. A l’heure où notre régulation médicale est remise en cause, on peut juger ici qu’elle est indispensable en terme d’efficacité mais aussi d’économie.

De ce fait, les ambulances en Hongrie sont pas mal occupées. D’autant plus qu’ils sont très loin du « scoop and run » et n’hésite pas à passer le temps nécessaire à la prise en charge (peut-être un peu trop à mon goût de petit français).

Nous sommes appelés dans un quartier de la ville ou vivent quelques sans domicile fixe pour une détresse respiratoire. Une femme d’environ 50 ans, SDF donc, vit dans une minuscule caravane totalement délabrée. Elle nous attend dehors et monte elle-même dans l’ambulance. Elle a tous les signes de la dyspnée, l’attitude, la coloration et les bruits. Elle n’a pas d’ordonnance sur elle et n’est pas trop capable de nous expliquer ses antécédents.

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Sûrement en incurie, elle est fumeuse et en obésité. Nous pensons de suite à une aggravation de BPCO. L’auscultation pulmonaire est significative : pas mal de sibilants. Dàvid décide donc, sans attendre, de la mettre sous masque à nébulisation pour délivrer un bronchodilatateur. L’ECG n’est pas très bon et la nébulisation sans trop d’effet. La deuxième auscultation révèle des crépitants en base droite. Le paramedic en soins avancés commence à suspecter un problème cardiaque.

Son assistant prodigue les soins, ils se concertent et me demande mon avis, tout en communiquant beaucoup avec la patiente. Ils administrent de la Nitroglycérine, nom international pour la Trinitrine, le fameux Natispray. Une deuxième tournée d’Atrovent en inhalation. Les sibilants s’estompent mais les crépitants sont toujours présent et la patiente, plutôt communicante au début, souriante même, commence à montrer des signes de fatigue. Mais nous restons sur place.

L’interrogatoire est très complet, Dàvid note tout sur sa tablette et Adàm surveille les moniteurs. La pression artérielle fait le yoyo, elle descend un peu (ce qui est normal avec la Nitro). Au bout de presque une heure, le bilan est passé au service d’urgence qui va recevoir cette dame. En effet, c’est l’équipage qui choisit en fonction de la pathologie et de la situation géographique, la destination finale.

Si vraiment l’équipage a besoin d’une aide ou d’un conseil, ils peuvent appeler le 104 où un médecin leur donnera la marche à suivre. Mais c’est assez rare. Il y a aussi, nous l’avons vu plus haut, des véhicules légers d’intervention rapide avec un médecin (ou un paramedic avancé) sont aussi susceptibles d’être envoyé en renfort.

Cette dame arrivera en salle de déchoquage avec un léger mieux mais très fatiguée. Il va sans dire que je ne porte aucun jugement négatif sur cette prise en charge et j’invite le lecteur à faire de même. La barrière de la langue ne m’a pas permis de tout comprendre et je fais une confiance absolue en mes 3 équipiers du jour sur leur méthode pour traiter ce cas, que je vous livre de mémoire.

Entre chaque intervention, nous nous arrêtons acheter à manger ou à boire ou bien nous revenons à la station pour un moment de détente. Il suffit juste de signaler par radio au centre d’appel 104 la disponibilité. Une fois de plus, cette liberté est appréciable.

Emergency Medical Service Hongrie - pharmacopée

Cette expérience dans un pays Européen me conforte dans l’idée que notre pays à de nombreux efforts à faire. Comme partout où je suis passé, l’ambulance est un vrai métier et les ambulanciers de vrais professionnels de santé et d’urgence. Il n’y a pas 36 intervenants mais un seul : l’ambulancier !

Les relations avec les autres services, pompiers et police sont excellentes et constituent une vraie famille. Chacun se connaît, chacun connaît le travail de l’autre et il n’y a pas de compétition ou de jalousie. On regarde dans la même direction : celle du citoyen en détresse.

Le niveau de compétence en Hongrie est très élevé comme vous avez pu le voir. Il est similaire, à mes yeux, à celui de la Pologne ou de l’Angleterre. Pour un « petit » pays qui a beaucoup souffert d’un régime politique très rude, ce service national d’ambulance est exemplaire.

Merci au Docteur Csato, au docteur Krivascy, à Màrton, Laszlo, Georgina, Dàvid, Adàm, Robert et les autres….

ambulance pédiatrique emergency medical services hongrie et bastien bodecot ambulancier français
IMG 6070 1 L' Ambulancier : le site de référence L'Emergency Medical Service de Hongrie
IMG 6032 L' Ambulancier : le site de référence L'Emergency Medical Service de Hongrie

Le musée de l’Emergency Medical Service de Hongrie en images

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 köszönöm a mentősöknek !

 Photographies et informations : https://www.mentok.hu/en/

 Arrêtes de te prendre pour un médecin

 Arrêtes de te prendre pour un médecin

« Arrêtes de te prendre pour un médecin »

Mon Dieu, cette phrase arrêtes de te prendre pour un médecin, combien de fois je l’ai entendu ou lu. Entendu, pour moi ou certains de mes collègues. Lu, souvent, sur les réseaux sociaux. Cette phrase, peut-être anodine, me choque pourtant énormément.Cette phrase est souvent, d’ailleurs, suivie du tout autant insupportable :

« On n’est QUE ambulancier »…

Allez, attardons-nous sur ce « QUE. Pourquoi « QUE » ?  Pourquoi se réduire à ce que l’on est. Notre métier, celui qu’on a choisi et pour lequel on s’est battu des mois pour y entrer, pour financer ses études, pour obtenir son diplôme, pour trouver un emploi est-il si honteux pour lui administrer ce terrible et tellement réducteur « QUE » ? Soyons fier, assumons.

Le manque de reconnaissance

Je n’ai encore jamais, je crois, rencontré un seul ambulancier ne se plaignant pas de ce terrible et réel manque de reconnaissance. On souffre tous du regard des autres corporations sur nous. Chauffeurs, livreurs, brancardiers, taxis, squatteur de machine à café…. Voilà ce que l’on dit de nous.

On se cache, on ne donne pas son avis, on ose à peine arborer une tenue vestimentaire qui ressemble à quelque chose. Nos ambulances sont blanche, il faut en mettre le moins possible dessus, que ça ne brille pas trop, que ça ne clignote pas trop. On ne s’impose pas, on ne nous voit pas dans les journaux, à la télé, pour autre chose que du négatif, de l’arnaque à la sécu. Et on ne fait rien. On reste entre nous, bien caché dans nos entreprises, la porte bien fermée, bien à l’abri sur les réseaux sociaux, derrière nos selfies « oreilles de chien », à se souhaiter bonne garde ou bon week-end, en attendant de changer de métier….

Certains ont essayé de nous vendre du rêve à grand coups d’annonce : demain, vous serez paramédics, demain, vous serez payé double, demain, monsieur le ministre vous saluera. Au lieu de nous tirer vers le haut, on nous a fait plonger encore plus profond.  Heureusement, le temps les a fait taire. Mais je m’égare.

Pourquoi se cacher, ambulancier c’est honteux ?

Alors, bon, donc, pourquoi se cacher derrière ce « QUE », pourquoi courber l’échine, pourquoi ramper, plier devant une IDE, une AS, un doc ou un chirurgien. Pourquoi ne pas juste dire, fièrement : « Je suis ambulancier, votre collègue, avec le même but que vous : soigner ! »

Sans soldats dans les tranchées, un général n’est rien et la guerre est perdue ! Mais revenons à notre phrase-titre : « Arrête de te prendre pour un médecin »

 Ambulancier : passion, curiosité et implication

Je me souviens d’un collègue que tout le monde montrait du doigt. « Il se prend pour un médecin, on l’appelle le professeur »…. On se moque gentiment de lui, je me prends au jeu et moi aussi je l’appelle « professeur », bêtement. Et puis, au fil des mois de collaboration avec ce garçon, je me rend compte qu’en fait c’est un passionné, un gars qui aime ce qu’il fait et qui est curieux de tout. Il lit, il apprend, il questionne. Il ne se contente pas de « livrer des vieux », il a envie d’avoir sa place dans la chaîne de soins, fièrement, avec le bagage qui va avec.

Ou un autre collègue qui avait aussi cette réputation de « médecin » et qui en fait, après avoir pris le temps de le connaître, avait juste un parcours différent, un vécu différent et surtout des acquis différents de la plus part de ses collègues. Et puis, toujours cette passion, cette envie de bien faire, se désir de reconnaissance, légitime, et ce pouvoir de se donner les moyens de l’avoir, un peu au moins, cette sacrée reconnaissance.

Alors oui, ces gens-là, ces collègues, portent des Magnum aux pieds, essayent d’avoir une tenue impeccable, et surtout (Ô crime suprême) utilisent LE code commun. Pire : ils osent prendre parfois le stéthoscope pour prendre une tension manuelle. Les fous ! Parfois, ils s’offusquent de voir des choses qu’ils ne devraient pas voir et se permettent de le dire ou de l’écrire. Les crétins !

Certains même vont faire des formations qui ne sont pas obligatoires, sur leur vacances, avec leurs propres deniers. Les malades !

Les chefs d’entreprises investis : l’insulte suprême

Et le summum : ce sont ces quelques chefs d’entreprise qui osent les véhicules ou les tenues « à l’américaine », avec le matériel et les formations qui vont avec. Ils ne sont qu’une poignée pour l’instant, mais il semblerait qu’ils commencent à se reproduire. Ceux-là aussi sont montrés du doigt. « Inutile, prétentieux, ridicule, bling-bling, trop cher, pas fait pour nous »… Les adjectifs ne manquent pas lorsque je montre fièrement à mes collègues, qui ne sont QUE ambulanciers ,donc, les photos d’une célèbre entreprise Nantaise ou les vidéos d’une non moins célèbre marque de télémédecine Bordelaise voire encore le matériel présent à Secours Expo.

« Commençons déjà par nous prendre pour des ambulanciers »

« Commençons déjà par nous prendre pour des ambulanciers »

Être ambulancier, c’est un vrai métier, complexe, complet, rigoureux et ingrat. Il faut être soignant, pilote, secrétaire, mécano, éducateur, formateur… tout ça dans le respect du patient, avec un code de déontologie qui, malgré le fait qu’il ne soit pas vraiment écrit, est très riche et contraignant. On nous tape dessus à longueur de journée, ne nous tapons pas nous même dessus. Au contraire : protégeons ceux qui se donnent du mal, ceux qui y croit encore, ceux qui veulent avancer. Ceux qui veulent être, tout simplement.

2365 L' Ambulancier : le site de référence  Arrêtes de te prendre pour un médecin

Ergon, le scoop amélioré pour les ambulanciers

Ergon, le scoop amélioré pour les ambulanciers

Aujourd’hui, nous vous présentons un nouveau brancard cuillère (scoop) pour les ambulanciers fabriqué par Mebert, en Italie : le Ergon. Le matériel est vendu en France par la société SCHILLERwww.mediprostore.com Nous l’avons découvert au salon secours expo de Paris.

Une cuillère repensée

Une cuillère totalement repensée, sachant que, dans les nouvelles recommandations, le scoop est largement préféré au plan dur. Tout d’abord, il faut avouer que son look est beaucoup plus sympathique que le vieux cuillère en aluminium que certains prenait pour une échelle rangée au fond de l’ambulance. Il est aussi très ergonomique, son touché et très agréable grâce à une matière plastique douce, il propose 14 points d’accroche.

Radiocompatible, résistant aux variations de température et aux produits ignifuge et il est bien sûr compatible avec tous les systèmes de maintien : araignée, cale tête etc

Les grands changements

Les deux grands changements de ce brancard sont tout d’abord : Un maintien beaucoup plus efficace pour le rachis, la tête et les jambes. Nous voyons que l’espace entre les aubes est beaucoup plus réduit, ce qui est beaucoup mieux pour le confort du patient comme pour le maintien de l’axe de la colonne.

La deuxième innovation majeur, qui va changer la pratique des secouristes, c’est une zone de blocage des centres en 2 points, le flexilock (voir photo) qui en fait une civière à géométrie variable.

Cela permet de faire face a la plus part des situations de secours difficile à cause de la configuration du terrain ou encore de résoudre les problèmes liés au secours en milieu confiné ou hostile. Ainsi, on peut facilement déplacer un patient même en cas de rotation partielle. (bord de trottoir par exemple)

Nous avons tous connu cette galère de ne pas pouvoir clipser tête et pieds en même temps. Cette double accroche permet de faciliter cette action. Il réduit aussi le risque d’ouverture accidentel.

Notons aussi l’apparition de œillets pour la fixation d’un dispositif de type araignée. La plupart des scoop sont prévues pour 170 kg, celui-ci peut soutenir jusqu’à 260 kg.

Il peut être livré avec un immobilisateur de tête universelle, plus souple et plus efficace que le cale tête en mousse avec velcros que nous connaissons déjà ( voir photo ) Il propose aussi un immobilisateurs de tête adaptable un casque de moto en cas d’impossibilité de retrait. Il existe aussi en taille pédiatrique.

Pour conclure

En bref, nous avons été totalement séduit par ce nouveau produit, vraiment étudié pour le confort du patient mais aussi pour le confort de l’ambulancier. Il permet de se débarrasser définitivement du plan dur, ou plutôt de le remplacer, sachant que beaucoup (trop) de chefs d’entreprise ambulancier n’en mettent pas à disposition de leurs personnels sous prétexte que celui-ci n’est hélas pas obligatoire dans les listes de matériel.

Tout benef’ pour nos patients et nous !

http://www.meber.it/website/search.aspx?srch=ergon

L’urgence au Japon, un système en pleine évolution

L’urgence au Japon, un système en pleine évolution

L’urgence au japon : système de soins et de secours

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Le Japon est un pays riche, très développé et très moderne. Malgré les conflits passés avec les USA, ce pays s’est « occidentalisé », au point d’être devenu une figure mondiale du capitalisme. Mais, grand paradoxe, ce pays garde jalousement et précieusement ses traditions. C’est aussi un pays tristement habitués aux catastrophes, naturelles ou non. De ces deux constats, nous pourrions croire que l’EMS (Emergency Medical Services) est à la pointe de ce qu’il se fait en matière d’UPH (Urgence ré Hopitalière) à l’international, à l’image des pays Anglo-Saxon. Ce n’est pourtant pas le cas, ou du moins, pas encore.

Le système de soins et de secours japonais

Ma volonté de faire ces recherches sur le système Japonnais, outre le fait que c’est un pays que je connais bien pour y être allé de nombreuses fois, tient d’une discussion avec une infirmière de l’armée Coréenne, rencontré au salon international des EMS, à Nashville, USA. (Ne perdons pas à l’esprit, à la lecture de cet article, que la Corée possède un système identique à celui du Japon, tant dans sa pratique que dans son évolution). En deux mot, cet officier m’explique que les ambulanciers sont en voie de développement depuis une 15ène d’années. Cela suffit à ouvrir ma curiosité, toujours en recherche de chemins à suivre pour notre pauvre pays ou l’UPH est une catastrophe.

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Les chiffres

Quelques chiffres pour l’année 2017 :Nombre d’habitants au Japon : 126,8 millions

  • Nombre d’ambulances : 25972
  • Nombre d’ambulanciers « certifiés » : 35775
  • Nombre d’interventions : 6 342 096 (avec une augmentation de 20% en 10ans, due au vieillissement de la population)
  • Temps moyen d’arrivée sur les lieux à Tokyo : 7 minutes et 54 secondes
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En 2014, seulement 8,9% des interventions sont classées en urgences absolue et 49,9% étaient des évacuations injustifiés.

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L’histoire

Les premières ambulances firent leur apparitions en 1931, dans la ville d’Osaka, par l’antenne de la Croix Rouge Japonaise. Petit à petit, les ambulances se généralisent, dans les services d’incendies, jusqu’à une obligation en 1963. Depuis, 100% des ambulances civiles sont rattachés aux Fire department. Ce n’est qu’en 1991, face au manque cruel de formations et surtout de résultats, que le ministère de la santé crée une loi encadrant la certification des ambulanciers. Ces ambulanciers sont avant tout des pompiers qui font « office de… », sans être pour autant des EMT (Emergency Medical Technician). Il n’est donc pas (encore) question de paramédicalisation mais de secourisme simple, type BLS (Basic life support). Comme chez nous, en sommes…

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Une loi qui bloque

Bien sur, depuis longtemps, les autorités savent qu ‘il faut que les ambulanciers évoluent. De 1991 à 2001, ces derniers n’avaient même pas le droit d’utiliser un défibrillateur ou un masque à oxygène. De nombreuses tentatives d’évolutions à la législation restèrent sans lendemain. Une seule raison à cela : la loi de 1948 relative aux médecins praticiens, qui limitent exclusivement les médecins qualifiés à être les seules personnes capables d’effectuer des interventions médicales et les infirmières aux injections.

Le système de soins et de secours japonais

En 2001, la haute autorités de santé déclare : « Il est temps de donner à tous les ambulanciers une formation de calibre mondial ». Lenteur administrative, peur du changement et sûrement, surtout, corporatisme médical… Nous connaissons cela par cœur, en France. A ce jour, cette loi de 1948 bloque encore pas mal dans l’évolution et certain médecins référents obligent encore les ambulanciers à demander l’autorisation pour une intubation ou une administration adrénaline.

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L’évolution du système d’urgence au Japon

Il faudra attendre le 1er avril 2003 pour que, à Tokyo, des ambulanciers commencent à se former à l’utilisation du défibrillateur et 2006 pour l’utilisation de l’Epinephrine (uniquement sur l’arrêt cardiaque avéré) ou plus récemment le Glucose par IV (intra-veineuse) ou ligne veineuse (perfusion). Au fil des années, les gestes et la formation s’élargissent. L’intubation, par exemple, (uniquement sur l’ACR) fait son apparition timide. Les attentats de Londres en juillet 2005 sont passé au crible par les autorités de santé Japonaise. Il apparaît clairement que les ambulanciers Londoniens ont sauvé énormément de vies grâce à leur formation et à leur prérogatives. Le gouvernement Nippon va donc passer à la vitesse supérieur. Du moins, en théorie !

urgence au japon - un système en pleine évolution

Urgence au japon : professionnalisation et ELT

Plus question d’être pompier le matin et ambulancier l’après midi. On propose aux anciens (plus de 5 ans d’exercice) une formation de 500 heures et aux nouveaux, post-bac, une de 2000 heures dont 400 heures de stage en service d’urgence hospitalier. Le statut d’ ELT (Emergency life-saving technician ou technicien en sauvetage d’urgence) est créé. Un statut de technicien adjoint est proposé aux volontaires, parmi les pompiers, en échange d’une formation de 250 heures.La remise à niveau des ELT et des adjoints a lieu tout les ans. Des formations complémentaires sont proposés et l’émergence des formations anglo-saxonnes de la NAEMT commence à se faire. A l’heure de mon enquête (décembre 2018), 1192 ELT ont suivi l’AMLS, 253 la PHTLS et 153 à la GEMS.

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L’équipage, les véhicules

La loi impose un équipage de trois, voir quatre personnes, dont au moins un ELT dans chaque ambulance. Les ambulances sont toutes identiques dans le pays (Toyota Himedic ou Nissan Paramedic) et équipées plus ou moins comme une ASSU française. En revanche, la place est assez réduite. Impossible de tenir debout, par exemple.Bien souvent, comme aux USA, un ou plusieurs véhicules pompier et/ou police sont envoyé en première intention, dans l’attente de l’ambulance. Dans chacun de ces véhicules se trouve un défibrillateur.

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Il existe, à l’image des USA, des véhicules d’intervention rapides, réservés aux médecins. Mais ces derniers ne sont utilisés presque uniquement pour les catastrophes de grande ampleur (NoVi). Comme en Amérique, le médecin reste à l’hôpital et se déplace très peu. On en trouve aussi dans les médi-coptère. Ces appareils sont utilisés pour les NoVi mais aussi, comme chez nous, pour les urgences vitales et les transferts secondaires. Dans ces hélico : un pilote et un co pilote, un médecin et une infirmière. Ils ne dépendent pas des pompiers mais des hôpitaux et/ou de la force d’autodéfense (armée, sécurité civile) qui possède aussi des ambulances terrestres dédiées uniquement aux plan NoVi. (DMAT : Disaster Medical Assitance Team)

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Cela dit, le gouvernement, depuis quelques années, cherche à réduire les coûts des services d’incendies (2000 milliards de Yen par an, soit environ 18,5 milliards d’euros) et étudie des pistes comme la facturation des transports non urgents ou abusifs et l’ouverture de l’EMS à des entreprises privés. Depuis quelques années, la télémédecine fait son apparition et est à l’étude pour les ambulances. C’est surtout dans les endroits reculés (les Îles surtout, le Japon en compte de nombreuses, petites et éloignées du continent) que la télémédecine est utilisée.

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Le transport sanitaire et les ambulances

Les transports sanitaires sont assurés par des véhicules simples types taxi, TPMR, ou même transport en commun. Les mutuelles (rares et chers) ont aussi des véhicules type ambulances petit volume ou VSL à dispositions de leurs clients. Les grandes entreprises disposent également de ce type de service, réservés bien sur à leurs salariés. D’une façon générale, ces transports ne sont pas très connus donc assez peu utilisé. La plus part du temps ce sont les familles qui assurent le transport de leur malade. Dans tout ces véhicules, pas d’ELT mais de simple chauffeurs.

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L’urgence au japon : Le centre d’appel

Il existe trois numéros : le 119 pour le feu et le médical, le 110 pour la police et le 118 pour la garde côtière. A la campagne, il arrive que ces trois numéros soit regroupés dans un seul centre d’appel. La ville de Tokyo reçoit en moyenne 450 appel/ jour avec un record à 2800. 75% des appels concerne le médical. Des médecins sont présent sur ces plate formes pour du conseils médical aux patients ou pour orienter les ambulanciers sur des conduites à tenir.

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Un code couleur à la réception de l’appel oriente les répondants sur la nature de l’appel :

  • Vert : médical
  • Rouge : feu
  • Orange : sauvetage
  • Blanc : tout autre incident

Des campagnes publicitaires contre l’abus de l’utilisation des numéros d’urgences ont lieu car de plus en plus de personne appel pour éviter de se rendre à l’hôpital à pied ou à avoir à payer un taxi.

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En résumé

Le Japon, il y a moins de 20 ans, était au niveau de la France pour le pré-hospitalier, le SMUR en moins. Les pompiers assuraient seuls, avec une formation quasi nulle et sans produits ou matériels de résuscitation. Le gouvernement, poussé par l’opinion publique et les professionnels de santé, à décidé de créer un vrai statut d’ambulancier, technicien d’urgence, paramédical, à l’image de nombreux pays, se basant sur l’Angleterre et les USA. Malgré des lois donnant l’exclusivité du soins aux médecins, ce pays avance à grand pas, dans l’intérêt du patient. Aujourd’hui, les casernes abritent des techniciens pompiers et leurs véhicules rouges et des techniciens ambulanciers dans des véhicules blancs. Simplement. Efficacement.

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Merci à Nao, ELT à Nagoya, préfecture d’Aichi, Tom, ELT à Takamatsu, préfecture de Kagawa et à Shim de la Kansai University of international studies

Les prénoms ont été changé. En effet, il est coutume, pour le service public comme pour les grandes entreprises, de ne pas révéler un certains nombres de « secrets ». Il m’a été très difficile de trouver ces renseignements et j’ai du faire un nombre de promesses et surtout prouver mes bonnes intentions. Les visages ont été floutés sur les photos car l’utilisation des images sans autorisation est sévèrement punie par la loi. Un travail de longue haleine !

EMS WORLD expo 2018, Nashville, Tennessee, USA

EMS WORLD expo 2018, Nashville, Tennessee, USA

Le salon international des « Emergency Medical Services » : EMS World Expo 2018

ems world expo 2018

Pour la 30ème année consécutive se tenait le salon international des EMS. Les plus grands spécialistes de l’urgence pré-hospitalière du monde entier y sont chaque année présent et proposent des centaines de conférences, d’ateliers, de cours et de débats. C’est « The place to be ». J’y suis donc allé. Tout commence par une réception de la NAEMT (National Association of Emergency Medical Technicians), association internationale de référence, où sont représentés plus de 50 pays.

ems world expo 2018

Les conférences

J’ai eu la chance de participer à plusieurs conférences. Une fois de plus, je suis épaté par l’enthousiasme des intervenants comme de l’auditoire. On rit, on applaudit, on donne et on prend la parole. Il y en a pour tous les niveaux : du simple secouriste (BLS) aux chefs, aux médecins aussi. Matériel, médicaments, techniques, anatomie, lois, fiche de paye, informations, naissance, mort… Il y en a pour tout le monde. Difficile de faire un choix parmi tout ça. J’ai eu la chance d’être invité à intervenir lors d’un « prehospital care research forum » dans le cadre de  l ‘« international scientific EMS symposium ».

ems world expo 2018


Présenter le système français

J’ai pu présenter le système de secours Français, la place de l’ambulancier, du smur, des pompiers et des associations type Croix-Rouge. Sans porter de jugement, je puis juste dire que l’assemblé fût interpellé par ma narration.

Comme à chaque fois, les questions sont simples et sans concession : « Mais comment faites-vous sans médicaments », « vos délais doivent être terriblement long », « pourquoi vos formations sont si courtes », « pourquoi envoyer un médecin et une infirmière sur le terrain », « comment faites-vous sans auscultation pulmonaire » ou encore « Quoi ???? Vous ne savez pas lire un ECG… ». J’en passe et des pires.

Ces questions, je les entends depuis 4 ans que je rencontre nos collègues d’outre atlantique. Difficile d’y répondre.   Il y eu aussi la conférence de Ken Bouvier, chef de l’EMS de New Orléans, qui fut très marquante par l’humour et le professionnalisme de ce grand homme qui, outre le fait de m’avoir accueilli l’an dernier, fut l’homme qui inventa le collier cervical Stifneck, le plus utilisé de nos jours.

Débriefing

Enfin, moment très marquant, l’honneur d’assister au débriefing, 1 an après, de la tuerie de masse de Las Vegas, qui fit 58 morts et au moins 527 blessés. Après le « minute par minute » de cette sanglante soirée, vidéos embarquées à l’appui, ce fut le témoignage des primo-intervenants et l’organisation des secours (66 ambulances sur les lieux).

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Les ateliers

Organisé par l’ « American College of Surgeons », j’ai pu participer à un workshop (conférence puis atelier) dirigé par le docteur L. Paladino, Directeur médical et instructeur de médecine tactique militaire. Mais aussi A. Bershad, détective de l’unité d’élite (SWAT) de la police de New York; instructeur principal en secours médical tactique, sur le contrôle des hémorragies en plaies pénétrantes. Un excellent complément aux cours PHTLS que j’ai suivi le mois dernier, donnés par des hommes de terrain.

ems world expo 2018
ems world expo 2018

Dans la logique, l’atelier suivant, animé par M. Wright, président de la Southeast Tactical LCC, chef Paramédic dans l’unité d’intervention spéciale de la  police de Milwaukee, à pour thème « le triage, le soins et l’évacuation lors d’une tuerie de masse ». Une formation musclée, terriblement prenante mais tellement indispensable.

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L’exposition

Merci de prévoir beauuuuucoup de temps pour tout voir.

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En trois jours, je n’ai eu le temps que de visiter ¾ de cet immense hall et de ces 360 stands. C’est dommage car il y a tant à voir, d’innovation à tester, de personnes avec qui discuter et d’échanges à avoir.

Allez, un exemple : Voici la sucette de nébulisation :

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Le principe est simple : branchez sur l’O², injectez votre médicament dans le réservoir sous la sucette, et donner à l’enfant. Il va sucer le bonbon (qui est neutre et sans sucre) et donc, par l’effet de succion, inspirer le médicament. Fini les drames et les pleurs. A noter les tonnes de cadeaux que vous recevez à chaque stand : stylo, casquettes, tee-shirt, lampe… Des kilos de cadeaux !

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Voilà, à dans 2 ans, à Las Vegas et en attendant, rendez-vous à Paris pour secours expo !

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EMS Nashville, l’immersion d’un ambulancier français

EMS Nashville, l’immersion d’un ambulancier français

EMS Nashville : le stage

L’EMS World expo proposait à quelques privilégiés la possibilité de passer une garde avec l’EMS de Nashville. J’ai pu le faire. J’ai déjà beaucoup parlé dans les articles précédents de nos collègues ambulanciers. Que dire sur le NFD, quelles différences avec les autres? Tout d’abord leurs hallucinantes ambulances, sûrement les plus grosses que j’ai vu.

Comme à Chicago, l’EMS dépend du Fire Department. Une trentaine de casernes dans toute la ville, une ambulance par caserne, et toujours un EMT ou un médic, voir 2 médics. Ici, une fois n’est pas coutume, c’est le Chief qui prend les décisions importantes. J’ai senti un peu moins de pouvoir de décision chez ces collègues là.

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Par exemple : nous intervenons pour une jeune femme retardée mentale qui visiblement, fait une crise d’angoisse devant chez elle. Elle est avec tous ses amis, c’est la veille d’Halloween. Les pompiers sont déjà là et ont déjà pris les constantes. Elle va bien, elle a peur de nous et préfère rester avec sa famille. L’ambulancier passe son bilan par radio au Chief qui décidera de la laisser sur place.

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Et sinon, toujours, la passion et l’enthousiasme. Je sais, je me répète.

La visite

Enfin, j’ai eu l’occasion de visiter le Vanderbilt Trauma Center de Nashville, ses urgences et son célèbre service héliporté. 16 hélicoptères se partagent l’état du Tennessee (110000Km², 6,5 millions d’habitants).

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Les urgences, ça tombait bien, j’y étais la veille, lors de mon stage avec les ambulanciers. J’ai donc pu apprécier la visite d’une salle de déchoquage, sachant que je l’avais utilisée « en vrai » quelques heures plus tard. Voici l’histoire : Nous emmenons une femme, victime d’une agression au couteau, présentant une large plaie linéaire, profonde, région lombaire, et plusieurs petites plaies pénétrantes, région dorsale. La voie veineuse est posée dans l’ambulance, le bilan passé par radio au médecin référent des urgences, nous sommes attendus. Sans passer par l’IAO, nous fonçons au déchoc’.

Un tableau figé

Là, un tableau figé nous attend dans un silence presque religieux. De mémoire, une dizaine de personnes. Tous habillés : gants, charlottes, masques, lunettes. Ils se tiennent tous autour du lit, mains en l’air, façon bloc op’. Nous transférons notre victime. Mon collègue me fais signe de venir me positionner sur une croix de vie bleue, peinte au sol.

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Je sens dans son geste qu’il faut que je m’exécute promptement. Il se tient à mes côtés, tablette à la main, et se met à réciter notre prise en charge : heure d’appel, d’arrivée sur les lieux, circonstances, traitements, antécédents, heures d’arrivée aux CH…. bref, un bilan plus que complet.Durant cet exposé, très scolaire, le silence de cathédrale est toujours de mise. Il semble que même la patiente n’ose plus gémir de douleur. L’ambulancier termine. Une femme derrière un ordinateur sur pied à tout noté.

La place de chacun

Je remarque un grand écran qui projette la scène, filmé sous plusieurs angles, dont un 380° au plafond ainsi qu’un immense chronomètre qui c’est déclenché au moment de notre entrée dans la salle . Il y a aussi un plan au mur qui rappel la place de chacun.

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Une jeune femme se tient aux pieds de la blessée. Je comprends que c’est le médecin « chef ». Elle brise le silence en demandant à l’ensemble : « avec vous des questions ? [pour l’ambulancier] ». Le chœur répond non, elle salue de la tête mon collègue qui m’invite à me positionner sur une autre case au sol, marquée « observateur ».

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Un autre médecin, titulaire sûrement, commence une inspection « tête aux pieds » de la patiente, décrivant à haute voix ce qu’il constate. Chacun observe, en silence. Les infirmières (il n’y a pas d’aide-soignante aux USA) déshabillent, nettoient et « scopent ». Il est temps pour moi de laisser les gens travailler.

EMS Nashville - immersion d'un ambulancier français

Je m’étonne de cette discipline militaire, mon collègue me rétorque que sans cet ordre et cette discipline, des erreurs et des oublis pourraient être fatals. Je crois bien qu’il a raison. Çà me laisse rêveur.

Dans le prochain et dernière article, je vous raconterais ma participation à L’EMS World Expo 2018, salon international du secours pré-hospitalier.

Immersion au Fire Departement de Chicago – EMS

Immersion au Fire Departement de Chicago – EMS

6h30, arrivée au Fire Département de Chicago

L’an dernier, j’ai eu la chance de passer quelques gardes au sein de l’EMS de New Orleans, un peu en dilettante, par le biais de multiples coups de chance. Cette année, c’est dans un cadre de formation que je me suis rendu à l’EMS Fire Departement de Chicago. Je dois faire 70 heures, j’en ferai beaucoup plus.

C’est grâce à madame Farrell, responsable de l’académie du Chicago Fire Department et Monsieur Canby, responsable du centre de formation, que je me présente le 23 octobre à la caserne 126, Kingston Avenue. Je suis accueilli par le capitaine, responsable du Truck. Il est 6h30, tout le monde est au café, le changement de garde approche, à 7 heures.

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

7h première intervention

C’est une très petite caserne, très ancienne. On rentre directement dans le garage où se tiennent les 3 camions, dont l’ambulance 50 dans laquelle je vais passer deux fois 14 heures de garde. On me présente à Queen, une Paramédic senior et Mark, son collègue. Queen m’offre un café et Mark me fait faire le tour de l’ambulance. Quelques minutes après 7 heures, ce sera la première intervention : SDF inconscient sur la voie publique…

Un rythme soutenu

Puis, les interventions vont s’enchaîner, le rythme est soutenu. Nous allons dans plusieurs services d’urgences du quartier. La destination est choisie par l’ambulancier lui-même. A chaque fois, je suis épaté par la propreté des services d’urgences.

Même si les bâtiments sont vieux, les intérieurs sont nickel. J’ai dû faire une douzaine de SAU dans plusieurs États (Louisiane, Texas, Arizona, Tennessee et Illinois) et à chaque fois, je remarque qu’il n’y a pas une tâche, pas un papier qui traîne, pas une odeur non plus….

Le calme y règne. On se parle à voix basse mais on se parle. Difficile de dire qui est l’infirmière, qui est l’interne, qui est le médecin. Tout le monde vous salue, tout le monde a un mot gentil et surtout : tout le monde vous écoute !

fire departement de chicago - immersion d'un ambulancier français

Mon ressenti

Je n’ai pas envie de détailler chaque jour, chaque intervention comme j’ai pu le faire l’an dernier lors de mon article sur mon stage à la Nouvelle Orléans. J’ai plus envie de parler de mon ressenti : C’est difficile mais j’essaie de ne pas idéaliser ce que j’ai vécu.

Concernant donc la relation UPH/SAU : les ambulanciers (privés ou publics) font partie de la famille du secours, tout comme la police et les pompiers. Ils sont indissociables. La première chose qui m’a marqué vraiment, c’est que 100% des SAU d’hôpitaux ou de cliniques mettent à disposition des services de secours une salle de détente.

fire departement de chicago - immersion d'un ambulancier français

Canapé, machine à café, télé, frigo avec sandwiches, laitages ou encore chips et barres chocolatées. Ces salles sont fermées avec un code et même le personnel du SAU n’a pas ce code. C’est un détail mais qui prouve la place réservée par les hôpitaux pour « nous ». Souvent aussi, il y a des affiches ou même des plaques aux murs à la « gloire de nos héros »

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

Ecoute et efficacité

En tant qu’ambulancier français, un des plus gros chocs que j’ai eu aussi, c’est l’écoute. Le SAU est toujours averti à l’avance de l’arrivée de l’ambulance. Le fonctionnement est le même que chez nous : une infirmière de triage, une salle d’attente, des box, des « lits-portes » et des déchoc’.

En arrivant, l’ambulancier fait son rapport à l’infirmière et la décision d’orientation est prise. Je n’ai encore jamais vu une IAO s’adresser au patient ou reprendre les constantes. C’est cette même infirmière qui va faire les -fameuses- étiquettes. Dans la plupart des hôpitaux, je n’avais pu vu ces étiquettes se faire, pour la bonne raison que ce n’est en aucun cas le problème des ambulanciers.

Administratif et éfficacité

Mais pour avoir posé la question on m’a expliqué le fonctionnement : si la personne est connue du « cloud », c’est à dire si elle a déjà été vue une seule fois dans n’importe quel hôpital, seule la date de naissance et le nom suffisent pour imprimer les étiquettes. Les vérifications se feront plus tard par les secrétaires.

Mais il est juste impensable que ces histoires d’étiquettes viennent retarder la prise en charge ou le travail des ambulanciers. Le soin d’abord, l’administratif après. Logique…. Je détaillerai plus tard le fonctionnement du déchoc’ et de l’urgence vitale et ainsi développerai mieux le thème de l’écoute et de la reconnaissance.

Overdose et drogue

A Chicago, dans les quartiers sud et ouest, la misère est immense. Nous avons fait énormément d’agressions, de bagarres, de drames familiaux. Mais ce qui fût, allez, 60% de nos interventions, ce sont les overdoses. Morphiniques principalement, avec le succès de l’Oxycodine, mais aussi héroïne et drogues de synthèses (Crack et PCP). Il y en a tellement que les collègues ont des injectables de Naloxone (Narcan, antagoniste pur et spécifique des morphinomimétiques sans effet agoniste) dans les poches, dans les vides poches de l’ambu, les portières et même dans les sacs à main des collègues femmes.

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

Nous intervenons un soir à la demande de la police pour le motif suivant : personne inconsciente qui respire sur la voie publique. Ils savent déjà à quoi s’attendre. Sous un échafaudage, une femme d’une cinquantaine d’année est étendue. Deux policières nous accueillent. Avant même de prendre un pouls ou quoique ce soit d’autre, l’injection dans la cuisse est faite. Nous embarquons celle qui semble être une SDF. Elle est toujours inconsciente. Durant le trajet, elle le restera malgré mes multiples tentatives de stimulations.

Des injections et des patients surprenants

Arrivé aux SAU, elle se réveille, d’un coup. Elle se lève et s’en va. Personne ne lui court après. Une autre fois, même scénario : dans un parc, un jeune homme, bien habillé. Une injection, il se réveille dans la minute, nous repartons… La même 10 mn après, dans un fast-food. Bien sûr, je m’étonne et suis un peu choqué mais on m’explique que face à la multitude de ces pathologies, et surtout face aux refus quasi systématiques de ces patients d’être pris en charge, allant souvent jusqu’à la violence, le CFD a décidé de procéder ainsi.

Nous utiliserons 8 doses de Narcan entre 18h et 22h…. A noter que la police n’est pas encore dotée de ce médicament, contrairement à beaucoup de villes des USA, mais que cela devrait bientôt être le cas. Dans certaines villes, même les barmans de boites de nuit sont équipés de Narcan.

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

Optimiser le travail de l’ambulancier

Chicago est une grande ville, la troisième des USA. Il y a plus de 100 ambulances réparties dans toute la ville. Comme je l’ai expliqué, les pompiers et la police sont très souvent sollicités pour intervenir sur les cas médicaux (sans pour autant se soustraire aux ambulanciers, je le rappelle). Il y a donc souvent pas mal de monde sur les interventions, VP ou domicile. (photo B) C’est pour cela par exemple que les ambulanciers n’ont pas de planches à masser type Lucas, du moins pas encore.

Ils n’ont pas non plus de matelas coquille, matériel disponible uniquement dans les véhicules « Rescue » (type Grimp). Ils disposent (comme sur l’ensemble des USA) de brancards électriques et de plus en plus de chaises portoirs assistées. Bref, tout est mis en place pour que les ambulanciers se concentrent uniquement sur les soins.

Des chauffeurs pour libérer le travail des ambulanciers

J’ai même appris récemment qu’un EMS au Nevada mettait en place des chauffeurs d’ambulances afin de libérer les ambulanciers du fardeau de la conduite et de l’entretien du véhicule. Pas sûr que cela plaisent beaucoup, car ces ambulanciers sont fiers de leur statut et amoureux pour la plupart du coté pluridisciplinaire de leur profession.

La fierté de faire ce job

C’est d’ailleurs pour ça que je n’emploie quasiment jamais le terme d’EMT ou de Paramédic. Les dizaines de collègues américains avec qui j’ai débattu de ce problème disent tous la même chose à l’unisson : nous ne sommes pas des médecins, encore moins des infirmières, nous sommes des ambulanciers ! (bon, le terme français n’a pas d’équivalence en langue anglaise, mais on se comprend). Ils entendent par là que leurs études n’ont rien à voir avec les études d’infirmières par exemple, et que leur quotidien c’est de rouler dans un camion et d’aller mettre les mains dans la m**** !

Une passion toujours là

Ce qui marque aussi, malgré la similitude entre leur quotidien et le mien (je suis ambulancier salarié dans le privé) c’est la passion. Jeune, vieux, homme, femme, rural ou urbain, noir, latino ou blanc, débutant, officier, commandant ou capitaine, j’ai connu pas mal de sortes d’ambulanciers. Tous avaient ce point commun : la passion de leur boulot, de leur véhicule, le respect de leur uniforme (tous collectionnent les écussons, qui sont devenus une monnaie d’échange entre eux, une carte de visite en somme). La fierté de porter et d’utiliser le stéthoscope, symbole du soin, et surtout le respect du patient.

Quand le bip sonne, ou que la radio crache son ordre, la réaction est immédiate et le mégot vole. Je n’ai jamais entendu de vociférations en partant sur de la « bobologie ». « Un appel = une détresse » me dira Shaun, jeune Paramédic au sérieux exemplaire, « et chaque détresse demande une réponse ». C’est pourquoi peu d’ambulanciers abandonnent ce métier. C’est vraiment un sacerdoce. Combien en ai-je vu tatoués d’une croix de vie ou même de leur numéro de licence. Les casernes sont habitées comme si c’était leurs propres maisons.

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

EMS Fire Chicago Departement, pour conclure

Avant de vous détailler, comme promis, le fonctionnement de la salle de dechoc’ (article à paraître prochainement) tellement représentative de la philosophie américaine, je voudrais parler de la liberté. Quelle joie, pour moi, de baguenauder dans les rue de la ville entre deux interventions. Avoir la liberté de s’arrêter boire un café ou acheter un soda, de discuter avec les collègues ou les passants (qui souvent vous interpellent pour vous remercier de ce que vous faites pour eux).

A Chicago, ils ne se mettent jamais en indisponibilité et sont joignables en permanence grâce à leurs radios portables. Ils sont donc en départ immédiat. Mais leur hiérarchie leur offre cette liberté, tellement précieuse à la décontraction, au repos et au bien-être. C’est aussi une forme de confiance. C’est peut être aussi pour ça que leur passion ne s’éteint pas en quelques mois….

J’aurais tellement à dire, à raconter. Mais je veux conclure par cette pensée : nous autres, français, passons notre vie à vouloir comparer leur système avec le nôtre. On compare les EMT aux ISP, aux IADE, ou même aux ADE SMUR. Mais il n’en est rien, croyez moi. C’est tout un système qui, à la base, est différent. Ils ont beaucoup plus de moyens financiers certes, mais ont aussi une simplicité de réflexion. On agit vite, on forme beaucoup et surtout, chacun est à sa place.

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

Je ferais en tout 80 heures de garde, dans 3 casernes différentes. L’accueil fut dans l’ensemble merveilleux, inespéré. J’ai eu quelques moqueries, quelques indifférences aussi.  Mais c’est normal. J’ai suscité bien des interrogations mais tous ont eu à cœur de me faire travailler. Quel intérêt de venir ici si ce n’est que pour observer. J’y ai mis les mains aussi ! Merci à eux pour leur enthousiasme. Voilà, c’est le mot qui représente le plus mes multiples expériences avec ces collègues : enthousiasme !

Immersion d'un ambulancier français au Fire Département de Chicago - EMS

Crédit photos : Bastien ODECOT

L’Emergency Medical Service de Chicago (Illinois)

L’Emergency Medical Service de Chicago (Illinois)

Emergency Medical Service de Chicago

Emergency Medical Service de Chicago : préentation

La ville de Chicago, dans l’état de l’Illinois, est la troisième plus grande ville des USA avec 2,7 millions d’habitants. Cet EMS (Emergency Medical Service) est, comme beaucoup aux USA, dépendant du Fire Department. On trouve une centaine de caserne reparties dans toute la ville.

La majorité des casernes date du début du 20ème siècle. Chicago se dit être le plus vieux Fire Department des USA.

Une caserne bien complète

Une caserne est, en général, composée d’une ambulance, un « truck » (ou « ladders ») soit une camion-échelle et un «engines » ou « rescue » soit un camion toutes utilités. Dans certaines casernes, les plus importantes, on trouve les véhicules spécifiques (Hazmat*, enquêtes, Grimp…).

Traditionnellement, se trouvent un bureau, des chambres, une salle de repos, salle à manger, cuisine et bien sûr, le garage. Beaucoup de casernes sont assez petites et il n’est pas rare de trouver le bureau et/ou la salle de repos au milieu du garage, entre les camions. Une autre tradition est le chien de la caserne, la mascotte.

Emergency Medical Service de Chicago

Devant chaque caserne se tient une lampe rouge, indiquant que la caserne est ouverte. Bien sûr, celle-ci ne s’éteint jamais.

Emergency Medical Service de Chicago

Un petit point concernant les pompiers : l’entrée à l’Academy du Fire Department se fait post Bac. Il faut compter 3 ans d’études avant d’être intégré au CFD* : 1 année d’école avec théorie et beaucoup de travaux pratiques, une deuxième année en alternance, et une troisième année en immersion.

Emergency Medical Service de Chicago

Les véhicules

Dans l’ « engines » se trouve 3 à 4 hommes, dont obligatoirement un Paramédic et un (ou plusieurs) EMT avec un sac d’urgence et réanimation accompagnés des drogues qui vont avec. Le capitaine est toujours assis devant et les autres derrière. L’ « engines » peut être envoyée en première intention sur n’importe quelle intervention en attendant l’ambulance. Il effectue les missions de relevage, d’ouverture de porte, de désincarcération, de nettoyage, en renfort « portage » pour les ambulanciers ;ou même pour assurer leur sécurité si la police n’est pas sur les lieux.

Dans le camion-échelle se trouve 4 à 5 hommes, dont obligatoirement un EMT* (voir un Paramédic) avec un sac de premier secours et de réanimation. Le capitaine est toujours assis devant et gère la radio et l’itinéraire. Ce camion peut être envoyé en première réponse sur n’importe quel incident, même médical, en attendant l’arrivée de l’ambulance, ou en deuxième intention avec le « rescue », en renfort humain.

Emergency Medical Service de Chicago

Emergency Medical Service de Chicago : un roulement de 24h

Ils travaillent par garde de 24 heures. Chacun à un rôle défini par garde : responsable entretien du camion, des locaux, du matériel embarqué, des courses, de la cuisine…. Ces roulements sont déterminés par le ou les capitaines. La cuisine est financée par le Chicago Fire Departement mais, chaque jour, le personnel donne 5 dollars pour améliorer le quotidien. La cuisine, fameuse et élaborée des casernes du Chicago Fire Departement est une tradition. Les barbecues sont légendaires !

Emergency Medical Service de Chicago

L’ambulance

Comme partout aux USA, l’équipage d’une ambulance est uniquement de deux personnes : un EMT et un Paramédic. Bien sûr, il peut y avoir 2 Paramédics, ce qui est la plus part du temps le cas au CFD. C’est un choix spécifique de la ville. Si parmi ce binôme il y en a un moins gradé que l’autre, ou plus « jeune » dans le métier, c’est lui qui conduira, sauf ordre du senior. Les véhicules sont des Ford. Ils sont tous agencés strictement à l’identique ce qui permet aux ambulanciers de pouvoir intervenir dans toutes les ambulances de la ville.

Emergency Medical Service de Chicago

L’ambulancier de l’Emergency Medical Service de Chicago

A ce propos : un ambulancier est affecté à sa caserne pour trois ans. Il est rarement réaffecté dans la même station au terme de ces trois ans, sauf s’il est officier. L’ambulancier est en général dispensé de « corvées » au sein de la caserne. Bien sûr, il y participe à son gré. L’ambulance dispose d’un ordinateur fixe dans la cabine où les missions arrivent, simultanément avec l’appel radio. Cet ordinateur est interconnecté avec le 911 et l’ensemble des véhicules CFD et police. C’est donc aussi un outil de communication entre les différents acteurs.

On s’y salue le matin, on s’y donne rendez-vous pour un café-donuts ou on demande des conseils à son chef. Une tablette portable est utilisée pour les bilans. Elle est connectée au Lifepack afin de recevoir les données et l’ambulancier y entre toutes les informations relatives à l’intervention. Cependant, cette tablette (contrairement à l’EMS de New Orleans par exemple) n’est pas connectée avec l’hôpital receveur et ne dispose pas d’un « Cloud » permettant l’accès au dossier patient.

Emergency Medical Service de Chicago

Appels et alertes

Chaque ambulancier porte sur lui (en permanence), un système de radiocommunication qui, lui aussi, est interconnecté au 911 et à l’ensemble des véhicules. Lorsqu’une mission tombe, si les ambulanciers de l’Emergency Medical Service de Chicago sont à la caserne, ils sont appelés au micro, par haut-parleur, directement par la régulation.

En simultané, ils reçoivent la mission en détail par fax et sur l’ordinateur de bord.

09 L' Ambulancier : le site de référence L'Emergency Medical Service de Chicago (Illinois)

S’ils sont hors de la caserne, c’est par radio qu’ils seront appelés et recevront les détails de la mission sur l’ordinateur. Le départ est bien sur immédiat et sans jamais aucun délais.

La police élément indispensable de la mission

Le Chicago Fire Department utilise les gyrophares et sirènes sur 100% des interventions, allez/retour. Les pompiers et/ou la police sont très souvent déclenchés simultanément du fait de la haute criminalité qu’il y a dans cette ville, surtout dans les banlieues. S’il y a une notion de violence à l’appel, d’armes, de drogue, d’alcool ou quoi que ce soit d’autre, c’est bien sur la police qui donnera le feu vert pour l’intervention des ambulanciers. Il y a énormément de véhicules de police en mouvement permanent, ce qui fait qu’ils sont très souvent là et en premier

10 L' Ambulancier : le site de référence L'Emergency Medical Service de Chicago (Illinois)

Mode opératoire sur intervention

Lors de la prise en charge avec l’Emergency Medical Service de Chicago, c’est la plupart du temps le senior qui fera l’interrogatoire et remplira la fiche bilan sur la tablette. (photo 11) Le second, s’il en est, s’occupera des constantes, auscultation, pose de voie veineuse et administration des médicaments, toujours en accord avec son binôme. S’ils ont besoin d’un conseil médical, ils joignent le médecin référent de l’hôpital receveur (ce médecin est aux urgences) qui est souvent choisi par l’ambulancier lui-même, en fonction de la situation géographique, de la pathologie, du taux de remplissage ou -rarement- du souhait du patient.

Le recours au « Chief »

En cas de problèmes, de conflits ou de doutes, ils peuvent aussi faire appel au « Chief », leur chef. Il y a plusieurs chefs dans toute la ville. Ces chefs ont sous leur autorité environ 4 à 6 casernes. Ils sont à la fois chef des pompiers et des ambulanciers. Ils se déplacent dans des véhicules type 4×4 break, avec du matériel spécifique à bord. Ils sont libres de leurs mouvements, peuvent se rendre d’eux même sur n’importe quelle intervention et bien sûr, systématiquement, sur les plus graves.

12 1 L' Ambulancier : le site de référence L'Emergency Medical Service de Chicago (Illinois)

Emergency Medical Service de Chicago : arrivée aux urgences

A l’arrivée aux urgences, l’ambulancier présente succinctement son patient à l’infirmière d’accueil et d’orientation. Il imprime le contenu de sa fiche bilan et installe le patient en box où là, si besoin, le médecin prendra les informations.

13 L' Ambulancier : le site de référence L'Emergency Medical Service de Chicago (Illinois)

Une fois la mission terminée, après un tour dans la salle EMS (grande tradition aux USA) pour un rafraîchissement et des snacks, soit on retourne à la caserne (la plupart du temps) soit on reste en poste au cœur du quartier dont dépend la caserne.

Légende

  1. HazMat : NRBCE
  2. CFD : Chicago Fire Department
  3. EMT : Emergency Medical Technician
  4. EMS : Emergency Medical Service de Chicago
Immersion chez les EMS Paramedic aux USA – Les images

Immersion chez les EMS Paramedic aux USA – Les images

Immersion chez les EMS Paramedic aux USA : une suite d’articles très prenant

usaPour ma part découvrir le récit de Bastien au sujet de cette immersion m’a passionné. Certes en dehors des réflexions purement organisationnelles telle que le secours en France vs le secours chez les autres j’ai trouvé ça très intéressant. Certes certains pourront toujours trouver à redire ou tenter de râler contre cette suite d’article. Moi je me contenterais de dire que c’est vraiment une superbe aventure vécue et racontée par un ambulancier français. Une sacré aventure qui a demandé du temps et des moyens financiers. Mais quand on a un objectif passionné on s’accroche et on ne lâche rien. Ici point de mise en avant incroyable ou de scandales, ou encore de montage digne des reportages qui sentent le lobby à plein nez. On a du vécu, 100% réel et un ressenti. Certes le ressenti n’est pas partagé par tous mais c’est aussi important que nous n’avons pas tous les mêmes opinions.

Non ce reportage n’est pas destiné à alimenter une polémique mais plus de vous faire vivre ce qui se passe de l’autre côté de l’océan. Et de passionné à passionné moi je tire mon chapeau à Bastien pour avoir réalisé cette aventure. Il revient avec des images plein la têtes, des souvenirs inoubliables.

Restez passionnés !

La profession a besoin de passionnés. Car ces passionnés sont ceux qui œuvrent et agissent. Ce sont eux qui tireront le métier vers le haut, bien loin des clichés habituels. Alors pour ne pas repartir trop vite je vous propose de profiter des images fraîchement ramenées. Et au passage j’adresse mes plus sincères remerciement à Bastien pour nous faire part à chaque voyage de ses aventures. C’est vraiment une superbe expérience vécue et nous avons la chance qu’il nous partage ces informations, ces photos et son ressenti. Du vrai, du direct, sans fioritures !

EMS Nouvelle Orléans – Un ambulancier parmi les paramedics

EMS Nouvelle Orléans – Un ambulancier parmi les paramedics

EMS Nouvelle Orléans : un ambulancier en immersion chez les paramedics

Durant 3 nuits, 3 gardes de 12 heures, j’ai eu la chance de vivre à leurs côtés et de les observer. De leur donner un petit coup de main même. Difficile de rester les bras croisés face à une situation particulière.

Et puis, leur donner un petit coup de main, finalement, ce n’est pas si compliqué : nous faisons le même métier ! Oh, j’entends déjà que ça tousse à la lecture de cette phrase (le terrible complexe d’infériorité de l’ambulancier français) et pourtant, nous faisons bel et bien le même métier.

En entrant dans ce magnifique bureau, digne d’une préfecture, j’avais les mains très moites. Puis arrive mon interlocuteur, celui grâce à qui je suis là : le Chef Bouvier. Chemise blanche impeccable, multiples galons, plaque en argent qui brille, je suis ébloui. Que vais-je lui dire…

Et là, un large sourire s’affiche sur son visage bonhomme. Il a l’air encore plus heureux que moi, et tout aussi impressionné. Il me fait visiter rapidement les locaux, magnifiques, puis me présente à mes futurs collègues. Je suis sous la responsabilité du Paramédic Tom Dransfield (promu depuis Lieutenant).

Après avoir passé un gilet EMS (j’ai eu rêvé du prêt de leur magnifique tenue mais calmons-nous quand même) me voilà face à leur célèbre et impressionnante ambulance! Pas le temps d’en faire le tour, il me pousse à l’arrière en me criant : Let’s go !

L’ambulance

Et nous voilà parti. Je m’imagine déjà une inter de fou… La sirène retentit, avec ses « 36 » tonalités, sinusoïdale, haute ou basse fréquence, toutes plus tonitruantes. La route est longue (NO est une très grande ville, genre Bordeaux ou Marseille) et ils n’ont pas de secteur.

Nous arrivons dans un quartier magnifique, une maison gigantesque, à la démesure et au kitch américain. Une femme âgée est au sol, chute mécanique, plaie superficielle au bras et surtout une douleur insupportable à la hanche droite. Rotation externe et rétrécissement. Le tableau est clair.

Je suis à la fois déçu, je suis loin de l’inter de rêve, mais c’est aussi à ce moment-là que je prends conscience que, comme je le disais en préambule, lorsque vous avez toussé, nous faisons le même métier. Ce tableau je l’ai eu cent fois, mille fois. On installe la dame sur le brancard (Striker électrique) et l’embarquons dans l’ambu. C’est là, quand même, que la différence va se faire.

Pendant que Tom interroge la patiente, son « auxiliaire » commence à lui poser une voie veineuse. Juste un cathéter, pas de poche sérum. Apres un ECG, Tom sort de sa pochette une ampoule, du Fantanyl, que l’EMT lui administre.

La patiente sera rapidement calmée, de sa douleur et de son anxiété. La voilà donc la différence. Ils ont le pouvoir de soulager! Ça laisse rêveur. Quoi de plus insupportable que d’avoir un patient qui souffre et de ne rien pouvoir faire…. 

Nous l’évacuons dans une clinique privée, après avoir bien sûr rendu compte au médecin référent. Aux urgences, rien de spécial. Une IAO, des brancards, des box, des médecins qui ne disent pas bonjour…

Ah si, une chose : au PAO, une petite salle de repos pour les ambulanciers avec machine à café, frigo rempli de soda, fontaine d’eau, chips, petits gâteaux et canapés en cuir… Et il y a ça dans chaque salle d’urgence de la ville. Je dis au revoir avec émotion à ma première patiente américaine.

Nous enchaînons directement avec une autre urgence : homme frappé au visage. Un quartier pauvre, des maisons en bois. Le jeune homme arrive vers nous, portable avec sa musique à fond collé à l’oreille. Il nous explique qu’il a pris un coup. La lèvre est gonflée. Pas de plaie. Tom le questionne, rien de suspect, nous repartirons avec juste quelques conseils. 

La suivante, dans le quartier français, est aussi une agression, un sdf s’est fait frapper dans le dos. L’homme est assis sur les marches d’une belle maison typique, Avec son barda et ses deux chiens. Mes collègues le connaissent bien. Il lui propose de l’emmener aux urgences (plus pour le décrasser que pour ses blessures qui ne sont peut-être même pas réelles) mais l’homme ne veut pas.

Il voulait surtout discuter un peu… La troisième inter sera la même, à la différence que celui-là se fera évacuer à l’hôpital universitaire pour d’ancienne plaies suppurantes. Douleurs thoraciques, prise de drogue sur la voie publique, trauma… Une routine s’installe presque. J’en ai fait tellement des gardes de nuit.

Intervention atypique

Ma première intervention « atypique », la voilà : appel pour une femme de 36ans, blessure par balle. La police est déjà là ainsi que l’unité d’intervention rapide. Le quartier est bouclé. Mes 2 compères franchissent le cordon jaune sans crainte, pour eux c’est la routine. Je suis beaucoup moins serein ! Impacts à la cheville et à la cuisse. Elle n’a pas l’air de souffrir tant que ça mais elle et choquée et énervée.

Il n’y a pas beaucoup de sang, les plaies sont propres, presque rondes. Le superviseur, Keelly, a déjà fait le tour de la situation. Nous l’évacuons sans délai, elle est attendue par une équipe chirurgicale. Tom pose 2 voies périphériques. En effet, en arrivant dans la salle de dechoc’, au moins 25 personnes nous attendent! Là, c’est comme dans les films! Et pas comme chez nous…

Des blessures par balles, il y en aura d’autres durant ces nuits. C’est la dure réalité de leur quotidien. Encore une douleur tho avec EVA à 7/10: ECG, Aspirine et Trinitrine lui sont donnés par Tom. On arrivera Avec une EVA à 0… No comment ! Il y aura d’autres sorties « blanches », Avec toujours un petit conseil, presque amical. Fin de garde à 4h30, le plein, nettoyage de l’ambu et réarmement. 

Je suis avec des collègues, je le redis, des gens simples, attentionnés et respectueux. La conduite est étonnamment souple, fluide, pas un seul coup de frein. La sirène fluidifie tout ça, certes, mais le conducteur (l’EMT) est tranquille, cool sans pour autant perdre un instant. Sirène systématique au départ, et pas automatique sur l’évacuation (ce qui me semble normal et devrait se faire systématiquement chez nous).

Par exemple nous prenons en charge un SDF qui a une ancienne plaie, suturée, mais suppurante. Il n’y aura pas de sirène pour lui.

Ce qui m’a frappé c’est l’amitié qui règne entre eux tous, lorsqu’ils se croisent aux urg, mais aussi avec les partenaires : IAO, pompiers, policiers… Oh bien sûr, ils n’allaient pas s’engueuler devant moi mais j’ai senti de la sincérité. Tout n’est pas rose, attention.

Moi le petit stagiaire, il y en a qui n’ont même pas posé le regard sur moi ou, sur inter, m’ont fait comprendre que j’étais de trop. Il y a eu aussi des moments de rien, de vide, d’ennuie. Le travail de nuit en somme.

Je parlais des pompiers, j’en profite pour expliquer succinctement leur fonction dans la chaîne de soins : à NO, les pompiers n’ont pas d’ambulance mais dans chaque véhicule il y a obligatoirement un EMT, voir un paramédic, et du matériel de pré-diagnostic et de réanimation. 

Sur pas mal d’inter, ils étaient même là avant nous, en général à 3, avec un véhicule de type VTU (véhicule toutes utilités). Pourquoi les envoyer et pourquoi sont-ils souvent en premier sur les lieux? Et bien parce que, comme partout aux USA, il n’y a pas 2 ou 3 casernes, comme chez nous, dans une ville mais tout un tas (132 à Chicago !!).

Des mini-casernes avec 2 véhicules : 1 VTU, et une échelle-pompe. Donc, sur un ACR par exemple, le 911 va envoyer le VTU avec son EMT à bord afin de commencer la RCP en attendant l’arrivée des ambulanciers. Une fois sur place, les pompiers, soit aident au brancardage soit s’en vont.

De toute manière, la politique du 911 aux USA c’est d’envoyer le véhicule le plus proche sur les lieux, même si c’est la police, peu importe, il faut un secouriste auprès de la victime, au plus vite, point final.

The Supervisor

Ce soir, pour ma dernière nuit, déjà, je suis avec le Lieutenant Christine Guidry, 22ans de service. Une petite bonne femme à l’air pète-sec et pas très souriante au premier abord. Après un check du 4×4, et après lui avoir offert quelques spécialités Française, nous partons. Elle aussi ne reste pas à la base, elle patrouille. Ça permet d’avoir une présence dans la ville, d’assurer un lien aussi avec la population ou les commerçants.

Sans rien me dire, et attendant le premier appel (je sais qu’avec elle ça va être du très lourd). Elle m’emmène sur les bords du lac Ponchartrain, un endroit paradisiaque. Sur la jetée se tourne un film, mais la sécurité nous laisse passer sans problème. Les ambulanciers sont les bienvenus partout j’ai l’impression.

Nous flânons au soleil, faisons quelques photos et discutons. Sous ses airs, c’est un amour! Retour sur Bourbon Street, une des rues principales de la ville ; un camion publicitaire distribue des boissons énergisantes. Les hôtesses nous arrêtent pour nous en refiler tout un stock. Puis, enfin, le premier appel : ACR.

C’est dans une maison de retraite cossue que nous arrivons, en même temps que « l’unité » (ils n’utilisent le mot ambulance que pour désigner le véhicule). Les pompiers sont déjà là, massent et ventilent. La famille est présente ainsi que le personnel. Le lieutenant installe directement la « Lucas » (planche à masser automatique – tous les véhicules en possèdent une) puis pose une voie intra-osseuse humérale.

En effet, aux USA, la pose de cette voie est systématique sur les ACR, et pratiquée par les ambulanciers. Un de ses collègues intube, l’autre pose les cathé périphériques, je scope. Environ 30mn à 40mn de réa, avec toute la médicamentation qui va avec. La dame a dans les 70 ans, avec des antécédents d’HTA.

Christine fini par faire appeler le fils pour lui demander l’autorisation d’arrêter la réanimation. Elle en rendra compte au médecin référent par radio et voilà. Delta. Une petite toilette du visage de la défunte, on range et on s’en va. Ce sont les services funéraires qui viendront lever le corps et enlever les voies, ainsi que la canule endotracheale, en présence d’un agent de la mairie. L’intervention d’ensuite sera probablement la plus marquante de ma vie.

La fusillade de Franklin Avenue

Nous partons sur une fusillade, probablement 4 victimes, lieux sécurisés par la police. Voilà tout ce que nous savons.

Arrivé au bout de la rue, je vois une bonne douzaine de véhicules, un lightshow digne des plus grandes discothèques de SouthBeach ! Police et pompiers courent dans tout les sens. Le cordon jaune « police do not cross » est déjà tiré, les policiers prennent déjà des photos. On se gare, je saute sur le Lifepak, et le Lieutenant sur son sac d’inter. Nous arrivons face à une maison assez grande, en bois blanc.

Un foutoir indescriptible sur le perron : des chaussures, des jouets, des habits, des bouteilles, des chaises renversées. Ça crie, les radios hurlent. Il y a du sang par terre, beaucoup, mais ça va dans le décor. Je vais m’intéresser à une femme qui tient son bébé dans les bras. Elle pleure et lui aussi. J’essaie de lui prendre mais elle refuse et en même temps baisse sa jupe, par l’arrière. Sa culotte, blanche, et maculé de sang.

Dans la panique, je ne vois pas la ou les plaies. Je lui demande de déshabiller son bébé. Un très rapide examen me permet de voir qu’il n’a rien. Une autre femme l’interpelle, elles s’éloignent. Ma foi, elle tient debout ; au niveau triage elle n’est pas prioritaire. Peut-être n’était-ce même pas son sang.

Mais pour le peu qu’on m’ai appris à la formation « damage control », une personne qui respire n’est pas une urgence ! (C’est une image bien sûr).

Sur le bord du perron un homme est assis. Il tient son tee-shirt rouge dans les mains. Il est un peu courbé mais ne dit rien. Je m’approche de lui et l’examine : un impact de balle a quelques centimètres de la colonne, région dorsale droite. Un petit filet de sang, une plaie de 2cm de diamètre, plutôt ovale. Un autre impact sous le bras droit et le dernier (enfin, je crois, j’espère) derrière la cuisse droite.

Celle-ci coule assez abondamment, un sang rouge foncé très épais. L’homme ne dit rien. Je ne sais absolument pas ce que trafique Christine pendant ce temps. Je sais juste que des collègues sont arrivés. 5 ambulances en tout. Il y a des brancards dans tous les sens. Encore plus de policiers, des pompiers aussi. Un ambulancier passe à côté de moi et je lui montre la cuisse. Tourniquet?  Yes !

Je retrouve rapidement Christine et son sac magique pour lui voler le matériel. Je le pose Donc sur la cuisse. Comme pour tout geste, c’est toujours beaucoup plus dur que sur un mannequin.

Christine m’a rejoint. Elle me donne un kit. Il y a tout ce qu’il faut pour protéger une plaie, avec une sorte de plastique transparent pour couvrir le pansement. Ça fait un peu film plastique alimentaire mais au moins c’est propre. Tous deux, nous posons tout cela, assez grossièrement, sur la plaie dorsale.

Juste une compresse sur le bras, il le mobilise bien et il n’y a pas une goutte de sang. Un policier interroge ce vieil homme qui répond assez tranquillement. Puis une équipe arrive et l’installe sur le brancard, ils disparaissent. Tout cela prit 10mn je pense, pas beaucoup plus. Je suis un autre brancard jusqu’à l’ambulance. À l’intérieur, assis sur le siège arrière, la mère de famille, sans son bébé.

Un EMT la soigne, d’autres s’affairent sur le patient du brancard. Je n’ai rien à faire là, trop de monde déjà. Je reviens sur le perron, le calme est plus présent. Je ramasse mes affaires, le sac, mon rouleau de sparadrap et emmène tout ça dans le 4×4. Des véhicules partent, d’autres arrivent.

La presse et les badauds aussi. Je suis un peu KO. Pas choqué (pas encore, ça se sera pour mon retour à l’hôtel où je ferais une crise d’angoisse terrible) mais abasourdi par la rapidité des choses et par le brouhaha. Je prends 2/3 photos, une petite vidéo, et je reviens encore sur les lieux. Je tourne en rond. J’observe la ruche qui travaille. Appareil photo ou calepin à la main. Le calme se fait petit à petit.

Christine me fait signe : on s’en va. On rejoint la troupe aux urgences. Le parking est plein. Je n’ose pas aller dans les box, trop de monde, trop de tension. Je reste discuter avec un policier sur le parking qui m’expliquera que le ou les tireurs et le mobile n’est pas encore connu. Un calibre 9mn visiblement. 

J’apprendrai le lendemain, par la presse, que personne n’a été tué mais que nous avions 6 victimes, dont un enfant de 5 ans. Je ne l’ai même pas vu sur les lieux, je n’ai même pas pu voir toutes les victimes…. Le surlendemain je reconnais mon vieil homme à la télé. Il est rentré chez lui et répond aux questions des journalistes. Un miraculé!

La nuit sera loin d’être terminée. Deux autre ACR, pas récupérés, dont un par strangulation, une crise d’épilepsie sur un enfant de 9 ans, et un trauma de cheville ouvert presque en deux, sur… un technicien du film où nous étions en promenade quelques heures avant sur la jetée du lac !

Sur cette inter nous serons rejoint par un véhicule « Rescue », appartenant à l’EMS. C’est un véhicule avec une personne à bord, un paramédic, qui dispose de nombreux matériels pour les opérations difficiles, genre matériel de plongée ou d’escalade. Une sorte de GRIMP pour ambulancier…

De là, le lieutenant m’emmène visiter un site hautement sécurisé : le central call du 911. La aussi, c’est très chic ; bois, dorure, drapeaux… J’ai visité pas mal de CRRA 15 en France et finalement celui-là est pareil… en 10 fois plus grand. Les logiciels de traitement des appels ou de géolocalisation sont similaires, l’ambiance aussi.

La différence se trouve dans le fait que ce central reçoit TOUT les appels d’urgences : police, pompiers et médical. La salle est découpée virtuellement entre ses trois secteurs, et chacun a sa spécialité.

Anciens ambulanciers, pompiers ou policemen répondent indifféremment aux appels et, en cas de doute, transfèrent l’appel vers un collègue plus spécialisé. Le tout, dans un bureau surélevé, surveillé et écouté par un superviseur. Ici : pas de médecin.

Pause repas autour d’un bon hamburger et d’un diet Dr Pepper (Offert, bien sûr. La tradition aux USA veut que l’on offre le café ou les boissons aux services d’urgences. j’ai pu en profiter plusieurs fois) dans un petit resto au milieu des célèbres cimetières, puis retour à la base. Temps mort… 5 heures du matin.

Il sera déjà temps de nous quitter. Promesses mutuelles de se revoir, je reviens pour un stage plus long quand je veux ! Wahou… Tout cela dépasse de très loin mes espérances.

Mon expérience et mon vécu

Ce que je retiens de cette expérience c’est de m’être vraiment senti collègue. Nous avons, comme me l’a dit Tom, le même métier, la même passion, le même but : tout donner pour nos patients. Certes, notre fonctionnement en France et le leur, c’est le jour et la nuit. Peu de comparaison possible.  

Est-ce mieux ici ou pire? Je ne suis pas à même de répondre, mais j’ai une vague idée, que je me permettrais de garder pour moi. Je me suis rendu compte aussi que le « scoop and run », c’est une légende! Nous avons à chaque fois pris le temps, que ce soit sur le col du fémur ou sur les ACR, de faire les choses comme il se doit, comme en France finalement.

Il n’y a que sur les fusillades où nous avons fait vite pour évacuer car, comme me l’expliquera Christine, c’est de la chirurgie, de la médecine de guerre et ça, c’est à l’hôpital que ça se fait, sans délais. Tout est huilé, tout est à sa place, chacun son job.

Je n’ai passé que peu de temps là-bas mais je n’ai pas vu de grain de sable dans le rouage. On leur donne vraiment les moyens de bien travailler, on leur fait confiance et je pense qu’ils y font honneur, avec fierté.

Fierté et honneur. Ça fait un peu film de guerre américain, mais n’est-ce pas un peu ce qui nous manque ici, parfois?

Bastien B.

juin 2017

PS : Ce récit est le mien, issu de ma mémoire et de mon vécu. Je livre cette expérience avec mes mots et mon ressenti d’ambulancier français, jeté dans la fosse aux paramédics. Il se peut que certains mots ou termes ne soit pas utilisés à bon escient. Veuillez m’en excuser.

A visionner

Emergency Medical Service Nouvelle Orléans

Emergency Medical Service Nouvelle Orléans

A la découverte de l’Emergency Medical Service de La Nouvelle Orleans

Cette série de deux articles est issu de Bastien, ambulancier français parti en stage aux Etats Unis en découverte. Il a eu la possibilité de partager le quotidien de nos collègues de l’autre côté de l’océan et nous rapporte son vécu personnel, son ressenti sur son expérience là bas. Le premier article est consacré à la présentation du service qu’il a découvert et le suivant à venir sera basé sur son quotidien et son vécu sur place. L’Emergency Medical Services de la Nouvelle Orléans est un service ambulanciers d’urgence comme il en existe dans toutes les grandes villes des États Unis.

Un service indépendant

Ici, ce service est indépendant (ils ont leur propre caserne) contrairement à New York par exemple ou l’EMS est lié au Firedepartement (le service incendie). Il s’agit toutefois d’un service dépendant de la ville de N.O relié au 911, le numéro d’appel unique de l’ensemble des services d’urgence, l’EMS ne fait exclusivement que de l’urgence pré hospitalière. Ils disposent principalement de 3 types de véhicules : ambulance gros volumes (type ASSU/SMUR), ambulance de première ligne, utilisé pour les petites ruelles du quartier historique ou pour les festivals (très nombreux à NO) et enfin les véhicules d’intervention rapide (type 4×4) pour les urgences vitales.

La composition de l’équipage

Dans chaque ambulance se trouve toujours 2 ambulanciers : un EMT (emergency médical technicien) et un Paramedic. L’EMT basique dispose d’une formation universitaire d’un an. Il peut ensuite passer un certain nombre de formations complémentaires. Il assiste le Paramedic, mais peut faire à peu près tous les gestes techniques (pose de voies veineuse, administration de médicament…).

Le Paramedic dispose d’une formation universitaire de trois ans. Il est le chef de bord et a sous sa responsabilité la gestion des drogues. Il dispose à sa ceinture d’un « ampoulier » contenant les narcotiques.

Il passe son bilan directement par radio au médecin des urgences référent. Lui aussi peut passer des formations complémentaires et évoluer régulièrement. Avec l’expérience, il peut acquérir un grade (lieutenant, commandant…) et enfin devenir superviseur, puis chef.

Le superviseur : c’est un peu un « super » Paramedic. Il évolue seul dans un véhicule léger équipé pour toutes formes d’urgence (type VL SMUR). Il est envoyé en priorité sur les urgences vitales afin de commencer les premiers gestes en attendant l’ambulance ou en renfort sur les cas critiques. Il peut aussi être envoyé sur les cas médicaux exigeant un bilan rapide. Il lui arrive souvent, de se cas, de ne faire qu’une consultation avec soins de base si nécessaire et conseil.

La connectivité

Chaque membre de l’EMS dispose d’une radio reliée au 911, aux urgences de tous les hôpitaux de la ville et reliée entre eux. C’est un gain de temps énorme car tout le monde sait en temps réel ce qu’il se passe. Chaque véhicule est équipé d’une tablette et d’un ordinateur portable, connectée, qui leur permet de rédiger leur bilan mais aussi d’avoir accès au dossier médical et à l’historique du patient.

Il y a une vingtaine d’ambulances et 6 véhicules d’intervention rapide. La nuit une douzaine d’ambulance et 3 ou 4 VIR sillonnent la ville. Ils ne rentrent que rarement à la base et préfèrent « patrouiller » afin de partir plus rapidement. Cela leur permet aussi d’avoir un œil sur la ville.

Maltraitance et ambulance

Maltraitance et ambulance

Ambulance, maltraitance, et ambulancier

La maltraitance et l’ambulance, on parle beaucoup, et à juste titre et depuis des années, de maltraitance de la part des soignants envers les patients. Cela touche la plus part du temps les personnes âgées. Depuis des années, beaucoup de formations, de cahiers des charges sont mis en place pour lutter contre ce fléau dans les établissements de soins. Et c’est temps mieux.

Maltraitant, nous ? Noooon….

Nous, ambulanciers, sommes aussi, parfois, sans même sans apercevoir, maltraitants. « Quoi ? Moi ? Certainement pas… Jamais! » Et pourtant. Nous sommes victimes, comme tout soignant, de plusieurs phénomènes. Le premier, c’est le quotidien. Je serais volontairement cru pour l’expliquer : On charge papy et on le décharge. On sort papy du lit, on le transfert sans le prévenir, sans se soucier de savoir ce qui lui arrive… Bien souvent, il ne sait pas pourquoi. Dans l’ascenseur, on papote avec le binôme de nos vacances, de nos salaires, de ce méchant patron qui est quand même vraiment très méchant.

Et un coup de candy crush

Durant le transport, l’un s’énerve contre tous ces imbéciles qui conduisent mal et klaxonnent, accélèrent, freinent et ré-accélèrent. L’autre tente de battre son record à « candy crush« , le siège en position couchette, les pieds sur le sac de secours et s’agace au téléphone contre bobonne qui n’a pas encore acheté les billets d’avion pour les prochaines vacances ou contre ce salaud de régulateur qui veut (toujours) savoir ou nous en sommes. Et puis on décharge papy.

On le dépose dans un fauteuil froid, un lit pas fait, une salle d’attente ou papy ne sait pas quoi attendre, à coté d’autres papy qui ne savent pas non plus ce qu’ils fichent la. Et on repart, vite, pour éviter la méchante infirmière qui va (encore) nous exiger les sempiternelles étiquettes. Et l’on saute sur sa clope. Jusqu’au prochain papy…

Rentabilité et zèle

Le deuxième phénomène, qui sera en rapport direct avec le 3ème, s’appelle la rentabilité, voir le zèle. « Un bon ambulancier est un ambulancier qui fait vite, qui n’est jamais en retard, qui enchaîne un maximum de patients (clients?) dans la journée ». Que le patron le souhaite, pourquoi pas. Quoi que…

Mais que le salarié l’applique…! On nous l’a dit à l’IFA, mais on l’a tous oublié dès le lendemain : chaque prise en charge doit être per-so-nna-li-sée! Chaque patient est différent. Chaque pathologie a ses troubles associés. Chaque urgence doit être prise au sérieux. Il n’y a pas de casse-pieds, il n’y a pas d’hypocondriaques, de profiteurs, de CMUistes, de malpolies, de mecs bourrés, de migrants Tchétchène qui causent même pas français….

Il n’y a que des patients

Il n’y a que des patients. Qui ont besoin de nous à cet instant. Et qui sommes nous pour juger de leurs besoins du moment ? « Ah, moi, je ne suis pas médecin ». Que je déteste entendre cette phrase !! Certes. Mais tu es ambulancier. Tu l’as voulu, choisi et tu t’es battu à un moment de ta vie pour le devenir. Alors soit le vraiment. Ton travail est très simple : il faut conduire des gens. Ton travail est très compliqué : il faut soigner des gens, que tu ne connais pas la plus part du temps, dans une camionnette !

La conduite et le confort

Le troisième phénomène est, je pense, le plus répandu. Le plus quotidien. Le plus généralisé. Le plus grave peut être. Certes, c’est la faute des IFA (j’accuse!) qui ne l’apprennent que très peu, c’est la faute du patron qui demande plus de rentabilité (voir ci dessus), c’est la faute des autres qui ne savent pas conduire, c’est la faute des routes qui ne sont pas entretenues. C’est pas la mienne.

Et pourtant : qui tient le volant, qui a son pied sur les pédales de l’ambulance ? Je veux bien sur parler de la conduite. Avez vous déjà été sur un brancard dur comme du bois, allongé à l’envers de la route, avec une fracture du bassin, une nausée d’enfer ou une bonne lithiase rénales coincée dans le tuyau?

Un transport c’est une épreuve

N’oublions jamais que pour beaucoup de nos patients, le voyage est une épreuve et que chaque coup de frein ou d’accélérateur est une douleur, une peur. Chaque rond point pris trop vite est une souffrance en plus. Nous revendiquons d’être des professionnels de santé mais nous sommes aussi, quoi qu’on en dise, des professionnels de la conduite et cette conduite doit être adaptée à chacune des pathologies que nous avons à bord, que le médecin nous confie.

Posons nous la question à chaque patient, à chaque pathologie : comment veut-il que je conduise ? Comment j’aimerai qu »on me conduise ? Le médecin adapte le traitement et ses posologies à chaque patient, en fonction de sa maladie, de son âge, de son poids… Et bien faisons pareil !

Hygiène et nettoyage

Enfin, et j’en aurais fini (bien que je pourrais ne pas en finir et en trouver d’autres) la maltraitance en milieu hospitalier concerne aussi l’hygiène. Un résident d’Ehpad qui n’est pas changé ou lavé durant plusieurs jours, ça existe et c’est de la maltraitance. Et c’est pas beau. J’ai vu pour ma part des ambulances (et des ambulanciers!) pas lavées et pas “changées” pendant… des mois ! Le « pshit » sur le brancard entre chaque patient, au détriment d’une bonne clope, ça vous parle?

Le drap et taie jetable changé à chaque patient, le patron vous les fournis 365 jours dans l’année…? Si la réponse est non, vous battez-vous pour les obtenir ? Le mot « désinfection » est bien galvaudé et ce n’est pas une serpillière macérant dans de l’eau croupie qui réglera le problème. Et les tenues de travail, on en parle ? Jeans, baskets, foulard en laine, cheveux pas attachés…

NOSOCOMIALE, ça vous parle?

Ouais, hein. Même que ça tue. Chaque jours. Nous sommes des soignants. « L’ambulance n’est pas un outil de transport mais un outil de soins »
Soigner veut dire « s’occuper de… », tout simplement. Le soins sera mal fait s’il y a précipitation, s’il n’y a pas écoute, dialogue et compassion. Nous serons alors maltraitants.

L’avez-vous déjà été ? Que le premier me jette la pierre…

colombe liberté expression