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Quand la mort bouleverse une mission… Echec ou Fatalité ?

Avant tout, pourquoi la mort fait-elle si peur ?

Tout simplement parce que personne ne peut apporter une réponse unique, toute verrouillée sur ce sujet.La mort est la phase ultime d’une vie. Les personnels ambulanciers sont confrontés à elle lors des missions d’urgence vitale mais aussi lors des transports de patients en fin de vie ou sachant que leur « fin » est proche. Dans ces moments, chacun est placé face à lui-même et à ses propres questions sur ce sujet avec son propre vécu, ses peurs…

Y a-t-il une mort plus inacceptable que d’autre ?

Mort 3Il est évident que le décès d’un enfant reste, et restera, un évènement douloureux et injuste.Toutefois, la mort d’un être, quel qu’il soit, fait partie d’un ensemble où se s’entremêlent nombre d’éléments. Le lien qu’il avait avec les siens, ses proches, ses amis, tout ce qui a fait sa vie, ce qu’il laisse comme souvenir…

Pourquoi mourir à 75, 80 ans et + apparaîtrait-il plus normal ? Le sempiternel « Il a bien vécu » ou « elle a fait sa vie » rassure sur cette fatalité. Néanmoins, l’être qui part (pour toujours) laisse un vide que personne ne peut quantifier pour ceux qui l’ont côtoyé…

Et puis, la violence ou la soudaineté de l’évènement ne sont pas étrangers à notre ressenti. Une maladie vécue pendant de très nombreuses années valide souvent une issue « acceptable » et ce quelque soit l’âge du mourant. Paradoxalement, crime, accident, défaillance physiologique provoquent, eux, des réactions totalement opposées…

Dans une mission d’urgence vitale qui est privilégié entre le Secouriste et l’Homme ?

Même si les deux sont extrêmement liés, une urgence vitale enclenche des gestes, techniques et/ou un comportement nécessaire à la prise en charge demandée par la mission. De prime abord, l’ambulancier(e), professionnel du secours, ne se laisse rarement envahir par des sentiments, il n’en a pas le temps. Dans l’ambulance, sur le trajet vers l’urgence, les personnels se projettent souvent dans la mission. L’expérience conditionne notre réactivité. C’est plutôt après l’intervention que l’Homme resurgit avec son lot de réactions, de questionnements conjugué à une libération d’émotions.

L’ambulancier peut-il s’associer à la peine de la famille ?

Evidemment non !

La famille, l’entourage espèrent déjà un résultat sans commune mesure de la part des équipes de secours. Même si l’issue fatale est envisageable par tous, la famille se refusera toujours que celle-ci arrive. Comprenez, vous avez entre vos mains et compétences leur mari, leur femme, leur ami, leur frère ou sœur, leur enfant…  Lors des interventions vitales le fameux « vous allez le sauver ? (…) » est répété au moins 12 fois par les proches présents. Les gestes effectués et le matériel déployé confortent aussi les témoins à se dire « ils sont là, ça va marcher… ».

Alors, si le professionnel s’effondre, la famille n’aurait plus aucun repère et aurait grand mal à affronter la suite. Le rôle de l’ambulancier(e) est de rester à l’écoute des proches. Installer le corps sur le lit, le nettoyer de tout ce qui pourrait dégrader sa dignité, parler avec les personnes présentes, écouter ce qu’elles disent fait partie de la mission. Pire, ces personnes, qui débutent un long cheminement de deuil, auront, peut-être, besoin d’une prise en charge. C’est dans l’ambulance, avec le binôme, que les émotions peuvent se révéler. Un débriefing est nécessaire pour avancer, comprendre et évacuer.

Echec ? Fatalité ?

Mort 1La mort d’une personne au cours d’une mission est un évènement incalculable (à moins de n’avoir rien tenté !). Ce n’est ni un échec ni une fatalité mais il est important de se préserver des phrases toutes prêtes « On a rien pu faire… ! », « c’était joué d’avance… ! », « ça se présentait mal dès notre arrivée… ».

Encore plus grave, reprendre avec la famille  les étapes de l’intervention. Ces personnes l’ont certainement vécue en direct. Leur rappeler l’évènement serait non seulement malsain et délétère il s’agit d’un comportement non professionnel !

Que faire si le secouriste n’arrive pas à surmonter ?

Avant tout, soyez convaincu(e) que les années, l’expérience ne « blindent » jamais les personnels ayant vécu des évènements tragiques. C’est une bombe à retardement. Les conséquences feront plus de dégâts que vous ne pourriez imaginer. Si les ETS privées n’ont pas les moyens de compter un psychologue dans leur staff,  il existe les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) dans certains CH (service rattaché souvent au SAMU). Des professionnels savent écouter et accompagner les personnels en souffrance morale. C’est vers ces CUMP que les ambulanciers peuvent se diriger.

Un équipier qui n’est pas bien n’est ni efficace ni porteur de l’image professionnelle à laquelle il se doit.

Un patient me parle de sa prochaine mort, comment réagir ?

Déjà, cette attitude exprime une grande détresse qu’il faut absolument révéler à la famille (si vous la sentez prête à entendre ce message) ou le service accueillant le patient.

« Vais-je souffrir ? », « que va devenir mon enfant ? », « je ne pensais pas finir ma vie si vite », « la médecine est vraiment nulle ». Des phrases, des colères, de la peur, il y en aura des centaines. Toutes entrent dans un processus bien connu (comme le deuil : Refus, colère, pleurs, résignation, acceptation…) Processus qui se renouvellera tant que la situation ne sera pas « digérée ».

Il faut s’en convaincre, un ambulancier ne peut pas apporter toutes les solutions. Face à cette confidence d’un être en souffrance, il serait contraire à l’éthique de le guider vers telle ou telle réponse. Il n’a pas envie d’entendre des mensonges ou tout autre discours préservant (à tort) son inquiétude. 

JE NE SAIS PAS ! Voilà la vraie réponse.

Mais en contrepartie à cette impuissance l’ambulancier se doit d’apporter une écoute attentive et humaine à la détresse exprimée. La communication est une compétence inscrite au DE, elle se doit d’être entretenue pour la renforcer.

Et la religion ?

L’orientation spirituelle individuelle fait appel au droit de réserve auquel les personnels ambulanciers sont soumis. La mort d’un patient ou d’une personne secourue ne nous « appartient » pas au-delà de notre implication professionnelle. Une fois la porte refermée, la famille doit gérer l’évènement pour mieux le comprendre, l’accepter avec le temps.

Que dit la Loi ?

Les ambulanciers n’ont aucune compétence à déclarer la mort d’une personne.

Seuls 3 cas permettent de ne pas engager les gestes de secours et/ou de réanimation :

  • La rigidité cadavérique
  • Le début de décomposition
  • La décapitation 

D’autres obligations s’imposent aux secouristes dans le cas de décès suspect. Même si les ambulanciers n’ont pas à connaître l’ensemble des procédures de police judiciaire, les autorités apprécient moyennement que des scènes soient polluées par des actes involontaires, irréfléchis. Si vous êtes confrontés à une telle situation il faut anticiper un rapport circonstancié reprenant les étapes de l’intervention ou de la mission.

Et si le décès à lieu en cours de transport ?

Mort 2Les proches, la famille de patients « en fin de vie », voire le malade lui-même, désirent de plus en plus que l’échéance ait lieu à la maison. Bien souvent les équipes médicales demandent aux ambulanciers « de ne pas engager de réanimation… ». Même par écrit cette volonté n’a aucune valeur médicale, juridique et peut même opposer le secouriste professionnel à de graves sanctions pénales. Si un décès (arrêt cardio-respiratoire) intervient en cours de transport, le premier réflexe sera de contacter le centre 15 et de demander à parler à un médecin régulateur pour avis et prise de disposition.

A vous de lui apporter le plus renseignements notamment :

  • le service duquel est partie la personne.
  • le nom du médecin qui a ordonné le transfert.
  • La pathologie du patient. 

Le médecin régulateur peut très bien imposer une réanimation en attendant qu’une équipe SMUR ou un médecin proche du lieu où vous êtes vous relaie et prenne la direction de cette intervention.

Petit rappel

Une ambulance n’est pas habilitée à transporter une personne décédée. Seules les entreprises de pompes funèbres peuvent le faire au moyen d’un véhicule spécialement adapté au transport de corps et en possession des documents spécifiques à ce service. Cette obligation s’applique à tous les ambulanciers dès lors ou ils sont missionnés dans une mission d’ambulancier… Même ceux qui ont une double fonction si l’ETS dans laquelle ils travaillent propose un service de pompes funèbres !

Et la loi LEONETI (Avril 2005) ?

La loi LEONETI ne s’applique pas aux personnels ambulanciers. Ils sont et demeurent des secouristes professionnels qui se doivent d’appliquer strictement le « droit de survie ». Si on résume cette loi, elle  impose au corps médical de ne pas imposer au patient en fin de vie une « obstination déraisonnable à prolonger artificiellement sa vie ». De plus, une personne est désignée « de confiance ». Choisie par le malade elle peut « accompagner ce dernier dans l’ensemble de ses démarches même les entretiens médicaux ». Cependant, à aucun moment la personne de confiance n’est citée comme « décideur à la place de… ».

De logique, même si les ambulanciers sont « le premier maillon de la chaine du soin », ils ne sont ni médecin, ni personne de confiance et leurs compétences ne leur confèrent pas l’administration de traitement (hormis l’O² médical). Puis, le dossier médical appartient au patient et son contenu n’est pas diffusable entre médecin et les auxiliaires de santé dont les ambulanciers font partie… Enfin, il faut savoir que les familles ayant engagé des actions juridiques contre des ambulanciers qui n’auraient pas respecté l’éventuelle volonté du malade ont été déboutées… Pour mieux comprendre, transférons la puissance de cet « ordre » aux autres acteurs de la chaine du soin. Un médecin interdirait-il à une aide-soignante de faire la toilette à un patient en fin de vie, de lui changer ses draps, sa chemise hospitalière ? L’infirmière prendrait-elle la responsabilité de ne pas de changer la poche d’alimentation naso-gastrique, de masser les points de contacts ?

Résumons.

La loi LEONETI appartient aux médecins, le patient et leur famille. Dès l’instant où un ambulancier reçoit des consignes de « non réanimation » pour un patient en fin de vie, sa première action sera d’appeler le centre 15 (autorité médicale pour tous patients transportés) et de confier la situation au médecin régulateur. Seront aussi communiqués, le  nom du médecin en charge du patient, le service ayant accueilli le patient et, bien évidemment,  l’ordre formulé. En respectant ce qui fait toute l’identité et les pratiques de la profession ambulancière vous prouvez aux partenaires et votre place et la raison pour laquelle on vous confie des responsabilités.

About Quoi2Neuf

Je suis un Correspondant de Presse Indépendant (CdPI) qui, après 20 ans en qualité de travailleur social, s'est orienté vers le métier d'ambulancier. Tout d'abord Auxiliaire Ambulancier puis Ambulancier Diplômé j'écris dans plusieurs médias suivant des sujets imposés ou choisis avec une priorité fondamentale "INFORMER sans censure". La collaboration avec "L' ambulancier pour les nuls" me permettra de parler de tout ce qui fait le quotidien des ambulanciers. Compétences, attentes, coup de coeur ou coup de blues... Et si notre métier était bien plus qu'une profession ?...

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2 comments

  1. Je suis un peu intrigué par votre paragraphe sur la réanimation : a partir du moment ou le patient a formulé ses voeux de non réanimation par écrit, et que cette information est transmise à l’équipage de transport, la réanimation ne peut etre engagée. L’équipage peut etre poursuivi dans le cas ou il ne respecterait pas ces volontés. Ceci s’appuie sur la loi leonetti sur la fin de vie et sur la loi droit du patient . Dans la formulation également. Comme vous le dite vous même dans le paragraphe précédent, seul un médecin etant habilité a constater un décès, il convient de parler d’ACR en lieu et place de décès dans ce même paragraphe.
    Cordilalement
    Jérémie

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