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Crédit photo jean françois Charles

L’urgence à plusieurs “vitesses” sociales

Fracture territoriale et inégalité dans l’accès aux soins d’urgence en France

Sylvie Morel, doctorante au Cens a soutenu sa thèse Jeudi 11 décembre 2014. Ma recherche de doctorat porte sur un double objet : la fracture territoriale et l’inégalité sociale dans l’accès aux soins d’urgence en France.

Pour mener à bien cette recherche, j’ai réalisé un important travail documentaire (ouvrages, presse, rapports politiques, etc) tout en menant parallèlement un intense travail ethnographique auprès des ambulanciers privés durant près de sept ans. Cette longue immersion a permis de révéler dans un premier temps, l’existence d’une fracture territoriale dans l’accès aux soins d’urgence.

Concrètement, celle-ci prend la forme d’une inégalité entre d’une part, un milieu urbain sur-doté où se côtoient médecins urgentistes privés et hospitaliers, sapeurs-pompiers professionnels et volontaires ainsi qu’un nombre important d’ambulanciers privés. Et d’autre part, un milieu rural cumulant les obstacles à l’accès aux soins d’urgence : éloignement des services d’urgence et des smur, indisponibilité des sapeurs-pompiers volontaires en journée, problème de permanence des soins, carence d’ambulances privées. L’hypothèse centrale soutenue dans ma thèse est que la politique de médicalisation des urgences sanitaires, singulière à la France, a engendré une concentration urbaine et professionnelle des compétences dites de « médecine » d’urgence, au détriment du monde rural et de ses acteurs (ambulanciers privés, sapeurs-pompiers). A rebours des discours politiques d’excellence sur le, soi-disant, « meilleur système d’urgence au monde », cette recherche montre que le concept de médicalisation, cher au « modèle » français, non seulement échoue dans sa mise en oeuvre mais empêche ou freine, toute approche alternative (paramédicale) du problème.

Parallèlement, le travail ethnographique a permis également d’entrevoir une autre face cachée de la réalité des urgences, à savoir l’existence en France d’inégalités sociales dans l’accès aux soins d’urgence. Une enquête statistique menée auprès de 500 patients dans deux services d’urgence, l’un privé et l’autre public a permis d’objectiver l’existence de filières d’accès aux soins d’urgence différenciées socialement. Quatre vitesses sociales ont été ainsi repérées, construites par et pour la profession médicale : la filière pour les patients d’un niveau social supérieur qui sont généralement orientés vers les urgences privées qui ont un mode de recrutement médical sélectif ; les urgences publiques qui acceptent officiellement tous les patients. Cette logique d’accueil du tout venant est cependant de plus en plus inadaptée aux exigences économiques et les services d’urgence hospitaliers développent depuis quelques années, des pratiques de sélection de leurs patients. Ces derniers sont en grande majorité issus de classe populaire tandis que les populations précaires, sans couverture sanitaire, pour lesquelles l’urgence sanitaire est souvent mêlée à l’urgence sociale y sont sous-représentés. L’enquête montre qu’ils ont été progressivement éloignés vers des lieux spécifiques de prise en charge de leur demande de soins d’urgence. C’est la troisième filière, la médecine caritative représentée par Médecins du monde, le SAMU social et les Permanences d’accès aux soins de santé. Enfin, la quasi absence de patients situés tout en haut de la hiérarchie sociale autorise à penser l’existence d’une quatrième filière, celle de contournement des services d’urgence. Elle permet d’accéder directement au service de spécialité correspondant au besoin de santé du patient sans qu’il ait à passer par la case « urgence ».

Un chapitre dédié aux ambulanciers

Un chapitre complet vous intéressera entre autre, le chapitre 3, je cite entre autre :

En France, les ambulanciers privés sont au nombre de 47 000 répartis dans un peu moins de 5000 entreprises privées. Ils sont minoritaires dans le champ de la santé puisqu’à titre de comparaison, les infirmiers et les aides-soignants sont plus de 500 000 et les médecins plus de 200 000. Même si leur faible effectif participe de leur « invisibilité sociale », il est loin d’en constituer la clé de compréhension unique puisqu’en effet, bien qu’étant nombreux, les aides soignants n’en sont pas moins, comme l’a démontré Anne-Marie Arborio, des « personnels » tout autant « invisibles ». Une observation attentive des ambulanciers permet de faire émerger des facteurs de divers ordres et de différents poids qui se combinent pour rendre ces travailleurs socialement invisibles. Les ambulanciers assurent quotidiennement, sur « prescription médicale », le transport des « malades, blessés, parturientes » du domicile au lieu de soin ou d’une structure sanitaire à une autre. L’activité de transport, à travers le brancardage des patients et la conduite de l’ambulance, constitue la partie la plus visible de leur travail alors même qu’ils réalisent chaque . Ce peut être un transport assis (VSL: véhicule sanitaire léger) ou allongé (ambulance), des actes de soins (prendre la tension, le pouls, la saturation, etc…) au sein même de l’ambulance ou, dans les lieux privés (chambre du patient) inaccessibles au public. Ils sont ainsi généralement perçus par les profanes mais aussi, par de nombreux professionnels de santé, comme de simples « chauffeurs », une « étiquette » dont se plaignent la plupart des ambulanciers rencontrés au cours de cette enquête : « On est pas des bagagistes ».

L’intégralité de la thèse

Vous pouvez consulter l’intégralité de la thèse en téléchargeant le PDF : L’urgence à plusieurs “vitesses”: fracture territoriale et inégalité sociale dans l’accès aux soins d’urgence

En cas de non disponibilité du fichier original : lien alternatif ici

A lire !!!

Je vous recommande sa lecture même si certains lui reprocheront son côté scientifique, c’est parfois complexe à digérer mais c’est extrêmement bien documenté et relate avec une réalité surprenante notre quotidien, nos problèmes etc. Madame Morel a en effet fourni un travail de recherche très impressionnant et a constitué avec cette thèse un support d’information indispensable. Je vous recommande sa lecture.

Source et origine du document

halshs.archives-ouvertes.fr – Thèse de Sylvie Morel

Merci à Jean François CHARLES pour ce partage fort intéressant.

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Ambulancier Diplômé, j'ai souhaité mettre à la disposition de tous un outil d'information à but pédagogique pour centraliser le plus d'informations possibles sur le métier d'ambulancier et ce qui l'entoure. Passionné par mon job j'essaie à travers ce site; d'apprendre à chacun à mieux connaitre la profession et en parallèle offrir à mes collègues un outil pour garder leurs acquis à jour.

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