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LE STRESS CHEZ LA VICTIME

Guideline d’un topo que j’avais fait au cours d’une formation. Pistes de réflexion ou éléments à retenir pour les acteurs du secours… Si nous autres ambulanciers sommes quotidiennement soumis au stress lors d’interventions, si nous le connaissons comme on connaît un vieil ami, il n’en est pas de même pour la victime pour qui la situation est «exceptionnelle». La gestion du stress d’une victime est un élément que nous DEVONS prendre en compte, au même titre que l’évaluation clinique sur place pour un meilleur télédiagnostic effectué par le médecin-régulateur.

Le STRESS en bref: C’est une réponse de l’organisme destinée à nous permettre de faire face à une situation de crise, par définition inhabituelle. Vieil héritage génétique de notre condition de mammifères, le stress, à l’instar de nos amis à quatre pattes, est un processus qui libère dans notre organisme différents neurotransmetteurs tels que l’adrénaline, la noradrénaline, et qui inhibent la recapture de la sérotonine de façon momentanée. Les répercussions sur l’organisme sont diverses : dilatation des pupilles, augmentation du calibre artériel et veineux (pour pouvoir fuir devant une menace le cas échéant), blocage de la fonction digestive, augmentation de la fréquence cardiaque et de la fraction d’éjection ventriculaire, etc…, le tout étant commandé par le système nerveux sympathique.

➤ Je vous laisse le soin de faire le lien avec l’hémodynamique chez un patient, en tenant compte de la dilatation artério-veineuse et de la tachycardie engendrée par le stress.

Il nous appartient de prendre en compte certains éléments qui nous sont familiers, à nous, ambulanciers, mais auxquels nous ne pensons pas ou peu, afin de mieux comprendre le stress que notre arrivée chez une personne en situation de détresse peut occasionner.

● Nous arrivons avec sirène et xénons
● Nous arrivons à deux sur le «territoire» du patient, dans son intimité
● Nous arrivons à son chevet, souvent dans une chambre à coucher, ultime «bastion» territorial du malade, ultime refuge.
● Nous arrivons avec un sac d’intervention, parfois une ogive d’O2 , une chaise portoir etc… c’est ANXIOGÈNE !
● Nous sommes appelés à porter des gants d’examen, élément pouvant être perçu par la victime comme une barrière entre elle et nous, pouvant aussi être perçu comme une humiliation…, eh oui !

Territoire : Nous sommes avant tout des mammifères. En tant que tels, la notion de territorialité est fondammentale chez l’humain.
Humiliation : La personne est «malade», «pas bien», «ne peut plus se mouvoir». C’est déjà pénible d’avoir à s’avouer à soi-même en temps normal que, dépassé par les événements, nous sommes contraints de «demander de l’aide», imaginez ce que l’on peut ressentir quand un problème médical (médecine ou traumato) survient : inquiétude, angoisse (quasi systématiquement majorée par l’entourage), sensations pénibles, obligation de s’avouer « vaincu » et de commencer un travail d’acceptation de son propre état dégradé.
Voir deux silhouettes debout alors que la victime est couchée, «soumise» sur son propre territoire…, entendre les ambulanciers s’adresser à l’entourage en ignorant le patient :
➠ «Eh, je peux quand même parler, non ?»

Tout cela participe au STRESS du patient !

Trucs et astuces en réponse :

● Saluer tout le monde avec politesse.
● Ne pas débarquer comme des cow-boys.
● Tenir compte du temps, mais ne pas brûler les étapes : si le SAMU attend son bilan dans un délai de 3 minutes, on privilégiera le patient, et le SAMU attendra !
● Se placer au niveau de la victime et lui expliquer, si cela s’avère nécessaire, qu’on ne porte pas des gants de crainte de se salir, mais parce que nous ne voulons pas lui transmettre NOS microbes : c’est pour le préserver lui, le patient, que l’on porte des gants…
● TRAÎTER LE PATIENT COMME NOTRE ÉGAL !!! Un jour on sera peut-être à sa place !
● Se rappeller des «zones intersubjectives»:
– La zone intime : rayon de 30 à 50 cm autour de la victime ➥ attention…
– La zone personnelle : jusqu’à 1 m.
– La zone sociale : de 1 à 3 m.
– La zone publique : au-delà de 3 m.

Inspirer confiance, rester calme et attentif, rassurer mais ne jamais mentir.
Ni à la victime ni à son entourage le cas échéant.

RAPPEL : le langage ne compte que pour 7% dans la transmission d’un message, l’intonation pour 38%. La communication non-verbale compte pour environ 55% !

➥ Parler d’une voix calme, un timbre apaisant, un débit posé, ne pas hésiter à utiliser le “toucher” – une main posée sur l’épaule, le bras – maintenir autant que possible le contact visuel établi entre les yeux de la victime et les vôtres.
Mais ATTENTION: la victime, si elle est consciente, guettera le moindre signe d’alarme dans vos yeux ! D’où découle le postulat suivant:
➥ Attention aux regards éloquents échangés avec votre équipier !
ET…
➥ Attention aux mimiques: Mimique = jugement de valeur !
➥ Dans la communication verbale: ÉVITER les phrases comme “Surtout, ne vous inquiétez pas“, ou “Surtout, n’ayez pas peur“
➤ RIEN NE FICHE PLUS LA TROUILLE QUE CE TYPE DE PHRASES, c’est peut-être incompréhensible, mais c’est ainsi..
➥ Pas de tutoiement (sauf enfants), pas de “Mon p’tit Monsieur, Ma p’tite Dame“. C’est dégradant.

➥ C’EST VOTRE ATTITUDE CALME QUI RASSURE, PLUS QUE TOUS LES MOTS !!!
Calme, mais pas “dégagé“…

Si vous tenez compte de tout ça, en manageant votre propre stress au mieux, votre victime le ressentira et les répercussions de l’intervention sur l’état physique et psychique de la victime seront minorées, pour une prise en charge optimisée et efficace…

« ON TRAITE AVEC UN HUMAIN, PAS AVEC UNE ÉQUATION MATHÉMATIQUE… »
S’IL NE FALLAIT RETENIR QU’UNE CHOSE, C’EST ÇA…

Article rédigé par Jean LAENGY, ambulancier DE.

About Jean LAENGY - Ambulancier DE

Ambulancier SMUR depuis 2001, j'ai commencé dans ce métier en 1995 en tant qu'AFPS. Une fois mes qualifications en poche, j'ai eu la chance de voyager dans le cadre de ma profession. SMUR de Colmar puis ambulancier à Biarritz en passant par le SMUR de Montbéliard avant de revenir en Alsace où j'ai entamé des études d'infirmier. Trouvant à travers mes stages le métier d'IDE peu intéressant car trop protocolaire, je suis retourné sur le terrain de l'UPH et de la PDS en tant qu'ambulancier DE. J'exerce toujours ce métier avec la même passion qu'aux débuts.

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