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L’ambulancier, son patient et la fin de vie : travail d’élèves

La fin de vie, sujet difficile mais intégré dans le quotidien

L’accompagnement de patient dans le cadre de leurs soins palliatifs, voire en fin de vie est une des facettes du quotidien de l’ambulancier. Un jour où l’autre l’une des missions de la journée vous entrainera dans ce type de transport. C’est un domaine qui peut se présenter difficile psychologiquement pour le professionnel peu préparé ou débutant dans le métier.

Ambulancier.fr et élèves ambulanciers

Comment ce texte se retrouve donc ici ? Au départ de cette histoire est une élève ambulancière, Marion, qui dépose un mail dans ma boite.

« Élève DEA à l’IFA de Brest, avec mon groupe nous devons préparer un exposé pour le module 5, le sujet nous a été imposé “le développement des soins palliatifs”…pour ma part je dois rechercher des informations qui concernent l’implication des ambulanciers dans la chaîne de soins de ce type de patients, je ne manque pas de faire appel à vous et votre expérience dans la profession. »

Elle me demande juste quelques conseils dans le but de préparer un travail de communication pour la présentation du module 5 du diplôme d’état d’ambulancier. Un mail qui tombe à point je venais juste de terminer l’ébauche d’un article relatant une anecdote passée et qui s’est trouvée assez difficile à vivre. Ce sujet est assez peu simple à aborder pour des personnes néophytes. Non pas en termes de technique ou autre. Mais plus en terme de relationnel. Il faut vraiment l’avoir vécu, l’avoir ressenti au fond de soi pour comprendre les pièges à éviter, les bonnes attitudes à avoir. Et rien ne remplace l’expérience du terrain pour apporter restituer les subtilités comme par exemple le triangle (ambulancier/patient/soignant qui se transforme en carré (ambulancier/patient/soignant/famille).

Ce qui va suivre est le résultat d’un travail de groupe d’élèves ambulanciers de l’Institut de Formation des Ambulanciers de l’Ordre de la Croix de Malte à Brest (29). Il a été réalisé en collaboration avec moi-même en ce qui concerne la partie « rôle de l’ambulancier ». J’ai simplement apporté mon vécu, mon expérience, mes difficultés passées. Les douleurs psychologiques que certains transports peuvent provoquer. Ensuite ce sont eux qui ont construit l’ensemble de leur exposé avec leurs propres ressources en plus des éléments apportés. La partie évoquée ici sera donc le rôle de l’ambulancier dans le cadre d’un transport de patient inscrit dans le cadre de soins palliatifs.

Ambulancier, communications et soins palliatifs : exposé

Pour moi ambulancière la communication et le relationnel ce sont deux outils primordiaux. Avec de la sensibilité, de la diplomatie et de l’humour on peut ouvrir des portes pour qu’une prise en charge se passe bien.

La communication et la relation

Dans le cadre des transports en série comme pour un traitement contre le cancer au fil des kilomètres une relation se tisse, on apprend à connaître son patient et vice-versa, un climat de confiance s’installe, et l’empathie se développe.  Et cette relation inclut aussi l’entourage du patient.

L’ambulancier en tant que soignant se positionne dans une relation d’aide, 3 principes:

  • La confiance, elle est basée sur l’acceptation inconditionnelle de l’ambulancier, sans jugement, ce qu’il accepte et distingue c’est la personne et non pas ses comportements. 
  • L’empathie, elle est le résultat d’une relation suffisamment proche entre deux personnes pour qu’elles ressentent, de l’intérieur, le vécu de l’autre. 
  • L’authenticité, elle est à la base d’une relation honnête, c’est à dire franche, sans mensonges ni artifice.  Être authentique c’est tenter, car ce n’est pas toujours facile, d’être soi-même. 

Je suis dans une dimension humaine et psychologique, je laisse place à mon sens de la relation, du tact, d’humanité, j’accorde une grande importance à la communication, que ce soit verbale ou non verbale.

Je suis disponible, à l’écoute afin d’accueillir les besoins physiques (douleurs, effets secondaires des traitements…) et les besoins psychologiques (la peur, l’angoisse, l’appréhension…). J’essaye de garder au maximum une ouverture d’esprit afin de ne pas faire obstacle à la communication, le patient risque d’évoquer des sujets assez personnels incluant aussi ses croyances par exemple.

Je ne néglige pas l’entourage du patient, car dans ce type de prise en charge on ne peut pas dissocier les proches, c’est un ensemble.  De plus ils comptent sur moi sur la sécurité du patient, sur une prise en charge globale. Je vais apprendre à connaître mon patient, je vais m’appuyer aussi sur l’humour afin de lui changer les idées, de l’amener à parler de tout et de rien, je vais essayer de lui décrocher un sourire, je vais être moi-même tout en gardant un registre respectueux, je vais essayer de me rapprocher sans pour autant être invasive.

Ça peut paraître décalé mais l’humour réchauffe le cœur, détend l’atmosphère et ouvre des portes.

Je ne prends pas le patient en pitié, je lui montre de l’empathie, de la compréhension mais je ne l’infantilise pas, je garde de la distance, chacun à sa place. Il n’existe pas de clé précise pour réussir à illuminer le regard d’un patient, c’est du cas par cas en fonction de la personne, du feeling, du contexte, de la douleur, de sa capacité à communiquer (aphasie, troubles neurologiques), on s’adapte en permanence, on développe cette habilité, on la travaille.

Cependant il existe des techniques de communication:

  • poser des questions: c’est une manière de se connaître, d’explorer une situation, d’obtenir des informations, d’approfondir et de se préparer à agir.  On peut poser des questions fermées (délimitées qui impliquent des réponses précises) et des questions ouvertes (elles favorisent l’échange, elles incitent à la réflexion et à la mobilisation des idées, elles obligent notre interlocuteur à s’engager personnellement)
  • l’écoute: savoir écouter, pouvoir se concentrer sur le contenu du message reçu.
  • la prise de parole: afin d’exprimer son point de vue ou ses sentiments.
  • la reformulation: instrument d’écoute, elle sert à vérifier et à dédramatiser ce qui a été prononcé. 

Comme tout professionnel de santé, je suis soumise au secret professionnel.

La Prise En Charge

En VSL ou en ambulance, je vais tenir compte de l’état clinique du patient (fatigue, asthénie). Je porte une attention particulière au confort, à la douleur qu’il ressent (toujours présente malgré tous les protocoles du monde) et aux désagréments possibles durant le trajet (nausées et vomissements). Les transferts se font avec délicatesse, l’installation du patient est vérifié autant de fois que nécessaire, la conduite du véhicule est souple. Je communique, je verbalise, et tous mes gestes techniques je les réalise en parallèle.

Face à une prise en charge « difficile » je me prépare psychologiquement, celle-ci sera d’autant plus compliquée si j’ai accompagné déjà ce patient dans l’évolution de sa maladie. Je dois maîtriser mon ressenti car le patient a besoin que ça prise en charge soit un vrai moment de calme.  La différence se fera sur la gestuelle, détendue en apparence mais concentrée à l’intérieur, je discute ou je plaisante mais en même temps je communique par le regard avec mon binôme tout en vérifiant la tuyauterie de la perfusion, du pousse seringue, de l’O2…

 En amont je vais échanger avec mon collègue sur mon ressenti, sur le sien, c’est une façon de se soutenir. Je dois être capable aussi de pouvoir réguler les émotions d’un proche qui accompagne le patient, c’est à dire que si cette personne s’effondre dans mes bras, je devrai pouvoir accepter ce type de contact direct.

 Dans le cas d’un transfert où le patient a été préparé afin d’atténuer sa douleur par une forte dose d’antalgiques, je veille à mesurer celle-ci au cours du trajet, si elle se modifie  je transmets cette information comme prioritaire. Dans le cas où je dois faire un trajet avec un patient qui présente un risque de survie je dois m’informer et recevoir des consignes claires de la part du médecin concernant les directives anticipées.

 En cas d’intervention pour une détresse vitale sur un patient en fin de vie la fiche SAMU-Pallia du patient doit être consultée, celle-ci encadre sa prise en charge.

 Conclusion

 Comme tout soignant, je dois me protéger émotionnellement. Parler permet de soulager. Je ne garde pas mon ressenti, j’en parle avec mes collègues.  Je ne ramène pas mes souffrances au sein de ma famille, si nécessaire j’en parle à mes proches mais sans rentrer dans les détails. Je veille aussi au bien être de mon collègue, je suis disponible pour lui.

Je m’adresse à l’Unité Médico Psychologique des urgences afin de recevoir un soutien psychologique si je me sens dépassé. Je saurai peut être quel fut le devenir de mon patient, mais il ne faut pas que je me focalise.  Il y a tellement des gens qui ont besoin de moi, de nous, il faut faire la part des choses, la mort fait partie de notre métier.

Le mot du webmaster

Je n’ai retouché aucun élément, j’ai souhaité restituer le travail tel qu’il fut transmis. Le but étant de vous proposer le travail de ces élèves à des fins de découverte, d’informations. Il n’est en aucun cas un article complet et basé sur des ressources scientifiques ou autre.

Je rappelle que dans ce domaine le maitre mot reste pour l’ambulancier : la communication, l’adaptation, la compréhension. La mission de part elle-même est (je vais être vulgaire) un transport sanitaire. Donc en termes de techniques il n’y a rien à apprendre de particulier ou de compétences spécifiques. L’ensemble de ces éléments vous est enseigné durant les 8 modules que compte la formation. Mais il est important de se préparer et de savoir comment aborder ce type de transport en terme de relationnel. Par contre ne négligez pas une chose importante sur ce type de transport : la famille. Ils accompagnent souvent et leur détresse est aussi importante à gérer que celle de votre patient. Un geste, une parole… Certaines petites choses apportent beaucoup dans ces moments difficiles.

Et puis je remercie Marion, qui a su me démontrer qu’elle possède toutes les qualités relationnelles pour faire une professionnelle formidable et passionnée, et l’ensemble de ses collègues pour avoir partagé avec ce site leur travail très intéressant, tout en y joignant mes félicitations. A l’heure où ces lignes sont publiées j’espère qu’ils ont tous trouvé un poste. C’est aussi une façon de démontrer que les ambulanciers ne sont pas que des transporteurs mais bien des professionnels de santé investis qui continueront d’apporter beaucoup au quotidien ,malgré les nombreuses difficultés que rencontre cette profession, à tous ces êtres humains qui sont notre raison d’être et notre raison d’exercer : nos patients. J’espère que beaucoup d’ambulanciers débutant ou futurs ambulanciers auront appris à travers ces lignes, de quoi les aider à améliorer leurs futures pratiques.

About Franck - Webmaster

Ambulancier Diplômé, j'ai souhaité mettre à la disposition de tous un outil d'information à but pédagogique pour centraliser le plus d'informations possibles sur le métier d'ambulancier et ce qui l'entoure. Passionné par mon job j'essaie à travers ce site; d'apprendre à chacun à mieux connaitre la profession et en parallèle offrir à mes collègues un outil pour garder leurs acquis à jour.

One comment

  1. Bonsoir

    Merci pour cette publication qui me rappelle le triste souvenir d’être de l’autre côté, celui de la famille et de ne pouvoir rien entendre face à la fin de vie de mon père qui m’est tombée dessus comme un coup sur le crâne…
    Je n’ai pas eu l’occasion de côtoyer les ambulanciers, car j’étais loin de chez moi durant ses multiples transferts, qui se sont chargés de lui, mais j’imagine évidemment à quel point cela peut être difficile à gérer les premières fois.
    J’ai réalisé dans le cadre de mon suivi pour ma reconversion une enquête métier que j’ai pu entreprendre auprès de 3 ambulanciers dont un ambulancier SMUR. Une de ces personnes m’a clairement dit que l’on retient dans cette profession 2 choses essentielles de sa “carrière”, la première naissance et le premier décès. Elle n’a pas mentionné en terme de décès le cas d’une personne en fin de vie même si nous en avons parlé au cours de notre entretien, mais j’aurais tendance à me dire que ceci pourrait bien être un point supplémentaire que l’on doit sûrement retenir toute sa vie, le premier suivi d’un patient en fin de vie… j’aurais presque tendance à dire même qu’il passerait, pour moi, au dessus de la première naissance et du premier décès en terme de “souvenir de carrière”. Mais je ne suis personne encore pour pouvoir y songer…

    Quoiqu’il en soit, cet article décrit quelque chose qui est tellement dur et tellement cruel à la fois, car la fin de vie est un sujet qui, encore de nos jours, semble perçu d’une manière “taboue” pour certains, et j’ai beaucoup apprécié de lire que l’humour dans tout ça peut aider, car évidemment si j’étais moi même en fin de vie, je ne supporterais pas d’avoir face à moi des personnes au visage grave, endolori, triste…etc… je préférerais vraiment être accompagné par des personnes prêtes à rire avec moi ou à parler de “tout et de rien” également.

    Merci donc pour cet article !
    Cordialement
    Signé “Un peut-être futur DEA…”

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