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Eléments de pharmacologie

Pharmacologie : concept

intoxication médicamenteuseDans cet article, nous verrons différents concepts reliés à la pharmacologie.  Nous aborderons les voies d’administration avec leur biodisponibilité respective. Nous poursuivrons avec les interactions médicamenteuses, puis nous terminerons avec les médicaments les plus souvent utilisés par les intervenants dans un contexte préhospitalier.  Veuillez noter que c’est la nomenclature nord-américaine qui sera utilisée.  Cependant, bien que différents, les noms des médicaments sont souvent très semblables. La biodisponibilité, qui se définit comme « la quantité de médicament qui rejoint le site d’action et qui est disponible pour produire l’effet escompté », dépend directement de la voie d’administration.  Nous comparerons donc les différentes voies d’administration et leur biodisponibilité associée.

Voie d’administration

La façon optimale de favoriser l’absorption d’un médicament est de l’administrer par voie intraveineuse (IV).  De cette façon, nous savons que 100% du médicament va rejoindre la cible et pourra être utilisé.  On parle alors d’une biodisponibilité de 1 :1.  Les autres voies d’administration ont des indices de biodisponibilité moindres.  Une injection intramusculaire (IM) aura un indice d’environ 0,85 :1, puisqu’une partie du médicament va être absorbée dans les tissus musculaires et ne rejoindra pas l’organe cible.  Vient ensuite l’injection sous-cutanée, donc l’indice est encore un peu plus bas (0,80 :1) étant donné la présence de tissus adipeux.  Cet indice sera encore plus bas s’il s’agit d’un médicament fortement liposoluble.  Il sera alors absorbé plus facilement par les tissus adipeux, et une quantité moindre pourra faire effet.  L’administration par la bouche (Per Os) est encore moins efficace, puisque le médicament doit passer dans le système digestif pour être absorbé dans l’intestin grêle, pour ensuite être filtré une première fois dans le foie (passe hépatique).  Ce n’est qu’après ce passage hépatique que la quantité restante de médicament peut atteindre l’organe cible.  On parle alors d’une biodisponibilité d’environ 0,4-0,5 :1, parfois même moins…

Il est donc simple, à la lumière de ce qui précède, de comprendre qu’une même dose de médicament n’aura pas le même effet sur le patient en fonction de la voie d’administration utilisée.  Par exemple, 0,3mg d’épinéphrine intramusculaire est une dose normale pour une réaction anaphylactique.  Pourtant, la même dose donnée intraveineuse peut avoir des conséquences létales pour le patient.

Interactions

Les interactions entre les médicaments peuvent souvent être rencontrées.  Certains médicaments vont avoir des effets de potentialisation (1+1 = 3), ce qui signifie que les effets en seront amplifiés.  Par exemple, l’alcool potentialise l’effet des dépresseurs du système nerveux central.  Donc, une dose médicamenteuse normale à jeun peut être fatale en cas d’ébriété.  Et parfois, cette potentialisation fonctionne pour les deux substances en présence.

D’autres substances vont avoir des effets d’inhibition (1+1 = 0) sur les médicaments.  C’est le cas de plusieurs antidotes.  Prenons l’effet du naloxone (narcan) pour les overdoses d’opiacés (morphine, héroïne, codéine, etc.).  Le naloxone est un compétiteur pour les mêmes récepteurs, il va donc déloger l’opiacé en question et prendre sa place.  Notez ici que l’opiacé  reste en circulation, et qu’une fois la dose de naloxone épuisée ce dernier va reprendre sa place sur les récepteurs.  On assistera donc à une ré-intoxication du patient.  Un autre exemple d’inhibition concerne les hypocholestérolémiants et les agrumes, notamment le pamplemousse.  Certaines huiles essentielles des agrumes sont transportées par les mêmes protéines que l’hypocholestérolémiant, faisant en sorte que celui-ci est filtré et évacué avant même d’avoir pu faire effet.  C’est pour cette raison que l’on interdit aux patients sous traitement d’hypocholestérolémiants de consommer des pamplemousses.

Produits utilisés par les paramedics canadiens

Finalement, voici les 5 médicaments utilisés par les paramédics en soins primaires au Canada.  Nous en verrons les différents mécanismes d’action, de même que les indications thérapeutiques.

Le premier est l’Aspirine (AAS – Acide acétylsallycilique).  Son usage thérapeutique lors d’épisodes cardiaques est dû à ses propriétés « anti-coagulantes ».  En effet, l’AAS n’empêche pas les plaquettes de se former, mais va plutôt inhiber un des facteurs qui fait qu’elles vont s’agglutiner et coaguler.  Dans un cas de syndrome coronarien aigu, cette propriété va faire en sorte que le blocage qui entraîne l’ischémie cardiaque va garder une grosseur à peu près stable, ne grossira pas par agglutination d’autres plaquettes.  D’ailleurs, des études ont démontré que l’administration précoce (lire « préhospitalière » d’AAS lors d’un épisode cardiaque diminue la mortalité de 30%.

Vient ensuite le salbutamol (Ventoline), qui est un bronchodilatateur.  Il sera donc utilisé en cas de contraction des bronches, qui est le plus souvent rencontrée lors d’une crise asthmatique.  Le salbutamol va provoquer le relâchement des muscles lisses bronchiques, et de là va permettre la dilatation de la bronche et donc augmenter la ventilation du patient.

Poursuivons avec la nitroglycérine.  Ce médicament a la capacité de dilater les vaisseaux sanguins périphériques, ce qui fait que le cœur doit travailler moins fort pour faire circuler le sang.  Dans un cas d’attaque cardiaque, cet effort diminué fait que la douleur diminue elle aussi.  La cause du problème n’est pas nécessairement réglée mais le patient est plus confortable, ce qui peut aider à réduire son stress et son anxiété.

Voyons maintenant le glucagon, qui peut être administré lors d’épisodes hypoglycémiques.  Le glucagon va faire libérer les réserves de glucoses retenues dans le foie (par glycogénolyse, le glucose étant stocké sous forme de glycogène), ce qui va permettre d’augmenter la glycémie.  Cependant, si les réserves de glycogène sont faibles ou absentes, ou que le foie est en mauvais état (à cause d’une cirrhose hépatique, par exemple), le glucagon n’aura qu’une efficacité très limitée.  C’est ce qui explique que le patient ne réagit pas toujours favorablement à l’administration de glucagon.  Parfois, la glycémie reste inchangée.

Terminons avec l’épinéphrine.  Cette hormone normalement produite par les glandes médullosurrénales est un sympathomimétique.  Elle va donc stimuler la branche sympathique du système nerveux autonome.  Donc, nous pourrons observer une augmentation de la pression artérielle (par vasoconstriction périphérique), une accélération et une augmentation de la force du pouls, une meilleure ventilation par bronchodilatation, une augmentation de la glycémie capillaire et une augmentation de la perfusion aux muscles squelettiques.  Le corps se prépare à se battre pour sauver sa vie, ou pour se sauver (concept du « Fight or Flight »).  L’épinéphrine est indiquée lors de réactions allergiques de type anaphylactique, ou encore lors d’une bronchoconstriction tellement sévère que la ventilation est compromise.  Par contre, en donner à un patient qui n’en a pas besoin pourrait vraiment mettre sa vie en danger.

En conclusion

Il va s’en dire que le fait de pouvoir administrer ces médicaments en contexte préhospitalier présuppose une excellente connaisse de leur pharmacologie, des effets souhaités, des effets secondaires habituels et des effets adverses, mais aussi des dosages.  De plus, avant d’administrer un médicament (même bénin), il faut être certain que le patient en a vraiment besoin puisqu’une fois que le médicament est dans le corps du patient on ne peut plus l’en sortir…

Paramédicalement

Sébastien Gagnon, ACP
Paramédic en Soins Avancés – Canada

Attention : cet article est présent à titre informatif pour ceux qui souhaitent s’informer à titre personnel pour enrichir leurs connaissances personnelles. En aucun cas cet article ne s’ajoute à la formation ambulancier. Mais il reste très intéressant pour les personnes curieuses d’en apprendre un peu plus.

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